Assassinat de Natalia Estemirova - La mort à petit feu des droits de la personne en Tchétchénie
17 juillet 2009
Actualités internationales
Le président russe, Dmitri Medvedev, a rendu hier un hommage inédit à la militante pour les droits de la personne Natalia Estemirova, assassinée mercredi. La communauté internationale, pour sa part, s'indigne et exige que les meurtriers soient retrouvés.
«Tout le monde savait qu'elle était menacée, elle la première.» Pour Anne Le Huérou, chargée de mission à la Fédération internationale des droits de l'homme, comme pour la plupart des connaisseurs de la situation en Tchétchénie, le meurtre, mercredi 15 juillet, de Natalia Estemirova n'est pas une surprise.
Son travail et sa volonté inébranlable de dénoncer les exactions commises en Tchétchénie depuis 2000 avaient fini par faire d'elle la femme à abattre dans la région. Journaliste de formation, cette militante de 50 ans sillonnait sans relâche la Tchétchénie pour traquer les violations des droits de la personne. Principale responsable de l'ONG russe Memorial dans cette république, elle détenait beaucoup d'informations, travaillait avec des avocats, des journalistes russes ou étrangers qui trouvaient en elle une interlocutrice sérieuse, fiable et expérimentée.
«Les gens de la région eux-mêmes s'adressaient directement à elle, ils se confiaient à elle», raconte Shakhman Akboulatov, du bureau de Memorial à Grozny, la capitale de la Tchétchénie. Une chose peu courante dans cette région, où le mutisme est plutôt de mise. «Grâce à son sérieux, son écoute et sa gentillesse, elle avait réussi à gagner la confiance des gens», ajoute-t-il. «Elle était l'une des plus expérimentées à travailler dans cette région», renchérit Mme Le Huérou.
Impunité
Car Natalia Estemirova exerçait en Tchétchénie depuis presque dix ans. Arrivée lors de la Seconde guerre de Tchétchénie (1999-2000), elle n'avait cessé, depuis, d'enquêter sur les abus et violations des droits de la personne et sur les conditions des femmes, victimes de meurtres commis en toute impunité. Si elle avait bénéficié d'une relative indifférence de Moscou dans un premier temps, il n'en avait plus été de même lorsque les chars russes avaient quitté Grozny pour laisser la région entre les mains toutes-puissantes de Ramzan Kadyrov, président de la Tchétchénie, à la fin de l'année 2005. «Ramzan Kadyrov a alors mis en place une véritable terreur d'État, un règne de la peur», explique Mme Le Huérou.
Dénonciation de trop
Ces dernières années, ses conditions de travail étaient devenues de plus en plus difficiles. La dénonciation de trop, selon Anne Le Huérou, fut celle d'une exécution arbitraire et publique d'un présumé combattant antitchétchène. «Elle gênait de plus en plus. Elle avait reçu des menaces directes de Ramzan Kadyrov, car son travail l'empêchait de faire croire que tout se passait bien en Tchétchénie, que le calme et la prospérité étaient revenus. Si M. Kadyrov n'a pas tenu l'arme lui-même, il a donné une impunité par avance à quiconque la tuerait. Et la Russie a accepté cela sur son sol, elle a laissé faire, elle en porte la responsabilité», accuse Mme Le Huérou.
Car si Dmitri Medvedev, le président de la Russie, a «fait part de son indignation devant ce meurtre» et a, surtout, reconnu que «ce meurtre prémédité [était] lié à l'activité professionnelle de Natalia Estemirova», pour Memorial, les autorités russes sont au moins complices de ce crime. Une enquête a été ouverte, mais, selon Anne Le Huérou, «une enquête telle que celle qui a suivi le meurtre d'Anna Politkovskaïa en 2006 est à craindre». C'est-à-dire une investigation qui aboutirait dans le meilleur des cas à la mise en cause de seconds couteaux mais non des auteurs principaux ni des commanditaires.
Dans cette région où, comme le note l'association Human Rights Watch, «les enlèvements sont encore une pratique courante pour se débarrasser de ceux qui critiquent le pouvoir», défendre les droits de la personne relève de plus en plus d'une mission quasi impossible. L'assassinat de Natalia Estemirova est le dernier d'une longue série de meurtres «punitifs».
«Beaucoup de Russes comparent le régime de Kadyrov aux années 1936-1938, lors de la pire période de la terreur stalinienne. Il semble que désormais, pour rester en vie, le seul choix restant soit de se rallier à Ramzan Kadyrov», déplore Anne Le Huérou. À l'antenne de Grozny de l'ONG Mémorial, on veut garder encore un peu d'espoir. «Nous n'abandonnons pas. Nous resterons prudents, mais nous allons continuer notre travail», assure M. Akboulatov.
«Tout le monde savait qu'elle était menacée, elle la première.» Pour Anne Le Huérou, chargée de mission à la Fédération internationale des droits de l'homme, comme pour la plupart des connaisseurs de la situation en Tchétchénie, le meurtre, mercredi 15 juillet, de Natalia Estemirova n'est pas une surprise.
Son travail et sa volonté inébranlable de dénoncer les exactions commises en Tchétchénie depuis 2000 avaient fini par faire d'elle la femme à abattre dans la région. Journaliste de formation, cette militante de 50 ans sillonnait sans relâche la Tchétchénie pour traquer les violations des droits de la personne. Principale responsable de l'ONG russe Memorial dans cette république, elle détenait beaucoup d'informations, travaillait avec des avocats, des journalistes russes ou étrangers qui trouvaient en elle une interlocutrice sérieuse, fiable et expérimentée.
«Les gens de la région eux-mêmes s'adressaient directement à elle, ils se confiaient à elle», raconte Shakhman Akboulatov, du bureau de Memorial à Grozny, la capitale de la Tchétchénie. Une chose peu courante dans cette région, où le mutisme est plutôt de mise. «Grâce à son sérieux, son écoute et sa gentillesse, elle avait réussi à gagner la confiance des gens», ajoute-t-il. «Elle était l'une des plus expérimentées à travailler dans cette région», renchérit Mme Le Huérou.
Impunité
Car Natalia Estemirova exerçait en Tchétchénie depuis presque dix ans. Arrivée lors de la Seconde guerre de Tchétchénie (1999-2000), elle n'avait cessé, depuis, d'enquêter sur les abus et violations des droits de la personne et sur les conditions des femmes, victimes de meurtres commis en toute impunité. Si elle avait bénéficié d'une relative indifférence de Moscou dans un premier temps, il n'en avait plus été de même lorsque les chars russes avaient quitté Grozny pour laisser la région entre les mains toutes-puissantes de Ramzan Kadyrov, président de la Tchétchénie, à la fin de l'année 2005. «Ramzan Kadyrov a alors mis en place une véritable terreur d'État, un règne de la peur», explique Mme Le Huérou.
Dénonciation de trop
Ces dernières années, ses conditions de travail étaient devenues de plus en plus difficiles. La dénonciation de trop, selon Anne Le Huérou, fut celle d'une exécution arbitraire et publique d'un présumé combattant antitchétchène. «Elle gênait de plus en plus. Elle avait reçu des menaces directes de Ramzan Kadyrov, car son travail l'empêchait de faire croire que tout se passait bien en Tchétchénie, que le calme et la prospérité étaient revenus. Si M. Kadyrov n'a pas tenu l'arme lui-même, il a donné une impunité par avance à quiconque la tuerait. Et la Russie a accepté cela sur son sol, elle a laissé faire, elle en porte la responsabilité», accuse Mme Le Huérou.
Car si Dmitri Medvedev, le président de la Russie, a «fait part de son indignation devant ce meurtre» et a, surtout, reconnu que «ce meurtre prémédité [était] lié à l'activité professionnelle de Natalia Estemirova», pour Memorial, les autorités russes sont au moins complices de ce crime. Une enquête a été ouverte, mais, selon Anne Le Huérou, «une enquête telle que celle qui a suivi le meurtre d'Anna Politkovskaïa en 2006 est à craindre». C'est-à-dire une investigation qui aboutirait dans le meilleur des cas à la mise en cause de seconds couteaux mais non des auteurs principaux ni des commanditaires.
Dans cette région où, comme le note l'association Human Rights Watch, «les enlèvements sont encore une pratique courante pour se débarrasser de ceux qui critiquent le pouvoir», défendre les droits de la personne relève de plus en plus d'une mission quasi impossible. L'assassinat de Natalia Estemirova est le dernier d'une longue série de meurtres «punitifs».
«Beaucoup de Russes comparent le régime de Kadyrov aux années 1936-1938, lors de la pire période de la terreur stalinienne. Il semble que désormais, pour rester en vie, le seul choix restant soit de se rallier à Ramzan Kadyrov», déplore Anne Le Huérou. À l'antenne de Grozny de l'ONG Mémorial, on veut garder encore un peu d'espoir. «Nous n'abandonnons pas. Nous resterons prudents, mais nous allons continuer notre travail», assure M. Akboulatov.
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