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Informer, à ses risques et périls

En une semaine, les autorités iraniennes ont arrêté au moins 23 journalistes et cyberdissidents

Un homme brandit une photo de presse lors d’un rassemblement en faveur de Mir Hossein Moussavi, à Istanbul.
Photo : Agence Reuters
Un homme brandit une photo de presse lors d’un rassemblement en faveur de Mir Hossein Moussavi, à Istanbul.
Les médias ont de plus en plus de mal à faire leur travail en Iran depuis la réélection contestée du président Mahmoud Ahmadinejad qui n'hésite plus à les museler, par la force s'il le faut. Depuis le début de la contestation post-électorale voilà une semaine, les autorités iraniennes ont arrêté 23 journalistes et cyberdissidents, a annoncé hier l'organisation de défense de la liberté de la presse Reporters sans frontières (RSF).

Dernière victime de cette offensive, le correspondant permanent de la BBC britannique, Jon Leyne, qui a reçu l'ordre hier de quitter le pays dans les 24 heures. Un journaliste canadien qui travaille en Iran pour l'hebdomadaire américain Newsweek, Maziar Bahari, a pour sa part été arrêté hier par les autorités iraniennes, a annoncé Newsweek.

Dans un communiqué, RSF s'est inquiété de ce mouvement de fond. «Rien ne sera épargné aux médias iraniens et étrangers pour les empêcher de témoigner de la situation actuelle du régime des mollahs.» L'ONG appelle la communauté internationale à «se mobiliser en faveur de la libération de tous les journalistes emprisonnés en Iran avant et après l'élection présidentielle».

Parmi les journalistes arrêtés ces derniers jours figurent Bahaman Ahamadi Amoee et son épouse Jila Baniyaghoob, qui ont été transférés samedi vers un lieu non précisé, «vraisemblablement la section de sécurité de la prison d'Evin», selon RSF.

Lauréate en 2009 du Prix du Courage en journalisme décerné par la International Women's Media Foundation, Jila Baniyaghoob dirige un site d'informations féministe, Canon Zeman Irani, tandis que son mari collabore à plusieurs publications proches du courant réformateur. Reporters sans frontières a également eu confirmation de l'arrestation vendredi d'Ali Mazroui, qui préside l'Association des journalistes iraniens.

Le communiqué de RSF ajoute que la BBC a confirmé hier après-midi que son correspondant à Téhéran, Jon Leyne, avait reçu l'ordre de quitter le pays dans les 24 heures. Le journaliste est accusé de «soutien aux émeutiers» par les autorités qui accusent la Grande-Bretagne de «comploter» contre l'Iran.

Leyne est accusé d'avoir «propagé de fausses nouvelles» et de «ne pas avoir tenu compte de la neutralité en matière d'information», écrit l'agence Fars. Il est également accusé de «soutenir les émeutiers et de fouler aux pieds les droits de la nation iranienne».

Vendredi, la BBC avait dit avoir augmenté le nombre de satellites diffusant son service en farsi — la langue de l'Iran — à la suite de «brouillages persistants» provenant du territoire iranien. «L'opérateur du satellite a étudié les brouillages et confirmé qu'ils avaient leur origine en Iran. Ces brouillages sont contraires à tous les accords internationaux sur l'utilisation des satellites, dont l'Iran est signataire», ajoute la BBC dans un communiqué.

De son côté, le magazine Newsweek a condamné fermement la «détention injustifiée» de son correspondant, Maziar Bahari, et appelé le gouvernement iranien à le libérer immédiatement.

M. Bahari, qui vit en Iran et couvre l'actualité du pays pour Newsweek depuis une dizaine d'années, a été «arrêté sans chef d'accusation par les autorités iraniennes et n'a pas donné de ses nouvelles depuis», indique le journal dans un communiqué.

«La couverture de l'Iran par M. Bahari, pour le compte de Newsweek et d'autres publications, a toujours été équitable et nuancée», et il traite «tous les aspects des sujets» sur lesquels il travaille, insiste Newsweek, rappelant que le journaliste avait travaillé sous «plusieurs gouvernements à Téhéran, y compris l'actuel».

«L'arrestation de journalistes innocents est une violation du droit à une presse libre en Iran», ajoute Newsweek, qui demande «à la communauté internationale de faire jouer toute l'influence dont elle dispose auprès du gouvernement de Téhéran pour lui faire comprendre clairement que cette détention est injustifiée et inacceptable et pour exiger la libération de M. Bahari».

Les autorités iraniennes ont restreint la couverture médiatique des manifestations et accusé les États-Unis, la Grande-Bretagne et les médias occidentaux d'être derrière les manifestations qui se sont soldées par au moins 17 morts depuis la semaine dernière.
 
 
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