Tiananmen - Chape de silence
Il n'y a qu'en Chine qu'on ne parlera pas ouvertement des «événements» survenus il y a 20 ans, ces jours-ci, sur la place Tiananmen. Des dissidents ont été sommés de quitter Pékin, ou sinon ont été assignés à résidence, la place Tiananmen a été bouclée, les autorités ont resserré leur contrôle de l'Internet. La thèse a longtemps été, dans les cercles politiques occidentaux, que l'ouverture économique de la Chine finirait bien un jour par instiller des réformes politiques. L'extraordinaire boom des 15 dernières années dément cette thèse de manière assez catégorique. Le cliché est tombé en désuétude.
Reste que le mouvement prodémocratie que l'armée a écrasé dans le sang, au prix de plusieurs centaines de morts parmi les étudiants, et sur lequel le gouvernement chinois s'obstine à faire silence, a joué un rôle infiniment plus grand dans l'évolution de la Chine vers une économie capitaliste que ne sont prêts à l'admettre les dirigeants du Parti communiste. Le massacre des étudiants, combiné à l'effondrement des régimes communistes européens, ont secoué le parti jusqu'à la moelle, déclenchant d'intenses débats parmi les leaders chinois sur la nature des réformes qui devaient être appliquées. Deng Xiaoping, père officiel du grand virage amorcé en 1979, sortirait de sa retraite en 1992 pour mettre les maoïstes au pas et engager de façon décisive le pays sur la voie de l'économie de marché.
Comme Deng avant lui, le président actuel Hu Jintao n'a jamais donné qu'un appui de façade à l'idée de démocratisation politique. S'il n'est absolument pas question pour le parti de s'ouvrir au multipartisme à l'occidentale, il promet en même temps de gouverner plus «démocratiquement». La Chine libéralisera son système politique, petit à petit, à mesure que le pays deviendra plus prospère et plus stable, promettent les autorités. Autant dire jamais, du moins pas de leur propre chef.
Dans les faits, la présidence de M. Hu, vieille de six ans, s'emploie activement à renforcer son contrôle sur la société chinoise. Affaibli par le démantèlement de dizaines de milliers d'entreprises d'État, le gouvernement consacre actuellement beaucoup de fonds et d'énergie à la création de cellules du parti dans le secteur privé. Idem dans les collèges et les universités, où le parti parvient, avec un succès certain, à recruter des étudiants en leur faisant miroiter de meilleures perspectives d'emploi...
Non plus que n'existent aujourd'hui, du moins de manière aussi tranchante, les griefs économiques qui sous-tendaient la révolte de 1989. Le boom a fait la preuve pour de larges pans de la population, surtout urbaine, que, malgré la crise actuelle, la chape politique sous laquelle vivent les Chinois n'est pas un frein à la croissance. L'accès à la consommation est partout sur la planète un puissant tranquillisant. Dans ces conditions, la liberté d'expression sera encore longtemps confinée à la clandestinité.
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gtaillefer@ledevoir.com
Reste que le mouvement prodémocratie que l'armée a écrasé dans le sang, au prix de plusieurs centaines de morts parmi les étudiants, et sur lequel le gouvernement chinois s'obstine à faire silence, a joué un rôle infiniment plus grand dans l'évolution de la Chine vers une économie capitaliste que ne sont prêts à l'admettre les dirigeants du Parti communiste. Le massacre des étudiants, combiné à l'effondrement des régimes communistes européens, ont secoué le parti jusqu'à la moelle, déclenchant d'intenses débats parmi les leaders chinois sur la nature des réformes qui devaient être appliquées. Deng Xiaoping, père officiel du grand virage amorcé en 1979, sortirait de sa retraite en 1992 pour mettre les maoïstes au pas et engager de façon décisive le pays sur la voie de l'économie de marché.
Comme Deng avant lui, le président actuel Hu Jintao n'a jamais donné qu'un appui de façade à l'idée de démocratisation politique. S'il n'est absolument pas question pour le parti de s'ouvrir au multipartisme à l'occidentale, il promet en même temps de gouverner plus «démocratiquement». La Chine libéralisera son système politique, petit à petit, à mesure que le pays deviendra plus prospère et plus stable, promettent les autorités. Autant dire jamais, du moins pas de leur propre chef.
Dans les faits, la présidence de M. Hu, vieille de six ans, s'emploie activement à renforcer son contrôle sur la société chinoise. Affaibli par le démantèlement de dizaines de milliers d'entreprises d'État, le gouvernement consacre actuellement beaucoup de fonds et d'énergie à la création de cellules du parti dans le secteur privé. Idem dans les collèges et les universités, où le parti parvient, avec un succès certain, à recruter des étudiants en leur faisant miroiter de meilleures perspectives d'emploi...
Non plus que n'existent aujourd'hui, du moins de manière aussi tranchante, les griefs économiques qui sous-tendaient la révolte de 1989. Le boom a fait la preuve pour de larges pans de la population, surtout urbaine, que, malgré la crise actuelle, la chape politique sous laquelle vivent les Chinois n'est pas un frein à la croissance. L'accès à la consommation est partout sur la planète un puissant tranquillisant. Dans ces conditions, la liberté d'expression sera encore longtemps confinée à la clandestinité.
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