Misère et famine en Haïti: une situation dramatique
En Haïti, le pays le plus pauvre de l'hémisphère, 3,8 millions de personnes (47 % de la population) souffrent de la faim. Dans le monde rural, moins de 50 % des paysans ne mangent qu'une fois par jour. Or, paradoxe des paradoxes, Haïti recèle de grandes potentialités agricoles. Jusqu'à récemment, la production nationale de riz réussissait à répondre aux besoins, alors qu'aujourd'hui les biens alimentaires sont importés. Comment expliquer cela?
En réalité, l'agriculture connaît de graves problèmes: infrastructure inadéquate, techniques primitives, petite taille des parcelles, etc. À cela s'ajoutent la dégradation de l'environnement (la déforestation) et les ouragans qui, à l'automne 2008, ont détruit 60 % des récoltes. Mais cela n'explique pas tout. Depuis 1995, en effet, les pays occidentaux, dont les États-Unis, ont imposé à Haïti l'ouverture des marchés, y compris celle des marchés agricoles. Cette politique a été entérinée par un accord signé avec le Fonds monétaire international (FMI) et la Banque mondiale. Depuis cette libéralisation, le secteur agricole a subi une dégradation très sensible. Haïti, qui produisait de 80 %à 90 % de ses aliments en 1986, n'en produit plus que 47 %.
Malgré les politiques annoncées par le gouvernement Préval, le problème de la réforme agraire demeure. Les petits paysans n'ont toujours pas accès aux terres les plus fertiles et sont confinées à des microparcelles (1,8 hectare en moyenne) non irriguées. Bien que les petits paysans occupent très souvent des terres, ils ne disposent pas des titres qui leur permettraient de capitaliser sur leurs actifs. Certes, sous l'autorité du gouvernement, l'Institut national pour la réforme agraire (INARA) a pour mandat de favoriser la réforme agraire, mais il est pratiquement sans moyen. Le préjugé contre le monde paysan est profondément incrusté parmi les élites haïtiennes, selon le sociologue Alain Gilles, où le monde paysan est vu comme un «monde du dehors», dans une sorte d'extériorité qui «légitime les violences internes exercées contre les paysans».
Les attentes des paysans
Plusieurs associations paysannes récemment réunies demandent des changements à la fois modestes et importants: relance de la réforme agraire et renforcement des programmes d'appui aux petits paysans (crédit agricole, irrigation, aide au marketing et à la distribution des produits agricoles, appui à la production familiale). Il est inacceptable, selon Camille Chalmers, qui anime la plate-forme haïtienne de plaidoyer pour un développement alternatif, que «le gouvernement refuse d'accorder la priorité à l'agriculture». Dans le Document stratégique national pour la croissance et la réduction de la pauvreté, qui élabore les grandes priorités du pays, aucun investissement massif n'est prévu dans le secteur paysan (le tourisme et les zones franches restent les deux priorités du gouvernement Préval). Le budget de l'État accorde moins de 11 % des ressources à l'agriculture, selon l'étude du groupe de recherche et d'appui en milieu rural (Haïti et le droit à la sécurité alimentaire).
Par ailleurs, selon Bernard Ethéard, directeur de l'Institut national de la réforme agraire (INARA), le projet du gouvernement consistant à établir une zone franche sur 3000 hectares dans le département du Nord-Est pourrait déposséder plusieurs centaines de paysans. Les associations demandent aux organisations paysannes de se mobiliser afin d'inciter l'État haïtien à assumer ses responsabilités envers le monde rural. Elles encouragent l'État, via la Coordination nationale sur la sécurité alimentaire, à trouver avec les collectivités des solutions à la crise.
Les associations paysannes déplorent également l'indifférence des donateurs internationaux. D'une part, l'aide internationale reste liée à l'acceptation par Haïti du sacro-saint principe de l'ouverture des marchés. Il est vrai que l'État peut, du moins en principe, invoquer des «raisons majeures» et protéger l'agriculture, mais une telle démarche ne serait certes pas bien vue à Washington, qui accorde aux producteurs états-uniens d'énormes subventions pour le riz qu'ils déversent sur le marché haïtien. En pratique et en fin de compte, les cadres de la coopération internationale mis en place avec Haïti en ce moment concernent davantage d'autres secteurs que celui de l'agriculture et de la sécurité alimentaire.
En réalité, l'agriculture connaît de graves problèmes: infrastructure inadéquate, techniques primitives, petite taille des parcelles, etc. À cela s'ajoutent la dégradation de l'environnement (la déforestation) et les ouragans qui, à l'automne 2008, ont détruit 60 % des récoltes. Mais cela n'explique pas tout. Depuis 1995, en effet, les pays occidentaux, dont les États-Unis, ont imposé à Haïti l'ouverture des marchés, y compris celle des marchés agricoles. Cette politique a été entérinée par un accord signé avec le Fonds monétaire international (FMI) et la Banque mondiale. Depuis cette libéralisation, le secteur agricole a subi une dégradation très sensible. Haïti, qui produisait de 80 %à 90 % de ses aliments en 1986, n'en produit plus que 47 %.
Malgré les politiques annoncées par le gouvernement Préval, le problème de la réforme agraire demeure. Les petits paysans n'ont toujours pas accès aux terres les plus fertiles et sont confinées à des microparcelles (1,8 hectare en moyenne) non irriguées. Bien que les petits paysans occupent très souvent des terres, ils ne disposent pas des titres qui leur permettraient de capitaliser sur leurs actifs. Certes, sous l'autorité du gouvernement, l'Institut national pour la réforme agraire (INARA) a pour mandat de favoriser la réforme agraire, mais il est pratiquement sans moyen. Le préjugé contre le monde paysan est profondément incrusté parmi les élites haïtiennes, selon le sociologue Alain Gilles, où le monde paysan est vu comme un «monde du dehors», dans une sorte d'extériorité qui «légitime les violences internes exercées contre les paysans».
Les attentes des paysans
Plusieurs associations paysannes récemment réunies demandent des changements à la fois modestes et importants: relance de la réforme agraire et renforcement des programmes d'appui aux petits paysans (crédit agricole, irrigation, aide au marketing et à la distribution des produits agricoles, appui à la production familiale). Il est inacceptable, selon Camille Chalmers, qui anime la plate-forme haïtienne de plaidoyer pour un développement alternatif, que «le gouvernement refuse d'accorder la priorité à l'agriculture». Dans le Document stratégique national pour la croissance et la réduction de la pauvreté, qui élabore les grandes priorités du pays, aucun investissement massif n'est prévu dans le secteur paysan (le tourisme et les zones franches restent les deux priorités du gouvernement Préval). Le budget de l'État accorde moins de 11 % des ressources à l'agriculture, selon l'étude du groupe de recherche et d'appui en milieu rural (Haïti et le droit à la sécurité alimentaire).
Par ailleurs, selon Bernard Ethéard, directeur de l'Institut national de la réforme agraire (INARA), le projet du gouvernement consistant à établir une zone franche sur 3000 hectares dans le département du Nord-Est pourrait déposséder plusieurs centaines de paysans. Les associations demandent aux organisations paysannes de se mobiliser afin d'inciter l'État haïtien à assumer ses responsabilités envers le monde rural. Elles encouragent l'État, via la Coordination nationale sur la sécurité alimentaire, à trouver avec les collectivités des solutions à la crise.
Les associations paysannes déplorent également l'indifférence des donateurs internationaux. D'une part, l'aide internationale reste liée à l'acceptation par Haïti du sacro-saint principe de l'ouverture des marchés. Il est vrai que l'État peut, du moins en principe, invoquer des «raisons majeures» et protéger l'agriculture, mais une telle démarche ne serait certes pas bien vue à Washington, qui accorde aux producteurs états-uniens d'énormes subventions pour le riz qu'ils déversent sur le marché haïtien. En pratique et en fin de compte, les cadres de la coopération internationale mis en place avec Haïti en ce moment concernent davantage d'autres secteurs que celui de l'agriculture et de la sécurité alimentaire.
|
Édition abonné
La version longue de certains articles (environ 1 article sur 5) est réservée aux abonnés du Devoir. Ils sont signalés par le symbole suivant :
|
Envoyer Fermer
Haut de la page

