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Jordanie - Les réfugiés ne sont pas au rendez-vous

23 mars 2003 23h25  Actualités internationales
Roueiched — Le décor est en place, il ne manque plus que les figurants. Les centaines de tentes impeccablement alignées dans le désert jordanien, les humanitaires aux tenues flambant neuves, les journalistes occidentaux avec le keffieh réglementaire, tous n’attendent plus que les réfugiés. Mais, depuis le début de la guerre, pas un seul Irakien n’a franchi la frontière jordanienne. Aucun, zéro, personne.

Deux camps distincts ont été installés à Roueiched, en plein désert, à 60 kilomètres de la frontière irakienne. Le premier, vide, est censé accueillir les Irakiens fuyant leur pays. Le second, trois kilomètres plus loin, est destiné aux étrangers quittant l’Irak.
Jusqu’à présent, seul le second a accueilli près de 500 personnes, des Soudanais surtout, quelques Somaliens, des Tchadiens, des Nigériens, des Érythréens et une ou deux familles égyptiennes, partis pour la plupart dès la première nuit de bombardements.
Chenga Makon a attendu le dernier moment pour fuir Bagdad. «Jusqu’à la fin, j’ai cru que c’était du bluff, raconte ce Sud-Soudanais installé depuis 1989 en Irak. Après les premières bombes, jeudi matin, j’ai couru à l’ambassade du Soudan et je suis monté dans le bus sans même avoir le temps de passer prendre mon argent au magasin.» En 1991, il n’avait pas quitté l’Irak avec les centaines de milliers de travailleurs immigrés. «Je n’ai pas peur des bombardements, mais, cette fois-ci, c’est autre chose. Après la chute de Saddam Hussein, il va y avoir une guerre civile. Les Irakiens sont armés jusqu’aux dents, ils vont régler leurs comptes.»
L’Organisation internationale pour les migrations (OIM) est chargée des rapatriements dans les pays d’origine, généralement dans un délai de deux ou trois jours, quand il n’y a pas de problème. En attendant, Chenga et les 300 hôtes actuels de Roueiched tentent de se réchauffer dans la plaine désolée balayée par le vent et la poussière. Ils traînent d’une tente à l’autre, par petits groupes, accroupis par nationalités autour de flaques boueuses.
Ils ressassent les mêmes histoires pour des journalistes désoeuvrés et presque aussi nombreux.
L’autre camp, destiné aux Irakiens, reste désespérément vide malgré les 2000 tentes pouvant accueillir 10 000 personnes. «Nous sommes prêts, explique fièrement Mohamed al-Amoush, responsable de la Société hachémite de charité, chargée de gérer le camp de réfugiés sous la supervision du Haut Commissariat aux réfugiés de l’ONU (HCR). Mais je comprends les Irakiens. À leur place, je resterais dans mon pays pour le défendre.» Plus probablement, les Irakiens n’ont aujourd’hui ni les moyens ni l’envie de prendre le risque d’effectuer le voyage de quelque 400 kilomètres entre Bagdad et la frontière, devenus dangereux.

Contrôle strict
À 60 kilomètres à l’est de Roueiched, le poste-frontière de Karameh est complètement désert. «La route est déserte. Tout est calme, il n’y a ni points de contrôle, ni soldats américains ou irakiens», raconte Abdallah Ahmed, un Soudanais. Les autorités jordaniennes ont imposé un contrôle très strict sur toute la zone frontalière, décrétée zone militaire. Depuis la prise de H2 et H3, deux aéroports irakiens situés à moins de 100 kilomètres de la frontière jordanienne, le rôle exact des forces américaines présentes dans le royaume et censées ne pas participer à des actions offensives est de plus en plus sujet à caution. Tout près de Roueiched, l’US Army a installé une petite base militaire. Deux chasseurs-bombardiers A-10, chasseurs de chars, ont été aperçus en vol ainsi qu’un gros porteur Hercules, des hélicoptères d’attaque Black Hawk, ou de transport de troupes Chinook et Sikorsky.
 
 
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