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Administrateur civil provisoire de l'Irak - Jay Garner dépose ses valises à Bagdad

«Quel meilleur jour y a-t-il dans une vie que celui où l'on peut aider quelqu'un d'autre...»

Jay Garner à son arrivée à Bagdad, hier: aider les Irakiens, mais comment?
Photo : Agence Reuters
Jay Garner à son arrivée à Bagdad, hier: aider les Irakiens, mais comment?
Le général américain à la retraite Jay Garner, désigné par Washington administrateur civil provisoire de l'Irak, s'est installé hier à Bagdad, près de deux semaines après la chute du régime de Saddam Hussein.

Le général américain en retraite Jay Garner, chargé de superviser la reconstruction de l'Irak, a effectué hier sa première visite à Bagdad où il a promis des efforts soutenus pour réparer les dégâts de la guerre.

Mais un certain scepticisme s'exprime chez les Irakiens. Garner, arrivé du Koweït pour dresser un état des lieux et mettre en place ses services, n'a pas convaincu tout le monde que les États-Unis feraient leur maximum pour aider les Irakiens et les laisser ensuite se gouverner eux-mêmes. Il n'a du reste pas fixé de limite à la durée de sa mission.

L'administrateur américain a dit que sa priorité serait de rétablir dès que possible les services de base comme l'eau, les réseaux d'égouts et l'électricité. «Quel meilleur jour y a-t-il dans une vie que celui où l'on peut aider quelqu'un d'autre, aider d'autres personnes, c'est ce que nous avons l'intention de faire», a-t-il déclaré à la presse à son arrivée.

Signe des difficultés à venir pour ce qui est de trouver des interlocuteurs irakiens, la délégation de Garner a fait savoir que Washington ne reconnaissait pas l'ancien exilé Mohamed Mohsen al-Zoubaïdi dans le rôle de «gouverneur» de Bagdad qu'il s'est attribué lui-même.

Garner, qui dirige l'Office de reconstruction et d'aide humanitaire (Orha) du Pentagone — dont l'équipe initiale de 19 administrateurs civils comprendra bientôt 450 personnes — a visité des lieux symbolisant l'état de dévastation de la capitale: un hôpital pillé, un centre de retraitement des eaux usées abandonné, une centrale électrique hors service.

Il s'est ensuite installé à la périphérie ouest de Bagdad, dans un palais de Saddam Hussein aux marbres verts incrustés et aux murs décorés de poésie arabe en lettres d'or.

Selon des responsables, il doit visiter aujourd'hui et demain le nord de l'Irak avant de regagner Bagdad pour y rencontrer des responsables municipaux et visiter des musées mis à sac.

Des Bagdadis ont manifesté leur colère en demandant pourquoi il fallait aussi longtemps pour remettre la capitale sur pied douze jours après l'arrivée des troupes américaines qui, si elles ont mis fin à la dictature de Saddam, ont aussi laissé la ville en proie à l'anarchie. Comment on lui demandait quel était le plus grand défi à relever, Garner a répondu: «Tout».

À l'hôpital Yarmouk, dans le sud de Bagdad, le directeur de l'établissement, Zayed Abdoul Karim, a conduit Garner dans des couloirs sombres et poussiéreux, jonchés de bris de verre, et lui a montré des salles où des pillards avaient tout volé sauf les lits. L'hôpital est actuellement privé d'électricité.

Garner a déclaré au personnel de l'hôpital que les forces anglo-américaines oeuvreraient de concert avec les techniciens irakiens pour rétablir les services de base.

«Nous devons donner naissance à un nouveau système en Irak, a-t-il dit. Cela commence par un travail commun, mais c'est un travail difficile et cela prendra longtemps. Nous vous aiderons aussi longtemps que vous le voudrez.»

Par ailleurs, à Washington, le secrétaire américain à la Défense Donald Rumsfeld a estimé hier très improbable l'établissement de bases américaines permanentes en Irak, mais a indiqué qu'une réflexion était en cours sur la présence militaire à long terme des États-Unis au Moyen-Orient.

Devant la presse, il a rejeté avec force l'idée d'une «occupation» américaine de ce pays et a qualifié de «pure spéculation» les informations sur la volonté des États-Unis d'avoir accès à long terme à quatre bases aériennes irakiennes.

«Cet article a probablement remporté la palme mondiale de la pure spéculation cette année», a affirmé M. Rumsfeld en allusion à un article du New York Times dimanche.

Selon le quotidien, citant des responsables militaires américains anonymes, les bases militaires convoitées par le Pentagone seraient situées sur l'aéroport international de Bagdad, à Tallil près de Nassiriyah (sud), sur l'aérodrome H1 (ouest) dans le désert, et à Bachour, au Kurdistan (nord).

«Nous ne l'envisageons même pas», a ajouté M. Rumsfeld, admettant seulement que les Américains utilisaient actuellement ces quatre bases pour «aider à convoyer l'aide humanitaire, pour contribuer à la stabilité des opérations». Selon lui, «l'impression qui se dégage dans le monde est que nous planifions d'occuper le pays [Irak], que nous planifions d'utiliser leurs bases pendant une période prolongée. Et c'est absolument faux !».

D'autant, selon lui, que Washington ne saurait négocier «avec un gouvernement irakien qui n'est pas encore constitué». Interrogé sur la durée possible de la présence militaire américaine en Irak pour la stabilisation et la reconstruction du pays, M. Rumsfeld est resté évasif: Washington ne veut pas rester «un jour de plus que nécessaire [...] Cela dépendra de la rapidité d'évolution du gouvernement intérimaire, de savoir si des influences extérieures parviennent à influencer négativement la situation. Il y a tant de variables».

«Neuf mois ou neuf ans», personne ne peut se lancer dans des supputations, a-t-il lancé.
 
 
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