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Omar Bongo est hospitalisé en Espagne

L'état du président gabonais pourrait être beaucoup plus grave que ne l'admet Libreville

Paris et Madrid — Le président gabonais Omar Bongo se repose dans un hôpital espagnol pour se remettre du choc «d'une très forte intensité émotionnelle» causé par «le décès prématuré de sa jeune épouse», a fait savoir hier la haute-représentation (ambassade) du Gabon en France.

Une source proche du ministère espagnol des Affaires étrangères avait auparavant indiqué que, hospitalisé depuis la semaine dernière près de Barcelone, le président gabonais, doyen des chefs d'État africains, était dans un «état grave».

La haute-représentation précise dans un communiqué qu'Omar Bongo, âgé de 73 ans,

profitait de son séjour en Espagne pour «effectuer un bilan de santé complet et y suivre des soins appropriés afin d'être au mieux de sa forme pour regagner le Gabon et reprendre au plus vite ses activités».

«La Présidence de la République tient à préciser que, contrairement aux allégations amplement diffusées par certains médias, le président de la République gabonaise n'a subi aucune intervention chirurgicale», souligne le communiqué.

Il ajoute que le chef de l'État, qui séjourne à l'hôpital Quiron de Barcelone, se tient au courant «des questions les plus impératives» dans son pays.

Bongo, qui règne sans partage sur le pays depuis 1967, a suspendu il y a une semaine ses activités officielles, pour la première fois depuis son arrivée au pouvoir, et a gagné l'Espagne. Il est l'un des trois présidents africains visés en France par une enquête pour détournement de fonds publics.

De récents séjours de Bongo à l'hôpital ont soulevé des interrogations quant à sa succession dans l'un des rares pays de la région qui soit relativement stable.

Le gouvernement avait fait savoir qu'en cas d'absence prolongée du chef de l'État, la présidente du Sénat, Rose Francine Rogombe, 66 ans, membre du Parti démocratique gabonais (PDG) au pouvoir, assurerait l'intérim.

Le pays est dominé par une petite élite étroitement solidaire et les opposants redoutent que le fils du président, Ali ben Bongo, actuel ministre de la Défense, ne profite du vide du pouvoir pour en prendre la tête.

La croissance économique du Gabon a dépassé l'an dernier 5,0 %, le plus fort taux en une décennie, avant d'être entamée par la chute des cours du pétrole, qui compte pour la moitié du revenu national.

Bongo a été réélu sans discontinuité lors d'élections jugées irrégulières par ses opposants mais l'ascendant de cette homme petit et trapu — et grand buveur — sur son petit pays d'un million et demi d'habitants est incontestable.

Albert-Bernard Bongo — son prénom avant sa conversion à l'islam en 1973 à l'instigation du colonel libyen Mouammar Kadhafi — est parvenu au pouvoir pacifiquement, une exception en Afrique.

Issue de l'ethnie Bateke, une tribu minoritaire vivant aux confins du Congo, dans l'Est, Bongo était en effet le vice-président de Léon Mba, premier président de l'ancienne colonie française, décédé en novembre 1967.

En 1968, Bongo a créé le PDG, qui restera 22 ans le parti unique, avant de céder aux pressions françaises en faveur d'un multipartisme qui reste largement de façade.

Son épouse, Édith, fille du président de la République du Congo, est décédée en mars à l'âge de 45 ans.
 
 
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