Élections en Afghanistan - Le pli de Karzaï
Le président Hamid Karzaï a fini par céder aux pressions justifiées des Américains et des Européens: une deuxième manche électorale va l'opposer à son principal adversaire et ex-ministre des Affaires étrangères, Abdullah Abdullah. Ce faisant, il faudra attendre des semaines avant que Barack Obama dévoile les modifications qu'il entend imprimer sur la stratégie militaire.
Aujourd'hui, la Maison-Blanche doit être passablement soulagée. En convenant que le scrutin d'août dernier s'était conjugué avec une fraude massive et qu'il n'avait donc rien de légitime, Karzaï écarte du coup un scénario qui aux États-Unis était synonyme d'effroi. Lequel? Le leader afghan aurait attendu encore deux ou trois semaines avant de reconnaître les conclusions de la commission électorale qu'il aurait été impossible de tenir un vote avant le printemps pour des raisons climatiques que chacun imagine aisément. Le président Obama aurait donc été dans l'obligation de composer avec un chef d'État dont la crédibilité auprès de ses concitoyens a fondu comme neige au soleil.
Pour éviter coûte que coûte cette éventualité, l'administration Obama a donc déployé la grosse artillerie diplomatique. De Richard Holbrooke au vice-président Joe Biden en passant par la secrétaire d'État Hillary Clinton et John Kerry, président de la Commission sénatoriale des Affaires étrangères, tous ont prié Karzaï de baisser la garde avec l'implication dit-on ferme du premier ministre britannique, Gordon Brown. C'est dire combien le leader afghan s'était obstiné au cours du dernier mois.
En concédant un deuxième tour, Karzaï va donc croiser le fer avec Abdullah Abdullah. Signe particulier? Il est Tadjik, alors que le président est Pachtoun. Les Tadjiks représentent 35 % de la population du pays. Quoi d'autre? Ils parlent le farsi, le persan, soit la langue des Iraniens, des chiites que les sunnites considèrent encore et toujours comme des apostats. Ils bénéficient du soutien, discret il va sans dire, de l'Iran, bien sûr, mais également de la Russie et de l'Inde. En sous-main, Moscou et Téhéran aident les seigneurs de la guerre qui combattent Karzaï. Les Patchouns, eux, jouissent de la protection du Pakistan. Au milieu de ce magma géopolitique et ethnique, il y a bien évidemment les États-Unis d'Amérique.
À Washington, on aurait aimé et on aimerait encore que Karzaï et Abdullah négocient les contours d'une coalition calquée quelque peu sur celle qui avait vu le jour après le renversement des talibans en décembre 2001. En un mot, à la Maison-Blanche on souhaite ou plutôt on rêve d'une alliance entre le Tadjik et le Pachtoun afin d'aplanir les divisions ethniques. Le hic, c'est que les chefs tribaux ont un tel dédain pour les Tadjiks qu'ils ont tout fait pour combattre le gouvernement Karzaï parce qu'il comprenait justement un Abdullah.
En fait, on voit mal comment Karzaï pourrait amorcer des discussions avec Abdullah avant le 7 novembre. Car si c'était le cas, s'il dialoguait avec le frère ennemi, s'il prenait langue avec l'apostat qui a adopté le farsi, alors il s'aliénerait une frange importante de son électorat, par ailleurs échaudé comme jamais par les pressions effectuées par Washington et Londres pour que Karzaï reconnaisse les fraudes, et du coup le bien-fondé de la lutte menée par Abdullah dès le lendemain du vote d'août dernier. Ce pays est à l'image de la quadrature du cercle.
Aujourd'hui, la Maison-Blanche doit être passablement soulagée. En convenant que le scrutin d'août dernier s'était conjugué avec une fraude massive et qu'il n'avait donc rien de légitime, Karzaï écarte du coup un scénario qui aux États-Unis était synonyme d'effroi. Lequel? Le leader afghan aurait attendu encore deux ou trois semaines avant de reconnaître les conclusions de la commission électorale qu'il aurait été impossible de tenir un vote avant le printemps pour des raisons climatiques que chacun imagine aisément. Le président Obama aurait donc été dans l'obligation de composer avec un chef d'État dont la crédibilité auprès de ses concitoyens a fondu comme neige au soleil.
Pour éviter coûte que coûte cette éventualité, l'administration Obama a donc déployé la grosse artillerie diplomatique. De Richard Holbrooke au vice-président Joe Biden en passant par la secrétaire d'État Hillary Clinton et John Kerry, président de la Commission sénatoriale des Affaires étrangères, tous ont prié Karzaï de baisser la garde avec l'implication dit-on ferme du premier ministre britannique, Gordon Brown. C'est dire combien le leader afghan s'était obstiné au cours du dernier mois.
En concédant un deuxième tour, Karzaï va donc croiser le fer avec Abdullah Abdullah. Signe particulier? Il est Tadjik, alors que le président est Pachtoun. Les Tadjiks représentent 35 % de la population du pays. Quoi d'autre? Ils parlent le farsi, le persan, soit la langue des Iraniens, des chiites que les sunnites considèrent encore et toujours comme des apostats. Ils bénéficient du soutien, discret il va sans dire, de l'Iran, bien sûr, mais également de la Russie et de l'Inde. En sous-main, Moscou et Téhéran aident les seigneurs de la guerre qui combattent Karzaï. Les Patchouns, eux, jouissent de la protection du Pakistan. Au milieu de ce magma géopolitique et ethnique, il y a bien évidemment les États-Unis d'Amérique.
À Washington, on aurait aimé et on aimerait encore que Karzaï et Abdullah négocient les contours d'une coalition calquée quelque peu sur celle qui avait vu le jour après le renversement des talibans en décembre 2001. En un mot, à la Maison-Blanche on souhaite ou plutôt on rêve d'une alliance entre le Tadjik et le Pachtoun afin d'aplanir les divisions ethniques. Le hic, c'est que les chefs tribaux ont un tel dédain pour les Tadjiks qu'ils ont tout fait pour combattre le gouvernement Karzaï parce qu'il comprenait justement un Abdullah.
En fait, on voit mal comment Karzaï pourrait amorcer des discussions avec Abdullah avant le 7 novembre. Car si c'était le cas, s'il dialoguait avec le frère ennemi, s'il prenait langue avec l'apostat qui a adopté le farsi, alors il s'aliénerait une frange importante de son électorat, par ailleurs échaudé comme jamais par les pressions effectuées par Washington et Londres pour que Karzaï reconnaisse les fraudes, et du coup le bien-fondé de la lutte menée par Abdullah dès le lendemain du vote d'août dernier. Ce pays est à l'image de la quadrature du cercle.
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