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Étapisme confus à Bagdad

300 Irakiens convoqués par Jay Garner projettent de jeter dans un mois les bases d'un gouvernement intérimaire. Plusieurs personnalités connues brillent par leur absence

29 avril 2003  Actualités internationales
La réunion d’hier aura permis à des «personnalités émergentes» de s’affirmer.
Photo : Agence Reuters
La réunion d’hier aura permis à des «personnalités émergentes» de s’affirmer.
Bagdad — Quelque 300 participants à une réunion politique à Bagdad ont décidé de tenir un «congrès général national» d'ici un mois pour fixer les règles de formation d'un gouvernement irakien intérimaire, à l'issue d'une journée de débats organisée par les États-Unis.

«Les délégués ont décidé de tenir un congrès général national, probablement à Bagdad, d'ici quatre semaines afin de préciser les règles pour former un gouvernement intérimaire», a indiqué Mouafak Roubaï, qui présidait la réunion convoquée par l'administrateur civil américain Jay Garner. Dans une autre résolution lue par M. Roubaï, les participants ont stipulé que les forces de la coalition étaient responsables du «maintien de la sécurité».

La sécurité reste un énorme problème à Bagdad et dans de nombreuses villes irakiennes, près de trois semaines après la chute du régime de Saddam Hussein.

Pendant la réunion, qui coïncidait avec le 66e anniversaire de Saddam Hussein, les États-Unis ont promis hier d'instaurer la démocratie en Irak. «C'est notre responsabilité de faire démarrer, ici aujourd'hui, le processus de naissance de la démocratie en Irak», a déclaré le général américain aux participants, parmi lesquels figuraient des chefs de tribus, des dignitaires chiites et sunnites, des dirigeants kurdes, des anciens exilés, des paysans et des hommes d'affaires. «C'est notre devoir de vous donner les outils et les moyens dont vous avez besoin» pour établir un État de droit, a-t-il poursuivi.

Selon un responsable américain, la réunion devait aussi être l'occasion pour les «personnalités émergentes» de l'Irak post-Saddam de s'affirmer. Mais aucun courant ne s'est apparemment imposé. «Il n'y avait de majorité pour personne», a indiqué à l'AFP Nassir al-Chadechy, du Parti démocratique national.

Les États-Unis, qui occupent l'Irak depuis la prise de Bagdad le 9 avril, n'ont pour l'instant avancé aucune date pour l'entrée en fonction d'un gouvernement irakien provisoire. «Avant d'entamer la reconstruction avec succès, nous devons avoir la sécurité. C'est ce que nous essayons de faire dans tout l'Irak. C'est très difficile, mais nous y arriverons», a assuré Jay Garner.

Parmi les participants à la réunion figurait notamment une délégation du Congrès national irakien (CNI) d'Ahmed Chalabi. Mais de nombreuses personnalités étaient absentes, dont M. Chalabi lui-même. «La majorité ne l'a pas soutenu», a indiqué M. Chadechy. Les deux principaux dirigeants kurdes, Massoud Barzani, chef du Parti démocratique du Kurdistan (PDK), et Jalal Talabani, de l'Union patriotique du Kurdistan (UPK), n'étaient pas là non plus, selon les responsables américains.

Deux délégations ont indiqué assister à la rencontre au nom de l'Assemblée suprême de la révolution islamique en Irak (Asrii), le plus grand mouvement de l'opposition chiite basé en Iran, alors même qu'un porte-parole du mouvement, Ahmed al-Bayati, affirmait que l'Asrii ne participerait à aucune réunion sur l'avenir politique de l'Irak sous l'égide des États-Unis.

Antiquités restituées

Parallèlement à la réunion, des milliers de chiites ont manifesté à Bagdad pour exiger un rôle pour leurs dignitaires religieux dans la conduite des affaires du pays. Cette confusion témoigne des difficultés à mettre en place un futur gouvernement en Irak, un pays à la structure confessionnelle, ethnique et politique complexe et où la frustration est grande face au chaos qui prévaut depuis la chute de Saddam Hussein.

Cheikh Ali Abdel Aziz, chef du mouvement islamique du Kurdistan irakien, qui était présent à la réunion, a déclaré: «Nous voulons un État juste, et il serait préférable qu'il soit islamique car l'islam est mieux que la démocratie.» Mais un autre délégué, Saadi Abdel Rassoul Ali, un commerçant, n'était pas de cet avis: «Nous préférons séparer religion et État car ce sera mieux pour notre pays où il y a beaucoup de communautés différentes», a-t-il assuré. Lors de la première réunion de ce type, le 15 avril à Ur, les participants, moins d'une centaine, avaient adopté le principe d'un futur gouvernement irakien «démocratique» et «fédéral».

Enfin, le Commandement central américain a annoncé hier que plus de 100 objets volés dans des musées irakiens ont été restitués, après que les forces de la coalition «eurent demandé aux habitants de rendre tout objet dérobé durant les pillages à Bagdad».
 
 
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