Obsession afghane
Non loin derrière la crise financière, qui fera l'objet dans trois jours du sommet du G20 — nouveau forum en passe de déloger le «club des riches » du G8 —, la question afghane figure très haut dans la liste des nouvelles obsessions de l'élite diplomatique et de la grande presse occidentale.
L'Afghanistan est à ce point omniprésent qu'en moins de huit jours, trois rencontres de première importance auront inscrit cette question en tête de leur ordre du jour: vendredi dernier à Moscou; demain à La Haye (rencontres spéciales sur l'Afghanistan); puis vendredi prochain à la frontière franco-allemande (sommet du 60e anniversaire de l'OTAN).
Tous les spécialistes ont attentivement écouté, vendredi, l'intervention de Barack Obama sur ce couple infernal nouvellement baptisé «région Af-Pak» (pour Afghanistan et Pakistan), objet de toutes les inquiétudes, régulièrement nommé «lieu le plus dangereux» et «centre géopolitique» du monde.
Lorsqu'il décrète la centralité géopolitique de l'Af-Pak, et reconnaît implicitement l'échec de l'intervention militaire occidentale dans cette région depuis plus de sept ans, Obama opère un «virage réaliste»: pour la franchise du diagnostic, voilà du nouveau. Mais pour la stratégie qui en découle? Pas sûr...
Une fois n'est pas coutume, on peut se flatter en constatant que le débat public sur l'Afghanistan — tel qu'il est reflété par son traitement dans les médias et l'intérêt de la population — est beaucoup plus avancé au Québec et au Canada qu'il ne l'est en France ou aux États-Unis, où l'on semble encore en train de découvrir ce drame géopolitique contemporain.
Lorsque l'on entend le président annoncer, sur un ton pédagogique, que «le Pakistan et l'Afghanistan sont des questions liées», que «la solution n'est pas que militaire», qu'il faut «plus d'aide économique à la reconstruction civile», on cherche la nouveauté. Et lorsque M. Obama ajoute: «Al-Qaïda, c'est le cancer», et, que, fixant gravement la caméra, il s'adresse aux terroristes — «Nous vous vaincrons» —, on se dit vraiment que l'on a déjà entendu ça quelque part...
**
Et maintenant, un sujet guère plus réjouissant... mais qui au moins nous éloigne des obsessions afghanes et financières: la violence au Mexique et la visite dans ce pays d'Hillary Clinton, chef de la diplomatie américaine, mercredi et jeudi dernier.
Visite remarquable à plus d'un titre. D'abord, et pour la première fois, on a entendu un haut responsable des États-Unis reconnaître en toutes lettres que le trafic de stupéfiants dans les Amériques — cause première de l'épouvantable vague de violence que traverse le Mexique depuis plus de deux ans, particulièrement dans les zones frontalières comme Tijuana et Ciudad Juarez — est «aggravé par la demande de drogue» au nord du rio Grande.
Mais Mme Clinton n'a pas seulement reconnu que les Américains sont les premiers clients de toute cette production qui fait la fortune du crime organisé latino-américain. Lors de sa rencontre avec le président Felipe Calderon, elle a ajouté dans un même élan — deuxième innovation de langage — que les ventes d'armes de «privés» américains aux factions criminelles du Mexique «ont pour effet d'alimenter la guerre des gangs» (8000 morts en deux ans) de l'autre côté de la frontière. Elle a même déclaré que les États-Unis devraient logiquement revoir leur législation sur la vente libre des armes d'assaut automatiques... tout en reconnaissant que, dans le contexte américain, il ne sera pas facile de faire passer une telle idée au Congrès!
Tout cela est beau et bon, et nous prouve une fois de plus qu'il y a décidément un ton nouveau dans les relations extérieures de Washington. Mais il y a une contrepartie à cette belle franchise: ces constats courageux, dans la bouche de Mme Clinton, ont pour effet automatique de militer en faveur d'un renforcement et d'une extension du «mur de sécurité» que les États-Unis ont commencé à ériger à la frontière entre les deux pays.
Mur d'abord et avant tout voué à la lutte contre l'immigration clandestine, critiqué par les Mexicains et par les libéraux américains pour nombre de bonnes raisons... mais que l'orgie de violence au Mexique rend — en apparence du moins — plus légitime et plus utile que jamais.
****
François Brousseau est chroniqueur d'information internationale à Radio-Canada. On peut l'entendre tous les jours à l'émission Désautels à la Première Chaîne radio et lire ses carnets dans www.radio-canada.ca/nouvelles/carnets.
L'Afghanistan est à ce point omniprésent qu'en moins de huit jours, trois rencontres de première importance auront inscrit cette question en tête de leur ordre du jour: vendredi dernier à Moscou; demain à La Haye (rencontres spéciales sur l'Afghanistan); puis vendredi prochain à la frontière franco-allemande (sommet du 60e anniversaire de l'OTAN).
Tous les spécialistes ont attentivement écouté, vendredi, l'intervention de Barack Obama sur ce couple infernal nouvellement baptisé «région Af-Pak» (pour Afghanistan et Pakistan), objet de toutes les inquiétudes, régulièrement nommé «lieu le plus dangereux» et «centre géopolitique» du monde.
Lorsqu'il décrète la centralité géopolitique de l'Af-Pak, et reconnaît implicitement l'échec de l'intervention militaire occidentale dans cette région depuis plus de sept ans, Obama opère un «virage réaliste»: pour la franchise du diagnostic, voilà du nouveau. Mais pour la stratégie qui en découle? Pas sûr...
Une fois n'est pas coutume, on peut se flatter en constatant que le débat public sur l'Afghanistan — tel qu'il est reflété par son traitement dans les médias et l'intérêt de la population — est beaucoup plus avancé au Québec et au Canada qu'il ne l'est en France ou aux États-Unis, où l'on semble encore en train de découvrir ce drame géopolitique contemporain.
Lorsque l'on entend le président annoncer, sur un ton pédagogique, que «le Pakistan et l'Afghanistan sont des questions liées», que «la solution n'est pas que militaire», qu'il faut «plus d'aide économique à la reconstruction civile», on cherche la nouveauté. Et lorsque M. Obama ajoute: «Al-Qaïda, c'est le cancer», et, que, fixant gravement la caméra, il s'adresse aux terroristes — «Nous vous vaincrons» —, on se dit vraiment que l'on a déjà entendu ça quelque part...
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Et maintenant, un sujet guère plus réjouissant... mais qui au moins nous éloigne des obsessions afghanes et financières: la violence au Mexique et la visite dans ce pays d'Hillary Clinton, chef de la diplomatie américaine, mercredi et jeudi dernier.
Visite remarquable à plus d'un titre. D'abord, et pour la première fois, on a entendu un haut responsable des États-Unis reconnaître en toutes lettres que le trafic de stupéfiants dans les Amériques — cause première de l'épouvantable vague de violence que traverse le Mexique depuis plus de deux ans, particulièrement dans les zones frontalières comme Tijuana et Ciudad Juarez — est «aggravé par la demande de drogue» au nord du rio Grande.
Mais Mme Clinton n'a pas seulement reconnu que les Américains sont les premiers clients de toute cette production qui fait la fortune du crime organisé latino-américain. Lors de sa rencontre avec le président Felipe Calderon, elle a ajouté dans un même élan — deuxième innovation de langage — que les ventes d'armes de «privés» américains aux factions criminelles du Mexique «ont pour effet d'alimenter la guerre des gangs» (8000 morts en deux ans) de l'autre côté de la frontière. Elle a même déclaré que les États-Unis devraient logiquement revoir leur législation sur la vente libre des armes d'assaut automatiques... tout en reconnaissant que, dans le contexte américain, il ne sera pas facile de faire passer une telle idée au Congrès!
Tout cela est beau et bon, et nous prouve une fois de plus qu'il y a décidément un ton nouveau dans les relations extérieures de Washington. Mais il y a une contrepartie à cette belle franchise: ces constats courageux, dans la bouche de Mme Clinton, ont pour effet automatique de militer en faveur d'un renforcement et d'une extension du «mur de sécurité» que les États-Unis ont commencé à ériger à la frontière entre les deux pays.
Mur d'abord et avant tout voué à la lutte contre l'immigration clandestine, critiqué par les Mexicains et par les libéraux américains pour nombre de bonnes raisons... mais que l'orgie de violence au Mexique rend — en apparence du moins — plus légitime et plus utile que jamais.
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François Brousseau est chroniqueur d'information internationale à Radio-Canada. On peut l'entendre tous les jours à l'émission Désautels à la Première Chaîne radio et lire ses carnets dans www.radio-canada.ca/nouvelles/carnets.
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