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Les Afghans votent sous la menace

Malgré quelque 135 incidents recensés et une dizaine de morts, l'hécatombe appréhendée n'a pas eu lieu hier

21 août 2009  Actualités internationales
Des électeurs sont fouillés par un policier avant de pouvoir entrer dans un bureau de vote de Kandahar. Environ 17 millions d’Afghans avaient le droit de voter lors de l’élection présidentielle tenue hier, où le taux de participation pourrait at
Photo : Agence Reuters
Des électeurs sont fouillés par un policier avant de pouvoir entrer dans un bureau de vote de Kandahar. Environ 17 millions d’Afghans avaient le droit de voter lors de l’élection présidentielle tenue hier, où le taux de participation pourrait at
On s'attendait au pire, mais finalement, il n'y a pas eu d'hécatombe hier, jour d'élections en Afghanistan: «tout juste» quelques dizaines de morts dans les 135 incidents recensés. L'ONU et le monde occidental se sont par conséquent joints au président sortant, Hamid Karzaï, pour célébrer le succès de cet exercice à haut risque, en espérant que le taux de participation ne soit pas tombé sous la barre symbolique de 50 %.

Malgré les menaces proférées par les talibans et les attentats effectivement commis hier dans plusieurs provinces, les Afghans ont été assez nombreux à exercer leur droit de vote lors de cette deuxième présidentielle de leur histoire. Mais les files d'attente devant les bureaux de vote étaient beaucoup plus courtes qu'en 2004, alors que 70 % des électeurs s'y étaient présentés.

Le gouvernement a tenté hier d'interdire aux médias de diffuser des nouvelles susceptibles d'effrayer les électeurs. En outre, les bureaux de scrutin sont restés ouverts une heure de plus que prévu. En revanche, quelques centaines de bureaux, sur environ 6500, sont restés fermés toute la journée en raison de tirs de roquettes, d'attentats à la bombe ou de fusillades.

Un porte-parole de la Commission électorale indépendante a estimé que le taux de participation pourrait atteindre 50 %, mais d'autres responsables électoraux ont préféré avancer le chiffre de 40 %. Environ 17 millions de personnes avaient le droit de voter.

«Le peuple afghan a osé défier les roquettes, les bombes et les intimidations pour venir voter. Nous verrons bien quel sera le taux de participation. Mais ils sont venus voter, et c'est magnifique», s'est félicité le président sortant, Hamid Karzaï, qui sollicite un nouveau mandat. «Au final, cela a été une très bonne journée pour l'Afghanistan et son peuple», a conclu M. Karzaï, pour qui une participation faible ne compromettrait pas la légitimité de l'élection.

Le président sortant reste le favori, mais il pourrait devoir affronter son ancien ministre des Affaires étrangères, Abdullah Abdullah, dans un second tour de scrutin. Les derniers sondages accordaient 44 % des voix à Hamid Karzaï, contre 26 % à M. Abdullah.

La popularité du président sortant a considérablement chuté au fil des ans en raison de l'insécurité et de la corruption qui minent un pays par ailleurs incapable d'offrir un minimum de prospérité à ses habitants.

Issu de l'ethnie pashtoune, majoritaire dans le pays, Hamid Karzaï compte sur le vote des provinces du sud, où les électeurs ont apparemment été moins nombreux à se rendre aux urnes hier. M. Abdullah a plutôt la faveur des électeurs tadjiks, qui vivent principalement dans les régions septentrionales.

C'est surtout dans le sud et l'est du pays, bastions de l'insurrection, que le scrutin a été perturbé. Mais c'est dans une ville du nord, Baghlan, que l'incident le plus meurtrier s'est produit. Des rebelles islamistes y ont combattu les forces de l'ordre toute la journée, interrompant le vote. Le chef de la police ainsi qu'une trentaine d'insurgés auraient trouvé la mort dans ces affrontements, qui avaient débuté avant-hier.

Kaboul avait été la cible d'attentats à l'approche du scrutin. La capitale afghane a encore été hier le théâtre d'une fusillade et de quelques explosions, en plus d'essuyer des tirs de roquettes. Les électeurs s'y sont faits assez rares, ont indiqué plusieurs observateurs, contredisant les porte-parole de la Commission électorale indépendante.

Des tirs de roquettes ont fait plusieurs victimes dans les provinces de Kandahar, Helmand et Khost, au sud. Des incidents meurtriers ont également été rapportés par l'ONU dans l'est du pays.

Malgré tout, aucun des attentats suicide massifs redoutés par les autorités ne s'est produit. Le gouvernement a recensé hier 135 attaques rebelles, qui ont tué neuf civils, neuf policiers et huit soldats afghans.

«En exerçant leur droit constitutionnel à voter, le peuple afghan a montré une fois de plus son souhait de stabilité et de développement pour le pays», a déclaré le secrétaire général de l'ONU, Ban Ki-moon, dans un communiqué.

Ban Ki-moon a encouragé «tous les candidats, leurs agents et partisans à continuer de coopérer avec les institutions électorales afghanes pendant le décompte des bulletins et leur recoupement, la réception et l'examen des plaintes et la certification des résultats».

«Je tiens à féliciter les Afghans pour le courage dont ils ont fait preuve dans les circonstances», a dit le secrétaire général de l'OTAN, Anders Fogh Rasmussen, qui a aussi vanté le travail de l'armée afghane. Ces élections ont été une «preuve de la détermination du peuple afghan à construire la démocratie», a ajouté l'ancien premier ministre danois.

La Maison-Blanche s'est également réjouie du succès relatif des élections, tout en réservant son jugement dans l'attente des résultats définitifs, qui sont attendus début septembre. Des résultats partiels seront probablement publiés mardi prochain.

De nombreuses irrégularités ont entaché l'organisation de ces élections, au cours desquelles les Afghans étaient invités à élire, outre leur président, les 420 membres des assemblées provinciales. Il a été question de ventes de cartes d'électeur, de l'inscription d'électeurs fictifs, de pots de vin, d'utilisation de biens publics à des fins électorales, etc. Ces derniers jours, l'efficacité de l'encre indélébile destinée à prévenir les votes multiples a aussi été mise en doute.

«Nous nous attendons à devoir traiter de très nombreuses plaintes d'ici la publication des résultats définitifs», a dit Grant Kippen, président de la Commission des plaintes électorales à Kaboul.

Contrairement à celles de 2004, les élections d'hier étaient théoriquement placées sous la responsabilité d'institutions afghanes, l'ONU ne jouant qu'un rôle de soutien.

***

Avec l'Agence France-Presse et l'Associated Press
 
 
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