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Un enfer nommé Nasiriya

Les soldats américains se heurtent à une forte résistance

Les Marines faisant route vers Bagdad se heurtaient, hier matin, au nord de Nasiriya, à une forte résistance irakienne qui a stoppé leur progression dans l'attente d'un appui de l'artillerie.

Selon l'envoyé spécial de Reuters, Sean Maguire, qui accompagne ce corps d'élite, l'avance américaine est bloquée à 40 kilomètres environ de Nasiriya, une ville stratégique où les Marines ont réussi à franchir l'Euphrate, mardi, au terme de combats acharnés.

Ralentis également par une tempête de sable, il a fallu trois jours aux 4000 hommes du 1er corps expéditionnaire des Marines (1MEF) pour atteindre les deux ponts jetés sur le fleuve, situés au coeur de cette ville de quelque 260 000 habitants distante de moins de 400 kilomètres de Bagdad.

À l'issue de cette première bataille urbaine entre les Marines et des unités de la milice des fedayins de Saddam, un journaliste de l'AFP, Luke Hunt, a raconté avoir vu, au nord de la ville, imprégnée d'une odeur de chair brûlée, «plusieurs dizaines de cadavres d'Irakiens qui jonchaient la route et dont il était impossible de dire s'il s'agissait de soldats ou de civils».

Dans des cars renversés et dans d'autres véhicules, l'envoyé spécial de Reuters a dénombré de son côté une trentaine de «corps démembrés, des cadavres décapités, des membres éparpillés [qui] gisaient sur la route».

Les passagers des cars n'avaient pas — ou plus — d'armes, a indiqué le journaliste.

Interrogé par l'AFP, un officier américain a dénombré «plus de cent» cadavres irakiens. Côté américain, aucun bilan n'a été fourni mais, selon les agences de presse, une dizaine d'hommes seraient portés disparus.

La bataille pour traverser Nasiriya a été d'une rare violence, selon le témoignage du journaliste de l'AFP qui accompagnait les soldats américains. «Affolés, des civils fuient en courant, femmes et enfants en majorité. Les hélicoptères Apache passent en rugissant à basse altitude, tandis que les détonations d'armes de tout calibre, de chars et de mortiers emplissent l'air, a-t-il raconté. Le long de la route à quatre voies empruntée par les Américains, pas un bâtiment qui ne porte la trace des combats, impacts de balles, vitres brisées.»

«Dès l'entrée de la ville, six chars irakiens, touchés dans la nuit par des missiles Hellfire, dans leurs positions enterrées, se consument. Non loin, les carcasses de deux camions et d'un Humvee [des véhicules du type Jeep] américains touchés. À proximité, une raffinerie de pétrole en flammes.»

Pour tenter de sécuriser le passage, les Marines vont de maison en maison pour des opérations de fouille. Sur la route gît le corps écrasé d'un homme, dont on ne peut déterminer s'il était un civil ou un combattant. «Ce terrain urbain est le plus dur. Les Irakiens ne portent pas d'uniformes, alors on ne sait pas qui est l'ennemi», explique le caporal, résumant la difficulté de la situation.

Au coeur de la bataille, pas moins de 500 Marines, appuyés par une cinquantaine de chars et de transports de troupes blindés, sécurisent les deux kilomètres séparant les deux ponts sur l'Euphrate.

Vétéran de la Bosnie, le caporal Steven Cassier, 26 ans, n'avait jamais rien vu de tel. «Je ne voudrais pas le raconter à ma mère, elle serait horrifiée. Et je n'aurai même pas besoin de le raconter à mon père, il a fait le Vietnam et c'est comme tout ce qu'il m'avait dit.»
 
 
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