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Hold-up à Téhéran

Voici d'emblée mon hypothèse radicale sur l'élection présidentielle iranienne: son résultat ne relève pas de la «micro-manipulation» classique des opérations électorales, avec intimidation ou achat de votes au niveau local, bourrage d'urnes et rapports faussés dans certains bureaux... Pratiques connues dans plusieurs pays — au Québec sous Taschereau et Duplessis, aux États-Unis en 2000 (élection de Bush en Floride)... et peut-être aux élections iraniennes de 2005. Avec ce genre de fraude, on peut, oui, transformer une défaite de 48 % en victoire de 52 %; ou faire passer au second tour, de justesse, quelqu'un qui ne devait pas y figurer...

Non, à Téhéran en 2009, on n'est plus dans cette petite ligue. Certains maîtres du jeu et leurs acolytes — Guide suprême, gardiens de la révolution — ont ordonné en substance ce qui suit: «Voici le résultat qu'il nous faut. Ahmadinejad au premier tour, avec un très gros score, disons les deux tiers; on laisse un petit tiers pour le second et rien pour les deux autres.» Aussitôt dit, aussitôt fait...

***

Divers indices mènent tous à une conclusion aussi simple qu'énorme: ce résultat — pour reprendre les mots d'un des trois candidats spoliés, Mehdi Karroubi — est «totalement fantaisiste» et n'a «aucun rapport» avec la réalité du vote.

Karroubi sait de quoi il parle: au premier tour de la présidentielle de 2005 — aux résultats peut-être faussés à la marge pour «pousser» Ahmadinejad, mais jamais délirants comme cette fois-ci — Karroubi, un chef religieux authentiquement réformiste, avait obtenu 17 % des voix. Il s'en était fallu de peu pour qu'il atteigne le second tour. Dans sa province natale du Lorestan, il était arrivé premier, loin devant les autres. Cette fois-ci, les «résultats» annoncés lui accordent 0,85 % du vote, soit environ 300 000 voix: moins, apparemment, que le nombre de membres de son parti!

Qui plus est, ce pourcentage voisin de zéro est à peu près le même partout, y compris au Lorestan. Un peu comme si Mario Dumont et son parti voyaient leur score divisé par VINGT d'une élection à l'autre (il a en fait diminué de moitié de 2007 à 2008, ce qui est déjà considérable), et que Mario lui-même avait été réduit à néant dans Rivière-du-Loup (il a été réélu localement). Tout simplement inconcevable...

En fait, pour «donner» à Ahmadinejad plus de 50 % dès le premier tour, ce qui était l'impératif absolu — et avoir tout de même l'air de ne pas ignorer complètement le «tsunami vert» qui poussait Mir-Hossein Moussavi dans des villes comme Téhéran ou Tabriz — les saboteurs ont décidé de faire, grosso modo, du «deux pour un»: deux tiers pour Ahmadinejad, un tiers pour Moussavi... et d'expédier les deux autres dans le néant arithmétique, sans égard à leurs vrais résultats. Tout cela, «à la hache» et d'une manière grossière.

Dans un pays aussi diversifié que l'Iran, où la population d'origine persane ne fait que 50 % du total, Ahmadinejad a obtenu partout un «résultat» quasi constant, dans la fourchette 55-65 %... presque sans variations régionales! Ainsi, il aurait «gagné» haut la main à Téhéran, Isfahan, Tabriz (capitale du pays azéri, la région natale de Moussavi): totalement aberrant, surtout si l'on se rappelle les importantes variations géographiques du vote aux élections précédentes.

***

Parce qu'il faut le souligner: en République islamique d'Iran, on avait l'habitude — oui — de compter vraiment les votes... jusqu'à cette «élection» tragique du 12 juin 2009, où tout a changé. Précédent dangereux, surtout dans le contexte international actuel... et après ce qui avait été — on l'a clairement vu la semaine dernière — une véritable campagne électorale pluraliste.

Ce régime qui restait, malgré tout, un authentique hybride de démocratie et de théocratie — avec de vrais débats, de vraies empoignades, loin de la pure dictature «saddamienne» ou soviétique — et qui aurait pu résoudre cette contradiction de façon graduelle et pacifique, se révèle aujourd'hui sous son jour le plus noir. L'une de ses deux «ailes» contradictoires tente d'écarter l'autre, sinon de l'écraser complètement.

Pire encore: cette porte qui claque à Téhéran aura pour effet de renforcer les radicaux et les «anti-dialogue» dans la région. En Israël par exemple, on applaudit en catimini.

***

François Brousseau est chroniqueur d'information internationale à Radio-Canada. On peut l'entendre tous les jours à l'émission Désautels à la Première Chaîne radio et lire ses carnets dans www.radio-canada.ca/nouvelles/carnets.

***

francobrousso@hotmail.com
 
 
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