«Nous n'avons pas peur»
Un militant pacifiste raconte ses journées à Bagdad sous le feu américain
«Les gens n'ont pas peur. Ils ne nous transmettent pas la peur. Forcément, nous n'avons pas peur!» Il est 5h30 vendredi matin et l'enfer est sur le point de se lever pour le deuxième jour de suite sur Bagdad. Au bout du fil, le Québécois Robert Turcotte a la voix un brin endormie, mais le moral est étrangement au beau fixe. Installé dans la capitale irakienne depuis 10 jours, il vit cette guerre comme d'autres, ailleurs dans le monde, vont faire leur marché. «Aujourd'hui, je vais aller me promener dans la ville», dit-il. C'était quelques heures à peine avant le début de l'opération «Choc et stupeur» lancée par l'alliance américano-britannique.
Vue d'ici, la métropole croule sous les bombardements américains. Aux quatre coins de la ville, explosions et colonnes de fumée rythment les bulletins de nouvelles avec une impression générale d'angoisse, de peur et de désolation. Des images qui détonnent avec celles que le pacifiste de 53 ans, originaire de Cap-Rouge, a eu la chance de voir, jusqu'à maintenant, depuis le déclenchement du conflit armé.
«Nous sommes installés au centre de la ville, explique-t-il au téléphone depuis la chambre de son hôtel situé à quelques encablures du palais présidentiel de Saddam Hussein, de l'autre côté du Tigre. Tout le monde vaque à ses activités ici, à l'hôtel, comme à n'importe quelle autre période de l'année. Dehors, c'est sûr, la ville a l'air d'une ville fantôme. Les magasins sont fermés. Il y a très peu de personnes dans les rues, peu de circulation, mais les gens que nous croisons n'ont visiblement pas l'air de paniquer. Ils ont même l'air sereins.»
M. Turcotte ne se trouve pas courageux plus qu'il ne le faut. Accompagné de quatre autres Québécois membres de l'Irak Peace Team Canada, il a élu temporairement domicile à Bagdad pour observer les effets dévastateurs de l'embargo sur les populations locales, mais aussi les éventuels crimes de guerre qui pourraient être commis dans les prochains jours, par l'ensemble des belligérants. «Nous allons tout noter, rencontrer les blessés et, à terme, le cas échéant, dénoncer les auteurs de ces crimes et s'assurer qu'ils soient traînés devant la justice», dit-il.
Dans ses poches, le travailleur social — en temps de paix — ne se défait jamais d'une note écrite en arabe pour expliquer son rôle aux Irakiens qu'il rencontre. Tout comme d'ailleurs des laissez-passer remis par les autorités irakiennes pour chacun de ses déplacements dans les rues de la ville «où les contacts avec les gens sont chaleureux, résume-t-il. Ils sont d'une gentillesse extraordinaire et nous remercient d'être avec eux. Nous, on veut sans cesse se montrer, pour bien qu'ils comprennent que ce n'est pas toute la communauté internationale qui est d'accord avec cette guerre et que l'Occident ne leur en veut pas.»
Et pendant ce temps, les Irakiens, eux, espèrent, même s'ils savent que le ciel va bientôt leur tomber sur la tête. «Ils sont conscients, mais restent philosophes, dit M. Turcotte. Mais ils voient cette guerre d'un bon oeil, tout en souhaitant qu'elle ne dure que très peu de temps. Cela va être l'occasion pour eux, pensent-ils, de retrouver enfin leur dignité et la possibilité de vivre comme avant, dans une ville moderne et prospère que la guerre passée et les sanctions économiques ont complètement transformée. Et ils sont prêts à mourir pour cela.»
La mort, composante inexorable de la guerre, ne semble guère apeurer le pacifiste, même si au loin le bruit des bombes donne une bien drôle de couleur à la ville. «Si les Américains doivent tuer trois millions de personnes pour arriver à leurs fins, eh bien, aussi bien mourir avec eux», lance-t-il. Et il ajoute: «À l'hôtel, nous avons un abri antimissile qui est prêt pour affronter un siège d'un mois avec eau et nourriture. Nous avons aussi 500 bouteilles d'eau. Et l'on espère que les combats vont arrêter avant que l'on ait tout épuisé.»
Puis, il y a eu une «Bonne chance» de circonstance, suivie d'un «C'est vous qui devriez en avoir besoin, pour survivre à la campagne de peur lancée par les médias américains». Et la ligne téléphonique a été coupée...
Vue d'ici, la métropole croule sous les bombardements américains. Aux quatre coins de la ville, explosions et colonnes de fumée rythment les bulletins de nouvelles avec une impression générale d'angoisse, de peur et de désolation. Des images qui détonnent avec celles que le pacifiste de 53 ans, originaire de Cap-Rouge, a eu la chance de voir, jusqu'à maintenant, depuis le déclenchement du conflit armé.
«Nous sommes installés au centre de la ville, explique-t-il au téléphone depuis la chambre de son hôtel situé à quelques encablures du palais présidentiel de Saddam Hussein, de l'autre côté du Tigre. Tout le monde vaque à ses activités ici, à l'hôtel, comme à n'importe quelle autre période de l'année. Dehors, c'est sûr, la ville a l'air d'une ville fantôme. Les magasins sont fermés. Il y a très peu de personnes dans les rues, peu de circulation, mais les gens que nous croisons n'ont visiblement pas l'air de paniquer. Ils ont même l'air sereins.»
M. Turcotte ne se trouve pas courageux plus qu'il ne le faut. Accompagné de quatre autres Québécois membres de l'Irak Peace Team Canada, il a élu temporairement domicile à Bagdad pour observer les effets dévastateurs de l'embargo sur les populations locales, mais aussi les éventuels crimes de guerre qui pourraient être commis dans les prochains jours, par l'ensemble des belligérants. «Nous allons tout noter, rencontrer les blessés et, à terme, le cas échéant, dénoncer les auteurs de ces crimes et s'assurer qu'ils soient traînés devant la justice», dit-il.
Dans ses poches, le travailleur social — en temps de paix — ne se défait jamais d'une note écrite en arabe pour expliquer son rôle aux Irakiens qu'il rencontre. Tout comme d'ailleurs des laissez-passer remis par les autorités irakiennes pour chacun de ses déplacements dans les rues de la ville «où les contacts avec les gens sont chaleureux, résume-t-il. Ils sont d'une gentillesse extraordinaire et nous remercient d'être avec eux. Nous, on veut sans cesse se montrer, pour bien qu'ils comprennent que ce n'est pas toute la communauté internationale qui est d'accord avec cette guerre et que l'Occident ne leur en veut pas.»
Et pendant ce temps, les Irakiens, eux, espèrent, même s'ils savent que le ciel va bientôt leur tomber sur la tête. «Ils sont conscients, mais restent philosophes, dit M. Turcotte. Mais ils voient cette guerre d'un bon oeil, tout en souhaitant qu'elle ne dure que très peu de temps. Cela va être l'occasion pour eux, pensent-ils, de retrouver enfin leur dignité et la possibilité de vivre comme avant, dans une ville moderne et prospère que la guerre passée et les sanctions économiques ont complètement transformée. Et ils sont prêts à mourir pour cela.»
La mort, composante inexorable de la guerre, ne semble guère apeurer le pacifiste, même si au loin le bruit des bombes donne une bien drôle de couleur à la ville. «Si les Américains doivent tuer trois millions de personnes pour arriver à leurs fins, eh bien, aussi bien mourir avec eux», lance-t-il. Et il ajoute: «À l'hôtel, nous avons un abri antimissile qui est prêt pour affronter un siège d'un mois avec eau et nourriture. Nous avons aussi 500 bouteilles d'eau. Et l'on espère que les combats vont arrêter avant que l'on ait tout épuisé.»
Puis, il y a eu une «Bonne chance» de circonstance, suivie d'un «C'est vous qui devriez en avoir besoin, pour survivre à la campagne de peur lancée par les médias américains». Et la ligne téléphonique a été coupée...
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