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Le parti Baas fait régner la terreur à Bassora, racontent des témoins

Près de Bassora — Des civils irakiens fuyant Bassora racontaient hier que les miliciens du parti Baas au pouvoir maintiennent un climat de terreur dans la ville assiégée pour contraindre les habitants à combattre les forces américano-britanniques.

Les plus fidèles partisans de Saddam Hussein menacent également de terribles représailles en cas de tentative de soulèvement.

«Le parti dit: "Combattez, combattez, combattez, ou prenez garde aux conséquences quand nous serons de retour après la guerre". Ils braillent à travers des haut-parleurs autour de Bassora. Ils tentent d'effrayer toute la ville, affirme un Irakien, qui souhaite rester anonyme. Ce n'est pas le manque de nourriture qui nous inquiète. C'est la terreur dans Bassora, la terreur d'État.»

Bassora, principale ville du sud de l'Irak, est encerclée depuis les premiers jours de l'offensive anglo-américaine, le 20 mars, mais le Baas continue de résister et empêche toute prise de la ville.

Vêtus d'uniformes vert olive et armés de fusils AK-47 et de roquettes antiaériennes, les miliciens du parti Baas ont établi des points de contrôle à l'intérieur même de Bassora, rapportent les témoins.

Pression insupportable

Quelques soldats ont tout de même réussi à s'échapper de la ville et à se rendre aux forces britanniques.

Assis dans la poussière, Saad Kassem tire nerveusement sur une cigarette. Il est l'un de ces déserteurs, qui risquent la peine de mort, mais, pour lui, la pression imposée par les «baasistes» était devenue insupportable.

«Ils ont arrêté de nombreuses personnes ces derniers jours. Ils en aussi tué certaines», dit-il, montrant une contusion sur sa tête. «Mes deux frères ont été obligés de partir au front et ils sont morts dans cette guerre. Je n'ai pas les moyens de nourrir le reste de ma famille, alors je me suis rendu aux Britanniques.»

Un autre homme quittant Bassora confirme que la police secrète de Saddam Hussein a procédé à un certain nombre d'arrestations ces derniers jours.

«Ils entrent dans les maisons et posent des questions sur nos proches, demandent pourquoi nos proches ne combattent pas contre les Américains et les Britanniques. Il y a une campagne de terreur à l'intérieur de Bassora», dit-il.

D'après certains habitants, une centaine de groupes de miliciens contrôle Bassora. Quand les forces américano-britanniques commencent à pilonner la ville, ils se replient dans le centre, près des maisons de civils.

«Ils sont encore très puissants», constate un homme.

Peur et colère

Après la guerre du Golfe de 1991, le sud chiite du pays, encouragé par les États-Unis, s'était révolté contre Saddam Hussein, qui avait ensuite violemment réprimé ce soulèvement sans que l'armée américaine n'intervienne.

Cette fois, la révolte escomptée par les États-Unis et la Grande-Bretagne n'a pas eu lieu. Las, les habitants oscillent entre la peur persistante de Saddam Hussein et la colère contre ces «libérateurs» qui les bombardent.

«L'État nous donnait suffisamment de rations pour un mois, du riz, du pain, du thé. Désormais, nous n'obtenons rien de la part des Américains, si ce n'est des bombes qui tuent des civils, s'emporte Abdoullah Chimane. Ils nous jettent des bouteilles d'eau et des biscuits comme si nous étions des chiens. Tous ces discours sur l'aide aux Irakiens n'étaient que mensonges.»

Alors que des Irakiens faisaient la queue aux points de contrôle à l'extérieur de Bassora, la destruction d'une tour au-dessus d'une école par deux obus de char britannique a provoqué la colère des passants.

«Saddam est un fils de pute qui mérite d'être renversé. Aujourd'hui, on a ces Britanniques qui bombardent d'innocents Irakiens. C'est ça, notre vie», enrage un homme, arrêté à un barrage.

«Ces barrages britanniques sont faciles à supporter. Ils ne sont rien comparativement aux points de contrôle de l'État dans Bassora», poursuit-il en sortant de sa voiture pour répondre aux questions des soldats.
 
 
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