Les hics de la sécurité intérieure du président Bush
Les fonctionnaires à Washington grimaçaient à l'idée qu'un super-ministère de la Sécurité intérieure soit éventuellement créé dans le cadre de la «guerre au terrorisme» de la Maison-Blanche, mais croyaient encore il y a deux semaines, rassurés par les déclarations officielles, que le projet ne serait jamais que théorique. Dans un revirement complet, le président Bush a annoncé jeudi qu'il voulait voir un tel département se mettre à fonctionner le 1er janvier prochain.
Le geste présidentiel est politique dans son synchronisme avec la pluie de nouvelles incriminantes pour le FBI et la CIA que de nombreux indices accusent d'avoir somnolé pendant que se tramaient, de l'Arizona au Minnesota, les attentats du onze septembre. Timing politique dans la mesure où M. Bush annonçait jeudi son virage à la télé nationale alors même que l'agent du FBI, Coleen Rowley, venait de faire le procès du bureau d'enquête fédéral devant le Comité judiciaire du Sénat. Mme Rowley est cette agente de Minneapolis qui, dans une lettre envoyée le 21 mai au directeur du FBI Robert S. Mueller III, critique le quartier général de l'agence à Washington pour avoir ignoré avant le onze, pour cause d'inertie bureaucratique, d'importants signaux pointant Zacarias Moussaoui, aujourd'hui accusé d'être le «20e terroriste» responsable des attentats.
Depuis dix jours, les Américains sont bombardés d'initiatives sécuritaires: restructuration du FBI, nouvelles directives judiciaires, contrôle beaucoup plus serré des visiteurs étrangers avec empreintes digitales à la clé. Dans cette perspective, le nouveau département de M. Bush, qui regrouperait notamment les douanes, les puissants services d'immigration et la Garde côtière, a les apparences d'une fuite en avant destinée pour le gouvernement à ne pas se laisser enterrer sous les soupçons de négligence.
Sauf qu'il y a au moins deux hics à ce superministère. Le premier, c'est qu'il a beau annoncer la plus importante réorganisation de la machine sécuritaire américaine depuis la Deuxième Guerre mondiale (alors que sous Harry Truman étaient créés le département de la Défense et le Conseil de sécurité nationale) et le regroupement sous un seul chapeau des fonctions de sécurité intérieure qui sont présentement éparpillées parmi une centaine d'entités fédérales, il reste qu'au bout du compte, le FBI et la CIA, qui sont pourtant au coeur des accusations de ratés, échapperont à l'autorité de ce département qui regroupera au moins 160 000 fonctionnaires.
Une autre curiosité tient à la création au sein de ce ministère d'une division de l'analyse du renseignement. Cette division se chargerait de canaliser et d'examiner les informations provenant du FBI, de la CIA et d'autres agences afin que les autorités soient renseignées de façon plus claire, plus cohérente sur les menaces d'attaques terroristes. L'objectif étant d'améliorer le partage d'informations et d'éviter que des pistes d'enquête soient ignorées. Le second hic, disent des experts en la matière, c'est que cette division recevrait, plutôt que des informations brutes, des informations distillées par les nombreuses couches bureaucratiques des agences. Or, pour des gens comme Mme Rowley, c'est justement le trop plein de distillation d'informations qui a posé problème dans les mois qui ont suivi le onze septembre.
Pris par surprise par le président, le Congrès n'en a pas moins largement salué l'initiative — en partie parce que la proposition de Bush est semblable à un plan de réorganisation de la sécurité nationale qui dort au Congrès depuis plusieurs mois. Ce qui ne veut pas dire pour autant que la Chambre des représentants et le Sénat lui donneront demain leur accord, comme l'attend le président. Ni que le projet présidentiel parviendra à étouffer les appels à une enquête indépendante sur les circonstances qui ont mené aux événements du onze. Quatre-vingt-huit comités et sous-comités du Congrès ont droit de regard sur un morceau du puzzle de la sécurité intérieure. Cela annonce d'intenses luttes de pouvoir.
Le geste présidentiel est politique dans son synchronisme avec la pluie de nouvelles incriminantes pour le FBI et la CIA que de nombreux indices accusent d'avoir somnolé pendant que se tramaient, de l'Arizona au Minnesota, les attentats du onze septembre. Timing politique dans la mesure où M. Bush annonçait jeudi son virage à la télé nationale alors même que l'agent du FBI, Coleen Rowley, venait de faire le procès du bureau d'enquête fédéral devant le Comité judiciaire du Sénat. Mme Rowley est cette agente de Minneapolis qui, dans une lettre envoyée le 21 mai au directeur du FBI Robert S. Mueller III, critique le quartier général de l'agence à Washington pour avoir ignoré avant le onze, pour cause d'inertie bureaucratique, d'importants signaux pointant Zacarias Moussaoui, aujourd'hui accusé d'être le «20e terroriste» responsable des attentats.
Depuis dix jours, les Américains sont bombardés d'initiatives sécuritaires: restructuration du FBI, nouvelles directives judiciaires, contrôle beaucoup plus serré des visiteurs étrangers avec empreintes digitales à la clé. Dans cette perspective, le nouveau département de M. Bush, qui regrouperait notamment les douanes, les puissants services d'immigration et la Garde côtière, a les apparences d'une fuite en avant destinée pour le gouvernement à ne pas se laisser enterrer sous les soupçons de négligence.
Sauf qu'il y a au moins deux hics à ce superministère. Le premier, c'est qu'il a beau annoncer la plus importante réorganisation de la machine sécuritaire américaine depuis la Deuxième Guerre mondiale (alors que sous Harry Truman étaient créés le département de la Défense et le Conseil de sécurité nationale) et le regroupement sous un seul chapeau des fonctions de sécurité intérieure qui sont présentement éparpillées parmi une centaine d'entités fédérales, il reste qu'au bout du compte, le FBI et la CIA, qui sont pourtant au coeur des accusations de ratés, échapperont à l'autorité de ce département qui regroupera au moins 160 000 fonctionnaires.
Une autre curiosité tient à la création au sein de ce ministère d'une division de l'analyse du renseignement. Cette division se chargerait de canaliser et d'examiner les informations provenant du FBI, de la CIA et d'autres agences afin que les autorités soient renseignées de façon plus claire, plus cohérente sur les menaces d'attaques terroristes. L'objectif étant d'améliorer le partage d'informations et d'éviter que des pistes d'enquête soient ignorées. Le second hic, disent des experts en la matière, c'est que cette division recevrait, plutôt que des informations brutes, des informations distillées par les nombreuses couches bureaucratiques des agences. Or, pour des gens comme Mme Rowley, c'est justement le trop plein de distillation d'informations qui a posé problème dans les mois qui ont suivi le onze septembre.
Pris par surprise par le président, le Congrès n'en a pas moins largement salué l'initiative — en partie parce que la proposition de Bush est semblable à un plan de réorganisation de la sécurité nationale qui dort au Congrès depuis plusieurs mois. Ce qui ne veut pas dire pour autant que la Chambre des représentants et le Sénat lui donneront demain leur accord, comme l'attend le président. Ni que le projet présidentiel parviendra à étouffer les appels à une enquête indépendante sur les circonstances qui ont mené aux événements du onze. Quatre-vingt-huit comités et sous-comités du Congrès ont droit de regard sur un morceau du puzzle de la sécurité intérieure. Cela annonce d'intenses luttes de pouvoir.
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