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Arequipa - Les couleurs de la ville blanche

Juchée à 2300 mètres d'altitude, entre le spectaculaire Cusco et son incontournable Machu Picchu, puis le fameux Titicaca, le plus haut lac au monde, la ville d'Arequipa est malheureusement trop souvent l'oubliée du circuit des Andes. Si la deuxième cité en importance du Pérou est surnommée la «ville blanche» en raison de ses nombreuses et massives constructions en pierre de lave blanche — le sillar —, Arequipa déploie pourtant un tourbillonnant kaléidoscope de couleurs au spectacle duquel il serait dommage de soustraire l'¶il. Voyage chromatique au pays de la lumière.

Arequipa — Il est 7h. De vieux bâtiments massifs et immaculés d'une blancheur étincelante ceinturent la place d'Armes, s'abreuvent de la lumière du petit matin et vous la renvoient violemment en plein visage. Vous comprenez alors que les pattes d'oie précoces des Aréquipéniens ne sont pas causées par leurs sourires excessifs mais bien par cette lumière crue qui s'abat ici plus de 300 jours par année et qui les force à plisser les yeux. Le premier coup d'¶il suffit également pour dissiper cette crainte que la réputation toute blanche d'Arequipa ne soit qu'une façon polie d'euphémiser une réalité fade.

Si les amateurs de plein air, protégés par d'épaisses lunettes de soleil et des vêtements en matériau ultraléger, viennent ici depuis longtemps pour les nombreuses opportunités qu'offre Arequipa, les touristes les plus contemplatifs auront également tout intérêt à ajouter cette ville à leur itinéraire.

Car tout semble ici couler au rythme du zen. Attablée dans un restaurant qui surplombe la Place d'Armes, l'auteure de ces lignes boit un espresso — qui n'a rien a envier à ceux des grandes villes européennes. Le serveur déblatère sur la richesse culturelle de sa ville, sur les Mario Vargas Llosa et autres intellectuels qui ont forgé sa renommée en même temps que sa personnalité unique — les «locaux» se considèrent comme Aréquipéniens avant de se dire Péruviens et ils ne manquent jamais une occasion de s'inscrire en marge de la majorité, souvent en réaction à la position de Lima.

La ville de 800 000 habitants, à l'instar du serveur souriant et verbeux, n'a cependant rien de tout à fait réfractaire. Elle s'ancre plutôt dans un conservatisme assez décontracté, probablement en raison de son lourd passé catholique et colonial. Le centre historique de la ville a d'ailleurs été classé au Patrimoine mondial par l'UNESCO en 2000 en raison de son métissage architectural à mi-chemin entre les traditions européennes et indigènes. Les murs épais, les arcades et les voûtes robustes, agrémentées de complexes détails baroques et enjolivées de cours et autres espaces ouverts, ne sont qu'incursions dans cet héritage riche d'une hybridité déroutante.

La visite du couvent Santa Catalina, le plus grand au monde avec une superficie de 20 462 mètres carrés, constitue en quelque sorte un révélateur pour comprendre cette dualité architecturale. Véritable ville dans la ville, le monastère a été fondé en 1579 par une riche veuve et a accueilli, depuis, les jeunes héritières espagnoles comme les plus dévouées indigènes qui y vivaient un cloître strict et silencieux. Depuis une vingtaine d'années, les portes du couvent ont été ouvertes au public et bien que l'accès à ses bleus outremer et à ses orangés brûlés soit quelque peu dispendieux (25 nuevos soles, soit une dizaine de dollars), il faut absolument y passer quelques heures afin de s'imprégner de la lourdeur du silence auquel ont été réduites, bon an, mal an, plus de 400 pensionnaires carmélites depuis le XVIe siècle.

Juste en face se trouve le Musée Santuarios Andinos, dont l'intérêt principal est la momie Juanita, découverte lors d'une expédition au sommet du volcan Ampato, financée en partie par la National Geographic en 1995. Ce musée vaut le détour — bien qu'il faille s'enquérir de la présence de la momie avant d'y entrer puisque cette dernière partage son temps entre plusieurs musées partenaires — en ce sens qu'il trace un parallèle intéressant entre les deux principaux attraits d'Arequipa: la culture et le plein air.

Car les beautés naturelles du centre intellectuel du Pérou, même en ville, sont difficiles à cacher. Aux confins d'une vallée de la Cordillère des Andes, où est blottie Arequipa, se dressent effectivement trois imposants volcans: le Misti (5822 mètres), le Chachani (6075 mètres) et le Picchu Picchu (5669 mètres). Si les deux premiers sommets, dont les cimes se couvrent de neige en hiver, sont des lieux de prédilection pour les grimpeurs de tous niveaux, le touriste moins sportif doit également rendre justice à ces trois imposantes montagnes dont l'activité a cessé depuis plus de deux siècles.

Les plus téméraires planifieront leur ascension avec les guides expérimentés que les agences mettent à leur disposition, alors que les plus sédentaires se contenteront (malheureusement) de les contempler à partir des nombreux miradors jouxtant la ville.

L'Ampato, où a été découverte Juanita, fait quant à lui partie de la Vallée des volcans où trônent une quarantaine d'autres monstres terrestres sur une cinquantaine de kilomètres. Bien qu'elle soit plus éloignée du centre d'Arequipa, de nombreuses agences locales y proposent des excursions, permettant ainsi d'aller se perdre pendant quelques heures dans des paysages lunaires époustouflants.

Si la Terre exhibe ses protubérances avec grande majesté dans cette région, il est également spectaculaire de voir à quel point elle a pu se fendre au rythme des secousses tectoniques. Les agences de voyage proposent ainsi des expéditions dans les deux plus profonds canyons du monde — deux fois plus profonds que le Grand Canyon! Le Canyon del Colca (3400 mètres) et le Canyon de Cotohuasi (3535 mètres) révèlent les verts tendres et les verts denses de cette région tout en terrasses agricoles, où l'homme a dû s'adapter aux escarpements abrupts et au soleil brûlant, pérrenisant ainsi un mode de vie qui semble avoir fixé le temps. Les téléphones cellulaires et les antennes paraboliques y apparaissent comme des anachronismes dérangeants, mais ils sont vite éclipsés par le vol léger des condors et la marche hallucinante des «locaux» qui gravitent les sentiers ténus avec de simples sandales aux pieds, en compagnie d'ânes et de lamas ployant sous le poids des provisions.

Teintée de ces images toutes aussi colorées les unes que les autres, c'est sous cet angle que nous devrions percevoir la réputation de blancheur d'Arequipa. Car sous ses airs de «ville blanche» pure et tranquille, elle irradie, dans l'intimité et le détail, de chacune des subtilités du spectre chromatique. C'est ultimement en additionnant toutes ces variantes irisées qu'on perce le mystère de la blancheur d'Arequipa, ville où toutes les couleurs du monde convergent et dont il faut se rapprocher pour saisir chacune de leurs déclinaisons éclatantes.

En vrac

-Malgré le fort ensoleillement, prévoir des vêtements chauds afin de pouvoir profiter des nuits aréquipéniennes, froides mais animées.

-Située à 2300 mètres au-dessus du niveau de la mer, Arequipa constitue un transit intéressant pour qui veut aller plus haut en altitude (Puno, Cusco, etc.).

-La gastronomie locale est très variée. Que ce soit les plats typiques que servent les picanterias ou les déclinaisons plus raffinées de la «nouvelle cuisine andine» offerte dans les grands restaurants, les bonnes fourchettes trouveront ici leur compte.

-De nombreuses agences de voyage proposent d'aussi nombreuses déclinaisons d'expéditions. Il peut être avantageux de négocier sur place pour bénéficier de la concurrence plutôt que de planifier son trek à l'avance.

-Les régions reculées ne bénéficiant pas d'infrastructures routières accessibles par automobile, les denrées les plus élémentaires y sont parfois onéreuses. Prévoir des approvisionnements généreux en eau et des aliments à haut rendement énergétique vous évitera de gaspiller de l'argent inutilement.

-De nombreux francophiles habitent Arequipa, où est également installée une Alliance française qui propose de nombreuses activités, notamment des expositions, des projections de films, des cours de langue. Dans les musées les plus importants et au couvent Santa Catalina, il est également possible de dénicher des services de guide en français.

-L'autobus met de 14 à 18 heures à parcourir le millier de kilomètres qui séparent Lima et Aréquipa. La liaison quotidienne en avion, pour une centaine de dollars américains, peut donc s'avérer nettement avantageuse (lanperu.com). Aussi, des autobus quittent quotidiennement à destination de Cusco, de Puno et de Nasca/Ica, pour ne nommer que ceux-là.

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  • Julien Bétancourt - Inscrit
    25 octobre 2009 11 h 25
    Cuisine végétarienne
    J'ai séjourné 2 mois au Pérou dont 2 semaines à Aréquipa, Il faut mentionner que dans cette ville on y trouve un plus grand nombre de restaurants végétariens qu'à Montréal. Une excellente cuisine qui n'est pas sans nous rappeler l'exquise cuisine de l'Inde. Je recommande particulièrement le restaurant SUMAC qui ressemble à un vestibule de cathédrale sur la rue Mercaderes. Il est ouvert seulement pour les repas du midi du lundi au vendredi et et on y mange très bien pour moins de 2$
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