L'OTAN change sa stratégie en Afghanistan
Après huit ans de présence en Afghanistan, l'OTAN s'apprête à mettre en place une véritable stratégie de contre-insurrection pour reprendre le contrôle de la situation. Les ministres de la défense de l'OTAN, réunis à Bratislava, en Slovaquie, ont entériné hier une nouvelle approche basée sur les recommandations du général Stanley McChrystal, commandant des troupes internationales en Afghanistan.
M. McChrystal avait remis son rapport le 30 août dernier. Une fuite dans les médias américains a suscité la controverse en septembre dernier, puisque le général réclame de 10 000 à 40 000 soldats supplémentaires pour mener à bien sa stratégie.
Les pays membres de l'alliance militaire n'ont toutefois pas approuvé l'envoi de renforts hier, préférant attendre la décision de Barack Obama dans les prochaines semaines avant de se prononcer. Il y a actuellement 71 000 soldats de l'OTAN en Afghanistan, dont 35 000 Américains et 2830 Canadiens. La coalition a subi des pertes records en Afghanistan depuis le début de 2009, soit 420 décès.
L'orientation que le général McChrystal veut faire prendre à la mission est perçue comme une «stratégie de sortie» à moyen et long terme par les pays de l'OTAN.
Le général McChrystal souhaite recentrer la mission autour de deux axes. D'abord, la protection des civils doit prendre le dessus sur la chasse aux talibans. Il faut, dit-il, que les soldats s'intègrent à la société afghane et mettent en place une sécurité suffisante dans les villages pour accélérer la reconstruction du pays.
Ensuite, l'OTAN doit faire de la formation de l'armée et de la police afghane une priorité. L'objectif initial de la communauté internationale était d'avoir une armée afghane de 134 000 hommes en décembre 2011 (elle en a actuellement 92 000). Stanley McChrystal voudrait atteindre cet objectif en décembre 2010. À terme, le général estime que l'Afghanistan aura besoin de 240 000 soldats afghans pour prendre la relève des forces internationales. La police devrait quant à elle atteindre 160 000 hommes, estime-t-il.
«Il y a un large soutien de tous les ministres à cette approche de la contre-insurrection, a confirmé le secrétaire général de l'OTAN, Anders Fogh Rasmussen. Les ministres admettent que traquer et tuer les talibans ne réglera pas le problème de l'Afghanistan.»
Selon lui, les ministres ont convenu que «le seul moyen d'empêcher que l'Afghanistan ne redevienne un refuge pour les terroristes, c'est de rendre ce pays assez fort» pour leur résister.
Dans les prochains mois, l'OTAN souhaite d'ailleurs concevoir un plan pour transférer «dès que possible» la responsabilité militaire aux troupes afghanes, province après province. «Un soldat de l'OTAN coûte 50 fois plus cher qu'un soldat afghan», a affirmé M. Rasmussen, et c'est pourquoi donner le premier rôle à l'armée afghane est «politiquement et financièrement fondé».
Le secrétaire américain à la Défense, Robert Gates, avait demandé aux alliés de prendre l'avertissement du général McChrystal au sérieux. L'officier américain était d'ailleurs sur place hier pour expliquer sa stratégie. «Il nous faut une doctrine commune en matière de contre-insurrection», a affirmé M. Gates.
Cette étape de transition vers «l'afghanisation» de la guerre a été appelée la «phase 4» dans le jargon de l'OTAN. L'objectif est que les troupes étrangères ne soient pas perçues comme une force d'occupation par des Afghans, de plus en plus impatients.
Des renforts?
Dans son document de 66 pages, le général McChrystal soutient que pour mettre efficacement en application sa nouvelle stratégie, l'envoi de troupes supplémentaires est nécessaire en attendant le développement des forces afghanes. «Si on échoue à reprendre l'initiative et à renverser le momentum des insurgés à court terme (d'ici 12 mois) — en attendant plus de maturité des forces afghanes —, il est possible que nous ne puissions plus défaire les talibans», écrit le général McChrystal dans son document obtenu par Le Devoir. Il ajoutait que la situation, bien que «sérieuse», rend toutefois la «victoire» encore possible dans ce pays.
Les renforts souhaités par Stanley McChrystal ne sont toutefois pas encore au rendez-vous. Le Canada, l'Espagne, le Danemark, l'Allemagne et les Pays-Bas ont déjà fermé la porte.
«Un bon plan ne suffit pas, a souligné M. Rasmussen. Il faut aussi des ressources, du personnel et de l'argent.» Il faut notamment «plus d'instructeurs pour soutenir les forces afghanes», a-t-il poursuivi.
Le secrétaire général de l'OTAN a souligné que les ministres «n'avaient pas discuté des suites à donner en matière de ressources militaires aux recommandations» du général McChrystal.
Outre les États-Unis, Robert Gates a souligné que d'autres pays «réfléchissent» à un renforcement de leur contribution militaire ou civile (ou des deux). «J'ai trouvé ça très réconfortant», a-t-il dit. Aller plus loin aurait néanmoins été difficile, puisque les États-Unis n'ont pas encore tranché sur ce point. M. Gates a indiqué qu'il soumettrait dans de «deux à trois semaines» ses recommandations au président Barack Obama pour qu'il puisse prendre une décision.
Le Canada
L'objectif du Canada à Kandahar est déjà de former l'armée et la police afghane. Environ 230 soldats-instructeurs canadiens assurent l'entraînement des soldats afghans sur le terrain.
Mais les forces militaires et policières afghanes ne seront pas en mesure d'assurer la sécurité de Kandahar en juillet 2011, lorsque le Canada se retirera de cette province instable. L'un des principaux objectifs du gouvernement Harper ne sera donc pas atteint. Cela forcera la tenue d'un déchirant débat au sein de l'OTAN afin qu'un autre pays prenne la place du Canada dans la dangereuse région de Kandahar.
C'est le constat fait par le brigadier général Jon Vance, qui dirige depuis février les Forces canadiennes à Kandahar. «Il n'y a aucune manière d'arriver au point où les forces afghanes pourraient s'occuper de la sécurité à Kandahar en 2011. C'est absolument impossible», a affirmé le général Vance au Devoir en juillet dernier, lors d'une grande entrevue sur l'état de la mission.
«Laisser la responsabilité de la sécurité du pays aux Afghans est l'objectif ultime de la communauté internationale. Mais ce ne sera pas possible en 2011. La décision de retirer les troupes canadiennes en 2011 est une décision politique. Mais en partant, il faudra être remplacé par un autre pays de l'OTAN à Kandahar», a expliqué le brigadier général Jon Vance.
Il y a six kandaks (bataillons) de l'Armée nationale afghane à Kandahar, soit environ 3000 soldats afghans. Par contre, aucun n'est autonome. «Il y a de grands progrès, mais il faut garder en tête qu'ils construisent une armée à partir de rien, a dit Jon Vance. Ça fait à peine cinq ans que la reconstruction est commencée, et ça prend du temps pour former une armée.»
Avec l'AFP et Reuters
M. McChrystal avait remis son rapport le 30 août dernier. Une fuite dans les médias américains a suscité la controverse en septembre dernier, puisque le général réclame de 10 000 à 40 000 soldats supplémentaires pour mener à bien sa stratégie.
Les pays membres de l'alliance militaire n'ont toutefois pas approuvé l'envoi de renforts hier, préférant attendre la décision de Barack Obama dans les prochaines semaines avant de se prononcer. Il y a actuellement 71 000 soldats de l'OTAN en Afghanistan, dont 35 000 Américains et 2830 Canadiens. La coalition a subi des pertes records en Afghanistan depuis le début de 2009, soit 420 décès.
L'orientation que le général McChrystal veut faire prendre à la mission est perçue comme une «stratégie de sortie» à moyen et long terme par les pays de l'OTAN.
Le général McChrystal souhaite recentrer la mission autour de deux axes. D'abord, la protection des civils doit prendre le dessus sur la chasse aux talibans. Il faut, dit-il, que les soldats s'intègrent à la société afghane et mettent en place une sécurité suffisante dans les villages pour accélérer la reconstruction du pays.
Ensuite, l'OTAN doit faire de la formation de l'armée et de la police afghane une priorité. L'objectif initial de la communauté internationale était d'avoir une armée afghane de 134 000 hommes en décembre 2011 (elle en a actuellement 92 000). Stanley McChrystal voudrait atteindre cet objectif en décembre 2010. À terme, le général estime que l'Afghanistan aura besoin de 240 000 soldats afghans pour prendre la relève des forces internationales. La police devrait quant à elle atteindre 160 000 hommes, estime-t-il.
«Il y a un large soutien de tous les ministres à cette approche de la contre-insurrection, a confirmé le secrétaire général de l'OTAN, Anders Fogh Rasmussen. Les ministres admettent que traquer et tuer les talibans ne réglera pas le problème de l'Afghanistan.»
Selon lui, les ministres ont convenu que «le seul moyen d'empêcher que l'Afghanistan ne redevienne un refuge pour les terroristes, c'est de rendre ce pays assez fort» pour leur résister.
Dans les prochains mois, l'OTAN souhaite d'ailleurs concevoir un plan pour transférer «dès que possible» la responsabilité militaire aux troupes afghanes, province après province. «Un soldat de l'OTAN coûte 50 fois plus cher qu'un soldat afghan», a affirmé M. Rasmussen, et c'est pourquoi donner le premier rôle à l'armée afghane est «politiquement et financièrement fondé».
Le secrétaire américain à la Défense, Robert Gates, avait demandé aux alliés de prendre l'avertissement du général McChrystal au sérieux. L'officier américain était d'ailleurs sur place hier pour expliquer sa stratégie. «Il nous faut une doctrine commune en matière de contre-insurrection», a affirmé M. Gates.
Cette étape de transition vers «l'afghanisation» de la guerre a été appelée la «phase 4» dans le jargon de l'OTAN. L'objectif est que les troupes étrangères ne soient pas perçues comme une force d'occupation par des Afghans, de plus en plus impatients.
Des renforts?
Dans son document de 66 pages, le général McChrystal soutient que pour mettre efficacement en application sa nouvelle stratégie, l'envoi de troupes supplémentaires est nécessaire en attendant le développement des forces afghanes. «Si on échoue à reprendre l'initiative et à renverser le momentum des insurgés à court terme (d'ici 12 mois) — en attendant plus de maturité des forces afghanes —, il est possible que nous ne puissions plus défaire les talibans», écrit le général McChrystal dans son document obtenu par Le Devoir. Il ajoutait que la situation, bien que «sérieuse», rend toutefois la «victoire» encore possible dans ce pays.
Les renforts souhaités par Stanley McChrystal ne sont toutefois pas encore au rendez-vous. Le Canada, l'Espagne, le Danemark, l'Allemagne et les Pays-Bas ont déjà fermé la porte.
«Un bon plan ne suffit pas, a souligné M. Rasmussen. Il faut aussi des ressources, du personnel et de l'argent.» Il faut notamment «plus d'instructeurs pour soutenir les forces afghanes», a-t-il poursuivi.
Le secrétaire général de l'OTAN a souligné que les ministres «n'avaient pas discuté des suites à donner en matière de ressources militaires aux recommandations» du général McChrystal.
Outre les États-Unis, Robert Gates a souligné que d'autres pays «réfléchissent» à un renforcement de leur contribution militaire ou civile (ou des deux). «J'ai trouvé ça très réconfortant», a-t-il dit. Aller plus loin aurait néanmoins été difficile, puisque les États-Unis n'ont pas encore tranché sur ce point. M. Gates a indiqué qu'il soumettrait dans de «deux à trois semaines» ses recommandations au président Barack Obama pour qu'il puisse prendre une décision.
Le Canada
L'objectif du Canada à Kandahar est déjà de former l'armée et la police afghane. Environ 230 soldats-instructeurs canadiens assurent l'entraînement des soldats afghans sur le terrain.
Mais les forces militaires et policières afghanes ne seront pas en mesure d'assurer la sécurité de Kandahar en juillet 2011, lorsque le Canada se retirera de cette province instable. L'un des principaux objectifs du gouvernement Harper ne sera donc pas atteint. Cela forcera la tenue d'un déchirant débat au sein de l'OTAN afin qu'un autre pays prenne la place du Canada dans la dangereuse région de Kandahar.
C'est le constat fait par le brigadier général Jon Vance, qui dirige depuis février les Forces canadiennes à Kandahar. «Il n'y a aucune manière d'arriver au point où les forces afghanes pourraient s'occuper de la sécurité à Kandahar en 2011. C'est absolument impossible», a affirmé le général Vance au Devoir en juillet dernier, lors d'une grande entrevue sur l'état de la mission.
«Laisser la responsabilité de la sécurité du pays aux Afghans est l'objectif ultime de la communauté internationale. Mais ce ne sera pas possible en 2011. La décision de retirer les troupes canadiennes en 2011 est une décision politique. Mais en partant, il faudra être remplacé par un autre pays de l'OTAN à Kandahar», a expliqué le brigadier général Jon Vance.
Il y a six kandaks (bataillons) de l'Armée nationale afghane à Kandahar, soit environ 3000 soldats afghans. Par contre, aucun n'est autonome. «Il y a de grands progrès, mais il faut garder en tête qu'ils construisent une armée à partir de rien, a dit Jon Vance. Ça fait à peine cinq ans que la reconstruction est commencée, et ça prend du temps pour former une armée.»
Avec l'AFP et Reuters
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