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Un «Tiananmen» à l'iranienne?

Beyrouth — La réélection aussi large que contestée de Mahmoud Ahmadinejad à la présidence iranienne laisse la porte ouverte à tous les scénarios — durcissement du régime, statu quo ou même ouverture vers l'Occident.

Le succès du chef de l'État sortant a provoqué la colère des réformateurs en Iran, persuadés que la réélection d'Ahmadinejad ne peut être que le fait d'une fraude généralisée, et suscité la consternation des chancelleries occidentales. Ces dernières espéraient voir avec l'arrivée d'un modéré au pouvoir se concrétiser la politique de la main tendue inaugurée par Barack Obama.

S'agit-il pour la République islamique d'un moment «Tiananmen», où les partisans de la ligne dure dans les milieux du pouvoir font sentir à tous, au besoin par la force, qu'ils ne renonceront à aucune de leurs prérogatives? Les forces anti-émeutes se sont abstenues d'ouvrir le feu sur les manifestants qui occupent la rue depuis vendredi soir à Téhéran, mais les images diffusées par la télévision de policiers motards agitant leur matraque sont suffisamment éloquentes, au moins pour l'étranger.

Pour Trita Parsi, directeur du Conseil national irano-américain, basé à Washington, le camp des adversaires d'Ahmadinejad «a été pris de court et peine à trouver la réplique».

Le candidat modéré Mirhossein Moussavi, largement battu selon les résultats officiels, en a appelé à l'arbitrage du Guide suprême de la révolution, l'ayatollah Ali Khamenei, lequel à donné sa bénédiction au scrutin et exhorté chacun à éviter toute «attitude provocatrice». «Khamenei se refusant à intervenir, la seule option [des réformistes] est de plus en plus évidente: il s'agit de défier l'autorité — ou de menacer de défier l'autorité — du chef suprême», estime Trita Parsi.

Impossible de dire à cette heure si une telle stratégie est viable, sachant que la remise en cause du chef spirituel constituerait un choix pour le moins audacieux dans l'Iran islamique. «On sait que le président n'est pas le premier décisionnaire, mais la victoire d'Ahmadinejad montre que le monde politique iranien est dans une situation mouvante», souligne Alireza Nader, de RAND Corporation.

«Le pouvoir de l'élite dirigeante traditionnelle, celui d'hommes comme [l'ancien président Hashemi Akbar] Rafsanjani, a été effectivement remis en cause par Ahmadinejad et ses partisans, y compris des membres haut placés et radicaux des Gardiens de la révolution», fait-il remarquer.

Lors d'un débat télévisé pendant la campagne, Ahmadinejad a directement accusé Rafsanjani et ses fils de corruption. L'ancien président, outré, en a appelé à Khamenei, sans succès.

«Au coeur du système, il y a une lutte frontale entre Rafsanjani et le Guide suprême», avance Ali Ansari, directeur de l'Institut des études iraniennes à l'université de St-Andrews, en Écosse.

«Tout dépend désormais de ce que va faire l'opposition. Le gant a été jeté», dit-il en se demandant si les opposants iront jusqu'à le ramasser.

«[Les dirigeants au pouvoir] ont proclamé leur victoire. Ils tablent sur un état de choc général, qui fera rentrer tout le monde chez lui», ajoute Ali Ansari.

Quelle que soit l'issue du bras de fer, les Occidentaux sont quant à eux confrontés à un dilemme: continuer à traiter avec Ahmadinejad, et donc le légitimiser, ou l'ignorer, et perdre le mince espoir qui reste d'un compromis avec Téhéran.

Mark Fitzpatrick, de l'Institut international des études stratégiques à Londres, propose une autre possibilité, version iranienne de l'ouverture historique de l'ancien président américain Richard Nixon vers la Chine communiste.

«Avec cette victoire, Ahmadinejad pourrait très bien avancer un pion à la Nixon et tenter d'être le premier dirigeant conservateur [iranien] à améliorer les relations avec la superpuissance jusque-là exécrée», juge-t-il.
 
 
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