Au lieu de tirs ennemis, des Irakiens affamés
Les Marines, rendus nerveux par la capture d'une unité des leurs, rencontrent des mendiants
25 mars 2003
Actualités internationales
Photo : Agence Reuters
Sur la route près de Bassorah, les civils se présentent sans aucune joie.
Nassiriyah — Un convoi de ravitaillement des Marines (rendus extrêmement nerveux par la mort et la capture de plusieurs de leurs camarades), arrivé hier matin en vue de la ville stratégique de Nassiriyah, s'est trouvé face non pas à des tireurs mais à des Irakiens réclamant désespérément de l'eau et de la nourriture.
Ils s'attendaient à essuyer des tirs et avaient choisi de passer la nuit, l'arme au pied, en rase campagne à plusieurs kilomètres de cette ville, où dimanche une autre unité de soutien logistique était tombée dans une embuscade après s'être égarée, cinq soldats étant tués, cinq autres faits prisonniers.
La télévision irakienne avait ensuite diffusé leurs images, ce qui a soulevé les protestations des autorités à Washington dénonçant une violation de la Convention de Genève sur les prisonniers de guerre.
Le long d'un canal, des civils irakiens ont commencé à se présenter, sans manifester aucun signe de joie ou d'hostilité, ayant seulement l'air épuisés. Les hommes, vêtus de la robe traditionnelle, réclamaient de l'eau. Certains tenaient des emballages jaunes de produits alimentaires fournis par l'aide humanitaire internationale et faisaient le signe de paix.
Des femmes vêtues de noir, la robe couverte de poussière, mendiaient de la nourriture. Les hommes pointaient le doigt vers leur estomac, avec un geste mimant la faim. Des enfants les imitaient.
Un peu plus loin, une unité combattante avait établi un poste de contrôle, un Marine forçant de la pointe de son fusil les hommes à lever les mains, puis sans geste brusque à montrer qu'ils n'avaient pas d'arme cachée sous leur djellaba.
Ils appartiennent au 5e régiment de la 1re division de Marines, une unité équipée de chars et de blindés.
Les nouvelles de la veille, lorsque dix militaires ont été tués dans l'attaque de deux transports blindés, les ont profondément ébranlés. Les rumeurs ont vite parcouru les colonnes, parlant de prisonniers en nombre important, sans rapport avec les déclarations du commandement central.
«Mais que se passe-t-il ?». Le caporal Chad Arva, de l'État de New York, n'a pas dormi de la nuit comme tous ses camarades, tous profondément ébranlés. «Je pensais que ce serait facile, cela s'annonce comme une guerre longue, trois ou quatre mois», confiait-il au petit matin.
Son camarade, le caporal Enrique Pardes, s'est voulu rassurant quand le convoi s'est remis en route vers ces zones d'habitations pleines de danger. «C'est un revers. Mais c'est la guerre, c'est normal. Tout dépendra maintenant de comment les choses vont tourner dans les prochains jours.»
Confiance perdue
Ceux qui ont accueilli les soldats américains et britanniques à bras ouvert et avec joie en croyant à la promesse de la libération du peuple irakien ont vite déchanté et perdu la confiance qu'ils avaient placé il y a quelque jours dans ces sauveurs.
Privés d'eau courante en raison des coupures d'électricité et voyant leurs réserves de vivres diminuer à vue d'oeil alors qu'aucune aide humanitaire ne leur est parvenue, les habitants de cette région désertique n'ont aucune raison de fêter l'avancée des troupes étrangères sur Bagdad.
«Ils nous ont abandonné à notre propre sort, ils ne nous ont donné aucune nourriture et ne nous ont offert aucune forme de sécurité. Ils n'ont fait que passer par là, en arrachant les portraits de Saddam, puis s'en sont allés», raconte Hussein Jaber, paysan de 20 ans qui vit dans une cabane.
Hier, ce jeune Irakien s'est vu contraint d'acheter 300 litres d'eau à des camions venus du nord, car lui et sa famille ont dû pendant des jours boire de l'eau non potable.
Faute de moyens pour survivre, les incidents se sont multipliés dans la région, selon plusieurs habitants : des pillages de maisons, des agressions qui ont fait des blessés.
Dans cette région à majorité chiite, les Irakiens sont victimes de privations depuis des années, délaissés totalement par un régime contrôlé par des sunnites. La guerre n'a fait qu'agraver la situation.
Selon l'unique médecin de cette localité, les médicaments de base manquent cruellement, que ce soit les analgésiques, les antibiotiques ou bien pour endiguer la gastroentérite, maladie qui fait des ravages alors que l'eau est de mauvaise qualité.
L'hôpital le plus proche de Safwan se trouve à Oum Qasr, à 20 km plus à l'est, là où des troupes loyales à Saddam Hussein ont opposé une vive résistance à l'avancée américaine et britannique. Il y a également plus au nord les hôpitaux de Bassorah et Al-Zoubeir, mais on ne peut y accéder car la route est bloquée par les forces américano-britannique.
Ils s'attendaient à essuyer des tirs et avaient choisi de passer la nuit, l'arme au pied, en rase campagne à plusieurs kilomètres de cette ville, où dimanche une autre unité de soutien logistique était tombée dans une embuscade après s'être égarée, cinq soldats étant tués, cinq autres faits prisonniers.
La télévision irakienne avait ensuite diffusé leurs images, ce qui a soulevé les protestations des autorités à Washington dénonçant une violation de la Convention de Genève sur les prisonniers de guerre.
Le long d'un canal, des civils irakiens ont commencé à se présenter, sans manifester aucun signe de joie ou d'hostilité, ayant seulement l'air épuisés. Les hommes, vêtus de la robe traditionnelle, réclamaient de l'eau. Certains tenaient des emballages jaunes de produits alimentaires fournis par l'aide humanitaire internationale et faisaient le signe de paix.
Des femmes vêtues de noir, la robe couverte de poussière, mendiaient de la nourriture. Les hommes pointaient le doigt vers leur estomac, avec un geste mimant la faim. Des enfants les imitaient.
Un peu plus loin, une unité combattante avait établi un poste de contrôle, un Marine forçant de la pointe de son fusil les hommes à lever les mains, puis sans geste brusque à montrer qu'ils n'avaient pas d'arme cachée sous leur djellaba.
Ils appartiennent au 5e régiment de la 1re division de Marines, une unité équipée de chars et de blindés.
Les nouvelles de la veille, lorsque dix militaires ont été tués dans l'attaque de deux transports blindés, les ont profondément ébranlés. Les rumeurs ont vite parcouru les colonnes, parlant de prisonniers en nombre important, sans rapport avec les déclarations du commandement central.
«Mais que se passe-t-il ?». Le caporal Chad Arva, de l'État de New York, n'a pas dormi de la nuit comme tous ses camarades, tous profondément ébranlés. «Je pensais que ce serait facile, cela s'annonce comme une guerre longue, trois ou quatre mois», confiait-il au petit matin.
Son camarade, le caporal Enrique Pardes, s'est voulu rassurant quand le convoi s'est remis en route vers ces zones d'habitations pleines de danger. «C'est un revers. Mais c'est la guerre, c'est normal. Tout dépendra maintenant de comment les choses vont tourner dans les prochains jours.»
Confiance perdue
Ceux qui ont accueilli les soldats américains et britanniques à bras ouvert et avec joie en croyant à la promesse de la libération du peuple irakien ont vite déchanté et perdu la confiance qu'ils avaient placé il y a quelque jours dans ces sauveurs.
Privés d'eau courante en raison des coupures d'électricité et voyant leurs réserves de vivres diminuer à vue d'oeil alors qu'aucune aide humanitaire ne leur est parvenue, les habitants de cette région désertique n'ont aucune raison de fêter l'avancée des troupes étrangères sur Bagdad.
«Ils nous ont abandonné à notre propre sort, ils ne nous ont donné aucune nourriture et ne nous ont offert aucune forme de sécurité. Ils n'ont fait que passer par là, en arrachant les portraits de Saddam, puis s'en sont allés», raconte Hussein Jaber, paysan de 20 ans qui vit dans une cabane.
Hier, ce jeune Irakien s'est vu contraint d'acheter 300 litres d'eau à des camions venus du nord, car lui et sa famille ont dû pendant des jours boire de l'eau non potable.
Faute de moyens pour survivre, les incidents se sont multipliés dans la région, selon plusieurs habitants : des pillages de maisons, des agressions qui ont fait des blessés.
Dans cette région à majorité chiite, les Irakiens sont victimes de privations depuis des années, délaissés totalement par un régime contrôlé par des sunnites. La guerre n'a fait qu'agraver la situation.
Selon l'unique médecin de cette localité, les médicaments de base manquent cruellement, que ce soit les analgésiques, les antibiotiques ou bien pour endiguer la gastroentérite, maladie qui fait des ravages alors que l'eau est de mauvaise qualité.
L'hôpital le plus proche de Safwan se trouve à Oum Qasr, à 20 km plus à l'est, là où des troupes loyales à Saddam Hussein ont opposé une vive résistance à l'avancée américaine et britannique. Il y a également plus au nord les hôpitaux de Bassorah et Al-Zoubeir, mais on ne peut y accéder car la route est bloquée par les forces américano-britannique.
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