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Libre opinion - La démocratie en Afrique : oui, avec le temps !

25 septembre 2009  Actualités internationales
Solange Upar - Journaliste indépendante, Montréal

La junte militaire qui se cramponne au pouvoir en République de Guinée, l'élection contestée d'Ali Ben Bongo au Gabon, l'élection présidentielle qui n'en finit plus d'être reportée en Côte d'Ivoire, autant de raisons qui font dire à certains que la démocratie ne convient peut-être pas aux Africains. Une question à un million de dollars qui impose réflexion.

Fonder un tel jugement sur l'expérience des pays occidentaux qui comptent des siècles de pratique démocratique est une prémisse qui fausse tout. La démocratie est aussi bonne pour l'Occidental que pour l'Africain. Mais elle ne s'injecte pas comme un médicament antipaludéen. Elle s'apprend, se vit et se peaufine au fil des décennies. Le Ghana n'est-il pas un exemple convaincant à ce jour? Malgré un taux d'illettrisme avoisinant 50 %, le pays de Kwame Nkrumah est un modèle incontestable du progrès de la démocratie dans le continent noir. L'alternance politique n'en est pas à ses balbutiements au Sénégal.

La jeunesse des nations africaines plaide en leur faveur. La plupart d'entre elles ont vu le jour dans les années 1960. Et à peine affranchies du joug colonial, elles ont été appelées à choisir entre le communisme et le capitalisme. Inexpérimentés, les présidents africains se sont retrouvés dans les ligues majeures sans trop comprendre les règles du jeu. Manipulés à coups de millions de dollars, ils n'ont pas mis de temps à se détourner de l'intérêt du peuple pour servir religieusement celui des parrains étrangers. Ayant découvert les délices du pouvoir, ils en sont devenus accros à l'os, oubliant les promesses des discours des indépendances. Le démon de la dérive dictatoriale s'est finalement emparé d'eux, avec les tristes conséquences que nous connaissons aujourd'hui.

M. Pascal Boniface, directeur de l'Institut français de relations internationales et stratégiques (IRIS), rappelle qu'il ne faut pas occulter la responsabilité de l'Occident dans le retard que connaît l'Afrique dans l'apprentissage de la démocratie. « Les démocraties occidentales, affirme-t-il, ont accepté des liens très développés avec des dictatures tout simplement parce qu'il s'agissait d'une aide dans la lutte contre l'Union soviétique. »

N'allez pas croire que je tiens les Blancs responsables du malheur de l'Afrique. Loin de là! À chacun ses culottes. Toujours est-il qu'une fois la guerre froide dégelée, les parrains occidentaux ont poussé les régimes dictatoriaux à prendre sagement le sentier de la démocratie. « Ben là! », s'écrierait le Québécois... On parle ici d'un mode de vie qui ne tombe pas avec la pluie au gré de la météo.

« Nous avons appris que la démocratie commence autour de la table familiale, que le pouvoir doit être partagé au foyer, entre les femmes et les hommes et, de là, jusqu'aux échelons les plus élevés de l'État et de la communauté internationale », a déclaré M. Koffi Annan à l'occasion de la quatrième Conférence internationale des démocraties nouvelles et rétablies en décembre 2000 au Bénin. Faut-il encore avoir une table autour de laquelle se rassembler.

Ce nouveau mode de vie importé de l'Occident requiert de nous, Africains, une remise en question de certaines valeurs héritées de nos aïeux. Sommes-nous prêts, par exemple, à réformer le fameux concept du respect des adultes (les sages) qui cantonne les rapports entre les générations à une relation de subordination du plus jeune au plus âgé? Sommes-nous prêts à laisser place au débat d'idées dans nos communautés et à accepter que l'autre puisse émettre librement une opinion différente sans que cela ouvre la porte aux règlements de comptes? Et le rôle conféré à la femme par les coutumes ancestrales? Sommes-nous prêts à le changer pour qu'il corresponde davantage aux valeurs démocratiques?

La démocratie a certainement sa place et un avenir certain en Afrique. Toutefois, nous avons plusieurs étapes à franchir avant de nous rendre aux urnes. D'où l'importance d'éviter le piège de la précipitation. Et pour aider la démocratie à éclore, à progresser et à s'enraciner, prescrivons-nous collectivement une thérapie comportementale afin de nous dépouiller de nombreuses tares qui l'étouffent.
 
 
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