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Salvador - Un sol fuyant

Victoire extraordinaire que celle, dimanche dernier, de Mauricio Funes à la présidentielle salvadorienne, au vu de l'indécrottable culture anticommuniste de la clique politique qui tient le pouvoir au Salvador depuis des décennies. En remportant l'élection, la gauche chasse pour la première fois de la présidence la droite et l'extrême droite qu'incarne le parti Arena, parrain politique des pires exactions commises pendant la guerre civile par l'armée et les escadrons de la mort.

Aussi, M. Funes a-t-il visé parfaitement juste dans son discours de victoire en évoquant la mémoire de l'archevêque Oscar Romero, assassiné en pleine messe à San Salvador en mars 1980 par les paramilitaires.

Comme le sol s'annonce fuyant sous les pieds du président élu: conjoncture économique extrêmement difficile, corruption, circulation épidémique d'armes légères, violence des gangs font de ce pays l'un des plus criminalisés au monde... Âgé de 49 ans, M. Funes est une ex-vedette du journalisme. Mais il est sans expérience militante et politique. Or, aussi symbolique soit-elle, sa victoire a été remportée sur le fil avec 51,3 % des suffrages au terme d'une campagne pendant laquelle son rival Rodrigo Avila, ancien chef de la Police nationale, n'aura eu de cesse de l'accuser de vouloir faire du Salvador un satellite du Venezuela de Hugo Chávez — dont la vieille garde du FMLN est proche. Il a presque convaincu. Reste, d'autre part, que M. Funes devra composer avec une Assemblée législative où c'est toujours la droite, formée de l'Arena et de deux partis tiers, qui tient la majorité.

L'ex-guérilla du FMLN, intégrée au processus politique depuis 1992, a vu en lui le candidat tombé du ciel qui lui donnerait enfin la présidence. De quel ciment sera fait ce mariage de raison? M. Funes, qui n'a pris sa carte d'adhésion au Front Farabundo Marti que quelques mois avant le scrutin, dit ouvertement appartenir à une gauche qui s'apparente bien davantage à celle du Brésilien Lula qu'à celle de Chávez. Au demeurant, la petite économie salvadorienne est dollarisée, intimement liée à l'américaine: les quelque 3 milliards $US que les 2,5 millions d'expatriés aux États-Unis renvoient annuellement à leur famille comptent pour 20 % du PIB salvadorien. En revanche, le FMLN est toujours contrôlé par sa faction communiste, à commencer par Salvador Sanchez Ceren, leader historique du mouvement et colistier de M. Funes à la vice-présidence. Comment la modération affichée par le président élu s'accommodera-t-elle des tenants de cette gauche radicale?

La popularité de Barack Obama étant ce qu'elle est, M. Funes ne courait aucun risque politique à promettre de resserrer les liens avec les États-Unis. Le progrès social au Salvador ne passe pourtant pas exclusivement par là: que M. Funes parvienne à freiner l'évasion fiscale à laquelle se livrent sans scrupules les gens d'affaires, qu'il arrive à réduire la corruption policière et la violence des gangs, qu'il trouve du travail aux jeunes dont le taux de chômage est supérieur à 60 %... Bref, qu'il rende justice à Mgr Romero, dont il promet de s'inspirer, et le Salvador fera des petits pas de géant.

gtaillefer@ledevoir.com
 
 
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  • Serge Charbonneau
    Abonné
    mercredi 18 mars 2009 08h02
    Bonne chance à Funes
    Quels que soient leur discours, leur bonne volonté, leur qualité humaine, le sol s'annonce toujours fuyant sous les pieds de tous les présidents de gauche.
    Il est clair que comme partout où la gauche s'installe, au même moment, la droite souvent extrême comme ce fut le cas au Salvador, installe un tapis sous leurs pieds, pour le tirer énergiquement au moment opportun afin de faire tomber l'impudent.

    La corruption en place depuis des décennies, voire des siècles est une des embûches qu'aura à affronter M. Funes.
    Tous les présidents de gauche qui veulent redonner une dignité à leur population et remettre les richesses et les ressources au service du pays, ce qui a pour conséquence de diminuer les privilèges indécents que s'octroient les quelques grandes familles oligarchiques, doivent affronter les fonctionnaires corrompus.

    La corruption aidée par la violence, ce terrorisme interne qui paralyse par la peur la population, sont les outils essentiels pour asservir tous les pays.
    Le danger pour les intérêts US et leurs riches amis locaux, c'est que la population cesse d'avoir peur et se prenne en main.

    Le Venezuela a été le précurseur et la locomotive de cette prise en main des populations d'Amérique latine. Aujourd'hui, le Venezuela est devenu une icône du grand mal (sic) qui ronge l'Amérique latine et même le monde entier et qui fait perdre des milliards aux transnationales. Les Morales, Correa, Ortega, Castro, Fernandez, Vasquez, Lugo, Zelaya, Colom, et même les Lula et Bachelet sont des démons qui ont suivi le grand satan lui-même, Chávez qui lui s'inspire du diable en personne, Fidel Castro!

    L'Amérique latine est perdue (sic) mes amis, perdue pour les intérêts nord-américains ! Regardez la poursuite intentée contre une de nos bonnes (sic) compagnies minières canadiennes par l'Équateur. Une bonne compagnie nord-américaine qui voulait le bien de l''Équateur et qui voulait le prendre sans grande retenue.

    Cuivre (Chili), pétrole (Venezuela, Brésil, Équateur), gaz (Bolivie, Équateur), agriculture (Argentine, Paraguay), banane, café, sucre, bois, eau... des richesses que les compagnies qui veulent avidement le bien du Sud, perdent.

    Avec un peu d'aide, de compassion, de justice et de compréhension, ces pays pleins de richesses et de pauvreté deviendraient des paradis. Des paradis où leurs populations vivraient enfin et les USA n'auraient plus besoin de palissades et de chiens pour rendre leurs frontières hermétiques. Encore aujourd'hui, malgré l'énergie déployée par ces gouvernements de gauches, la pauvreté dans bien des endroits demeure. Le problème c'est que ces gouvernements doivent déployer 75% de leur énergie pour combattre ceux qui voudraient reprendre le contrôle pour réexploiter comme avant les richesses locales.

    Des exemples: Le Venezuela, un coup d'État manqué (11 avril 2002)
    La fermeture des entreprises qui a provoqué un chômage incroyable.
    Le lockout décrété par les dirigeants pétroliers associés à l'Église (!), des médias ainsi que tous les dirigeants d'entreprises, fin 2002 - début 2003.
    La Bolivie, le terrorisme interne créé pour diviser.
    L'Équateur les accusations de support aux guérillas colombiennes.
    Argentine les accusations de financement de Mme Fernandez par Chávez.
    Sans parler de toutes ces magouilles secrètes (CIA) constantes pour tirer le tapis que ces présidents de gauche ont sous leurs pieds.

    75% de l'énergie de ces gouvernements passe pour se défendre, reste 25% pour sortir leur pays du bourbier dans lequel on les a mis. Un maigre 25% pour sortir leur population de la misère souvent extrême dans laquelle elle survit.
    Favelas, barrios, bidonvilles, ghettos où la misère et la violence sont quotidiennes.

    Santé et éducation pour tous, dignité pour tous, des défis incroyables à relever.

    Régulièrement, on nous offre (surtout Radio Canada qui depuis huit ans en fait une spécialité) le bilan «désastreux» du UN AN de ces nouveaux gouvernements. Vous verrez dans quelque temps, Lugo, et l'an prochain Funes.

    Des nouvelles "classiques" qui vous diront que ces présidents ont déçu leur population et n'ont pas su livrer la marchandise. Avec quelques miséreux à l'appui, vous serez une fois de plus convaincu que la misère était «beaucoup» moins pire lorsqu'on ne vous en parlait pas.

    Avez-vous déjà entendu parler de la misère au Salvador, de ces 40% de miséreux? Non.
    Mais croyez-moi la misère du Salvador va maintenant être montrée.
    Tout comme au Paraguay (les Guaranis), tout comme au Nicaragua (écoutez le fabuleux reportage du UN AN du fabuleux Yanick Dumont Baron de RC), tout comme partout où l'on veut vous imprégner que la gauche est nulle et que le néolibéralisme sauve.
    Le néolibéralisme sauveur et gardien de la pauvreté.

    M. Taillefer dit que la conjoncture économique sera bien difficile pour ce nouveau gouvernement. Effectivement!

    Il est bien difficile de ne pas faire de lien entre le cours du brut et la situation de l'Amérique latine qui se prend en main, pays par pays.
    On a tenté d'abattre Chávez par un coup d'État, ce fut manqué.
    On a tenté de le faire renverser par sa population, qu'on a assoiffée, affamée (lockout général)... ça n'a pas marché (il y a même eu un effet inverse).
    On a tenté devant les tribunaux londoniens (Exxon-Mobil contre l'État vénézuélien) de "massacrer" PDVSA (pétrole du Venezuela), ça n'a pas marché. Le Venezuela a gagné.

    Aujourd'hui cette lutte à finir contre ce grand démon, cette bête noire de Exxon: Chávez, se poursuit. Il est étrange que dans un marché où l'offre et la demande mène le bal, le cours du brut ait chuté de façon si spectaculaire!!!
    L'OPEP a réduit sa production QUOTIDIENNE de 4,2 MILLIONS de barils par jour et le cours est passé de 147 $US à moins de 40 $US !!!

    Incroyable! Où donc est passée la LOI du marché???

    On peut facilement faire le lien que cet effondrement du cours du brut n'a pour autre objectif d'enlever cet outil de développement et surtout d'indépendance à ces pays baveux qui redonnent trop vie à leurs pauvres en se servant de cette manne pétrolière.
    Chávez va-t-il pouvoir continuer ses nombreuses «misiones» sans les immenses revenus pétroliers ??? Exxon et les anciens exploiteurs de l'Amérique latine espèrent bien que non.

    Brésil, Venezuela, Bolivie, Équateur, tous ces pays souffrent considérablement du cours de brut actuel. La bataille est en cours.


    Si un gouvernement de droite, disons le chef de police Avila avait été élu, aurait-on dit:
    «le sol s'annonce fuyant sous les pieds du président élu: conjoncture économique extrêmement difficile, corruption, circulation épidémique d'armes légères, violence des gangs font de ce pays l'un des plus criminalisés au monde...»

    Les difficultés tout comme l'énorme pauvreté deviennent surgissent toujours soudainement lorsque la gauche émerge. Comme si ces problèmes sont inexistants lorsque les gouvernements de droite néolibéraux sont en place.
    Entendez-vous parler de la misère au Pérou? Non.
    Attendez que M. Ollanta Humala soit élu, soyez sûr qu'on vous en parlera.

    Bonne chance à M. Funes, tout en espérant que Barack Obama, agisse avec un peu plus de respect vis-à-vis l'Amérique latine. Le sommet de Trinidad dans quelques semaines sera déterminant.


    Serge Charbonneau
    Québec

  • Charles-Eugène Bergeron
    Inscrit
    mercredi 18 mars 2009 08h52
    Que le Vatican béatifie Oscar Romero!
    La plus belle salve d'honneur que le Vatican pourrait faire au peuple opprimé d'El Salvador depuis des siècles, serait d'enclencher la béatification d'Oscar Roméro: Sa mémoire est une lueur d'espérance en ces temps de crise profonde des valeurs. Dans quelques années, ce sont les pauvres de l'Amérique latine qui vont réaliser l'autre monde possible, car ils auront choisi le chemin de la non-vengeance.

    Charles-Eugène Bergeron
    ceberger@sympatico.ca

  • André Loiselet
    Abonné
    mercredi 18 mars 2009 09h12
    Nouveau paysage à l'horizon
    Je ne suis pas un expert mais ces observations du chroniqueur M.Taillefer me semblent limpides et vraies.

    L'armada russe déjà en train de se positionner géopolitiquement (et militairement) me semble annoncer, M.Obama étant dans l'arène, des dialogues de force logiques.
    Timidement, vu la crise économique et les changements de leaders, le monde tourne prudemment vers sa gauche. Une gauche qui, je l'espère, sera renovée en lieux et place d'un capitalisme amélioré...qui ne serait que plus efficace et subtil à notre exploitation.
    Je vois une ouverture possible des pays latino vers les États-Unis après la réconciliation cubaine qui s'avère évidente.
    Nouveau paradigme d'analyse pour chroniqueurs et amateurs de politique internationale.

  • oscar Fortin
    Abonné
    mercredi 18 mars 2009 10h04
    Un regard éclairant sur l'Amérique latine
    L'analyse de M. Serge Charbonneau, en commentaire à l'article de M. Taillefer, apporte de l'eau au moulin pour qui veut comprendre ce qui se passe en Amérique Latine. En partageant cette analyse avec les lecteurs et lectrices du Devoir, il fait oeuvre d'un journalisme éclairé et éclairant. Bravo

  • Pierre Rousseau
    Inscrit
    mercredi 18 mars 2009 11h09
    Fatigué...
    Comme Monsieur Charbonneau, je suis fatigué de voir que les journalistes manquent d'objectivité lorsqu'il s'agit de l'Amérique latine, surtout quand la «gauche» gagne des élections et dirige certains de ces pays. La réalité c'est que les régimes de droite, soutenus par les USA, ont asservi et affamé une très grande partie de ces populations en les gardant dans la pauvreté et il ne faut pas s'étonner que ces gens misent leurs espoirs dans des nouveaux dirigeants qui visent à une plus grande égalité sociale et à de meilleures conditions pour les populations pauvres. Jusqu'à présent, les «excès» de la gauche ne sont même pas arrivés à la cheville des excès de la droite et, en général, les conditions sociales pour les plus démunis s'améliorent lentement.

    Malheureusement, les efforts des gouvernements progressistes sont amoindris par une crise économique provoquée en grande partie par les politiques financières de la droite américaine et cette même droite blâme les gouvernements de gauche pour la situation qui demeure instable dans ces pays. Ces gouvernements font aussi face à des politiques hostiles des USA qui tentent par tous les moyens de les faire disparaître...

    Les journalistes devraient être un peu plus objectifs et souligner les changements positifs que les Lula, Chavez, Morales et les autres présidents progressifs ont accomplis dans leurs pays respectifs et dans toute l'Amérique latine. Les changements de fonds vont nécessairement être très longs à s'accomplir, vue l'hostilité des USA, et il faudrait quand même donner la chance au coureur en tenant compte de ces circonstances.

  • Serge Charbonneau
    Abonné
    mercredi 18 mars 2009 11h39
    Monsieur Bergeron, vous n'y pensez pas !
    Béatifier Óscar Romero!
    Mais vous n'y songez pas sérieusement, Monsieur Bergeron.

    Depuis quand le vatican appuie les prêtres et les évêques qui travaillent pour la dignité des pauvres.
    Voyons, monsieur Bergeron, le vatican est su service du néolibéralisme et s'il y avait un autre imbécile (sic) d'évêque pour empêcher le profit des compagnies tout en redonnant de l'espoir aux pauvres, rapidement les soutanes dorées se ligueraient contre le malotru avec l'appui affirmé ou implicite du chef du vatican.

    Entre 1977 et 1979, cinq prêtres de la Théologie de la libération et membres actifs de l'Église des pauvres, qui travaillaient avec les communautés et secteurs les plus opprimés furent assassinés au Salvador.
    Monseigneur Oscar Arnulfo Romero, archevêque du Salvador, voyagea alors au Vatican avec un dossier minutieux sur la brutale répression que l'Église et le peuple salvadoriens venaient de subir. Le pape Jean Paul II refusa de voir le dossier et de parler de ce thème.

    Alors si le Saint-pape (sic), JP II, n'a pas daigné écouter ce délinquant qui se battait pour les pauvres, croyez-vous que notre Benny 16 le sanctifiera?
    (On dit qu'un processus de béatification/canonisation de Mgr Romero a été enclenché en 1997 (!). Un colloque s'est tenu à ce sujet, les 26 et 27 octobre 2002, à Terni en Italie.)

    Voyons, il faut bien voir de quel côté se situe le vatican.
    Du côté de Hitler.
    Du côté de Bush (qui donc a été voir au début de son règne notre «bon» saint-infaillible pape ?).

    « États-Unis : Benoit XVI accueilli en grande pompe par Bush »
    http://tf1.lci.fr/infos/jt/0,,3821428,00-benoit-xvi-accueilli-grande-pompe-par-bush-.html

    « Message de Benoît XVI au Président Sarkozy »
    http://eucharistiemisericor.free.fr/index.php?page

    « Le pape Benoît XVI accueilli par Georges W. Bush »
    http://eucharistiemisericor.free.fr/index.php?page

    « Anniversaire de Benoît XVI à Washington » (ses 81 ans)
    http://eucharistiemisericor.free.fr/index.php?page

    Une magnifique photo
    http://eucharistiemisericor.free.fr/galerie/A16040


    Il faut lire Mme Yvonne Pierron, monsieur.
    Il faut étudier le soutien qu'a eu «le père» Jean-Bertrand Aristide.
    Il faut connaître l'Histoire "épiscopal" du Nicaragua et le père Miguel d'Escoto.
    Et il y en a tant d'autres!


    Voici les coordonnées pour le livre de Mme Pierron, cette missionnaire catholique:

    "Missionnaire sous la dictature"
    http://www.ameriquelatine.msh-paris.fr/spip.php?ar


    Serge Charbonneau
    Québec

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