samedi 26 mai 2012 Dernière mise à jour 15h55
fermer

Connexion au Devoir.com

Mot de passe oublié?


Chercher

Inscrivez-vous (gratuit)
Mot de passe oublié?
Abonné papier? Connexion
S'abonner au Devoir
Publicité

Un air des années 30?

Un spectre flotte sur le monde: le spectre des années 30, de la Grande Dépression dont le début symbolique fut le krach boursier d'octobre 1929. Un parallèle qui appelle bien sûr des tas de nuances, tant les époques sont différentes... mais qui reste sur toutes les lèvres.

Si l'on veut pousser ce parallèle, on est obligé de rappeler aussi que les années 30, ce ne sont pas seulement des années de vaches maigres économiques, restées dans le souvenir de nos grands-parents. En bien des endroits, ce furent aussi de sales années politiques. Années de désarroi et d'extrémisme. Et en particulier, ce fut la décennie maudite au cours de laquelle le nazisme a pris le pouvoir en Allemagne, et préparé la Seconde Guerre mondiale.

Précisons qu'il y a bien entendu un rapport étroit entre ces deux grands événements des années 30: la crise économique en Occident et le déclenchement d'une guerre mondiale. Aujourd'hui, certains font également le rapprochement, non seulement entre crise de 1929 et crise de 2009, mais aussi entre crise économique et crise politique correspondante.

Un exemple... Edward Balls, le jeune secrétaire d'État à la Famille du gouvernement Brown en Grande-Bretagne, a déclaré ces derniers jours: «Cette crise est pire que celle des années 30. Et nous nous souvenons tous qu'à cette époque-là, la politique était largement déterminée par l'économie.»

Reconnaissant à son tour qu'une économie défaillante représente également un danger politique et sécuritaire, l'amiral Dennis Blair, qui vient d'être nommé directeur du renseignement par le président Obama, a lancé le 12 février un cri d'alarme. Selon lui, l'instabilité politique produite par la crise économique «est la pire menace, à court terme, qui pèse sur la sécurité nationale des États-Unis». Rien que ça!

Autre exemple: à chacune de leur réunion, les politiciens — encore ce week-end, les leaders européens réunis à Berlin — ne cessent de vitupérer les tentations protectionnistes... Même s'ils y cèdent eux-mêmes peu ou prou, lorsqu'ils s'adressent à leur industrie nationale, à leurs chômeurs et à leurs électeurs nationaux. Car cet immense psychodrame mondial, c'est aussi le choc entre une économie largement globalisée... et le monde de la politique, qui se déroule encore principalement sur des scènes nationales.

***

Les analystes aiment aussi répéter, ces temps-ci, que la Seconde Guerre mondiale a été pour les États-Unis, qui ne l'avaient pourtant pas provoquée, un excellent électrochoc économique. Un gigantesque programme de travaux publics qui — plus encore, selon certains économistes, que le New Deal de Franklin Roosevelt entre 1933 et 1938 — a complètement remis sur les rails l'économie du pays, propulsant la machine productive américaine vers les sommets de prospérité bien connus des années 50.

Une «bonne guerre» pour sortir de la misère... Il est un peu troublant de penser que cette lointaine crise, plus ou moins ancêtre de la nôtre, trouva, en tout cas aux États-Unis, sa solution dans un meurtrier conflit qui, de ce côté-ci de l'Atlantique, avait «purgé» les mécanismes de la demande et relancé l'activité...

Est-ce donc notre destin que d'espérer aujourd'hui un grand conflit armé qui viendrait nous sortir du marasme financier et économique? Mauvaise plaisanterie, bien sûr, mais que l'on entend parfois, chuchotée très bas. Plus sérieusement, on se dit que non, que ça n'a aucun sens... en faisant valoir, par exemple, que la situation géopolitique de 2009 est profondément différente de celle de 1929.

Et puis, il y a au moins une guerre récente — celle des États-Unis en Irak — qui ne correspond pas du tout à ce «modèle» de relance: l'invasion de 2003 s'est avérée, pour Washington, une catastrophe du point de vue pécuniaire; elle est même sans doute l'un des facteurs aggravants à l'origine de la situation actuelle.

Il n'empêche: on peut imaginer une espèce de scénario du pire, qui verrait Barack Obama, malgré son opiniâtreté et ses talents pédagogiques, échouer dans son plan de relance, et se faire battre à plate couture en 2012... dans un monde hypertendu, toujours en proie au marasme et de plus en plus à la démagogie, où les nouveaux dirigeants auraient pour noms: Sarah Palin, Vladimir Poutine, Avigdor Lieberman...

Brrr!

***

François Brousseau est chroniqueur d'information internationale à Radio-Canada. On peut l'entendre tous les jours à l'émission Désautels à la Première Chaîne radio et lire ses carnets dans www.radio-canada.ca/nouvelles/carnets.
 
 
Édition abonné
La version longue de certains articles (environ 1 article sur 5) est réservée aux abonnés du Devoir. Ils sont signalés par le symbole suivant :
 
 












CAPTCHA Image Générer un nouveau code

Envoyer
Fermer

Haut de la page
Cet article vous intéresse?

Vos réactions

Triez : afficher les commentaires  Chargement ...
  • Brun Bernard - Inscrit
    23 février 2009 08 h 14
    Tiens donc...
    Sauf qu'à cette époque dans les années 30, il y avait des syndicats organisés et combatifs en servant de concentration de la « colère » (Sloterdijk), la société des masses que nous vivons actuellement sortait à peine de son cocon (Voir Kafka, Ortega y Gasset mais aussi Benjamin, Arendt, Kracauer etc.), les femmes n'avaient pas toutes la possibilité de voter, les divorces étaient rares, il n'y avait pas de prêts comme de nos jours (un pauvre n'avait rien vraiment rien surtout pas une carte de crédit encore moins une voiture, un frigo et de la bouffe plein dedans) pour inciter les ménages à consommer plus et vite. Sauf qu'à ce moment de la consommation plus et vite s'est mieux réalisée après la seconde guerre mondiale.
    La guerre en Irak : « (...) elle est même sans doute l'un des facteurs aggravants à l'origine de la situation actuelle. » En 2003 alors que nous avons 30 ans de capitalisme sauvage où on a dérégularisé pour aller monter les usines occidentales dans des pays non encore véritablement développés et ne respectant surtout pas les droits de l'homme pour mieux avoir des bas coûts tout en continuant à exploiter les pauvres; où les primes pour « parachutes dorés » ont atteint des hauteurs d'immoralité absolue; nous avions en Europe (à part l'Allemagne) très peu ou pas du tout d'autoroutes et non plus de travaux publiques gigantesques comme en Russie; le populisme d'hier n'est pas celui d'aujourd'hui où on pense que la démocratie st la seule solution pour notre futur, démocratie capitaliste s'entend, démocratie mise à mal par nos « reality shows » ou la starisation des tous et de toutes par des sites populaires comme Myspace (me, myself, and I) afin, société démocratique aidant, que la haine du peuple s'exprime au nom du peuple (des gens « ordinaires » qui est un nouveau concept pour faire la différence entre ceux qui sont RICHES et CÉLÈBRES et les autres), nous les pauvres gars et filles du monde banal/ordinaire comme les médias le disent si souvent). Que le véritable populisme st la haine du peuple au peuple. Renan nous écrivait que l'Église nouds apprenait que dans la démocratie le suffrage universel était une aberration, « car las stupidité n'a pas le droit de gouverner le monde. »
    Puis, vous avez l'histoire européenne, de Napoléon à Hitler en passant par Clausewitz (vois à ce sujet le dernier essai de René Girard qui est un essai fondamental), c'est-à-dire la montée des nationalismes (comme tentative de rupture/refus avec/e la modernité) due aux échecs et humiliations des années antécédentes pour penser entre autres les raisons de la guerre. Vous oubliez aussi les colonies occidentales...Vaste histoire. C'est Václav Klaus le président qui a dit dernièrement qu'il fallait une séparation entre le politique et l'économique. Un des grands moments à ce sujet comme exemple fut l'affaire Stavistki en France rappelé par l'article du Monde ci-joint.
    Nous sommes loin de votre amalgame réducteur puisque les éléments n'y sont pas et que la guerre n'est pas dans les projets de l'exploitation de l'homme par l'homme de nos jours. Brrr. La guerre s'exporte comme produit de consommation, nous n'avons pas grand-chose à craindre chez nous. Nous ne sommes plus des êtres libres, nous sommes devenus des consommateurs conditionnés et léthargiques. C'est une sacrée différence entre nous au 3ième millénaire et les autres humains du début du 20ième siècle. Voyez les films de Capra, justement, à ce sujet.

    http://www.lemonde.fr/opinions/article/2009/02/21/
  • fermer
    Vous devez être connecté pour rédiger un commentaire.
    ou Créer un profil
  •  
  • Serge Charbonneau - Abonné
    23 février 2009 08 h 53
    Réflexions
    Edward Balls dit que dans les années 30: «la politique était largement déterminée par l'économie.»

    Comment trouvez-vous la politique aujourd'hui?

    Depuis le début je me demande si cette crise est vraiment «économique» ou «alimentaire» ou «énergétique» ou «environnementale» ?

    Souvent je réponds que la crise est une crise des valeurs. Des valeurs humaines!
    Sa conséquence ou sa cause, c'est justement, selon moi, que l'outil économique n'est plus un outil. L'OUTIL économique est devenu une fin. Et, malheureusement, on dit: "La fin justifie les moyens".

    Voyez les moyens que l'on déploie!
    Considérable en terme de brassage de dollars, mais... cette fin est-elle valable?
    L'objectif de «remettre l'économie sur les rails» est-il valable?
    Il faudrait peut-être savoir où nous mènent les rails?

    Depuis le libre-échange, depuis l'abandon du protectionnisme, depuis la "mondialisation", bref, depuis le néolibéralisme qui n'est en fait que du capitalisme sauvage et sans lois, on nous endort avec les "vertus" (sic) de la dérèglementation. On ne cesse de parler du protectionnisme comme d'un péché qui rend maussade le dieu dollar.

    Dans cette "crise" tout ce dont on nous parle c'est de l'église économique. On parle peu des travailleurs et des conditions de vie.
    On parle que les syndicats, ces alliés du diable, devront dire oui aux diminutions de salaire s'ils veulent sauver «notre» (sic) économie et nos emplois. Il faut se résigner à devenir esclaves si on veut continuer à manger.

    Étrange tout de même que lorsque Obama a signifié une limite de salaire (500 000 $) aux dirigeants d'entreprises aidées pas NOS impôts, on trouvait tant de superbes analystes nous disant que cette demande était... disons, irréaliste!

    Étrange de constater que lorsque l'on parle de diminution de salaire des travailleurs tous ces grands analystes et nos gouvernements s'entendent à l'unisson pour trouver que cette conséquence de la crise est «incontournable»!
    Étrange, étrange !

    La limite à 500 000 était presque inadmissible alors que la diminution de salaire de ceux qui s'appauvrissent est « incontournable » !
    (revoir le rapport de Statistique Canada

    http://www.quebechebdo.com/article-209006-Les-rich

    http://www.statcan.gc.ca/bsolc/olc-cel/olc-cel?cat
    )

    Quel étrange monde!
    Quel bizarre système de valeurs mène le monde!

    Aujourd'hui aussi, la politique est plus que largement déterminée par l'économie.»


    Dennis Blair dit que l'instabilité politique produite par la crise économique «est la pire menace, à court terme, qui pèse sur la sécurité nationale des États-Unis».

    Et, on pourrait dire: La pire menace qui pèse sur la sécurité nationale de tous les pays.

    L'argent est le nerf de la guerre et la guerre est une maladie du pouvoir.

    Les analystes disent aussi que la Seconde Guerre mondiale a été pour les États-Unis, un excellent électrochoc économique. Est-ce une vision des analystes ou si ce fait est une constatation historique.
    Parfois, on parle d'analyse lorsque l'on devrait, tout simplement, parler d'un fait sans avoir besoin de l'étampe de l'analyste.
    De nos jours, personne ne semble capable de dire les simples faits. Les médias ont perpétuellement recours aux «analystes» et aux sondages, sans ceux-ci, ils semblent incapables de nous "révéler" de simples faits historiques!

    Un autre fait révélateur de la crise de 1929, ce serait de «révéler» les fortunes colossales qui en ont émergé. Il faut faire l'Histoire des Mellon, Morgan, Rockfeller, Rotschield et quelques autres. La crise n'est pas aussi terrible pour tous. C'est encore un fait du capitalisme. Comment l'oublier?????

    Monsieur Brousseau dit:
    « Est-ce donc notre destin que d'espérer aujourd'hui un grand conflit armé qui viendrait nous sortir du marasme financier et économique? »

    En d'autres mots, devrait-on mourir pour faire profiter les quelques extrêmement nantis d'une superbe reprise économique? L'Histoire va-t-elle se répéter?

    Monsieur Brousseau nous rassure en ajoutant:
    « Mauvaise plaisanterie, bien sûr, mais que l'on entend parfois, chuchotée très bas. »
    Juste le fait que ce soit chuchoté très bas, n'est pas très encourageant. En 1929 aussi, dans quelques cercles obscurs, on devait chuchoter très bas, en fumant un gros cigare, que la guerre était fantastique!

    « La situation géopolitique de 2009 est profondément différente de celle de 1929.»
    Mais, l'Être Humain, l'homme plus précisément, a-t-il beaucoup changé?
    N'est-il pas le même qu'en 1929?
    On peut même se demander s'il n'est pas pire?

    Pas très encourageant!

    La guerre des États-Unis en Irak est-elle une démonstration «évidente» que cette analyse de la rentabilité d'une guerre ne tient pas?
    Ce «modèle» de relance: l'invasion de 2003 qui s'est avérée, pour Washington, une catastrophe du point de vue pécuniaire?
    Pour Washington! Pour l'ensemble des États-Unis! Pour tous ces jeunes États-uniens dont on a donné leur vie pour le pouvoir et le profit! Probablement pour eux ça n'a pas du tout été une «relance», mais pour tous ces profiteurs qui s'enrichissent dans l'ombre, ce fut sans AUCUN DOUTE une période formidable.
    Que voulez-vous, depuis quelques années, on a dépensé près de 2 millions chaque minute pour l'armement et la guerre. Ces deux millions à chaque minute ont dû aller à un endroit!
    Certains se sont enrichis de millions à chaque minute! Aimeriez-vous avoir un salaire de 60 millions à l'heure?

    Monsieur Brousseau termine avec une note humoristique: il met Sarah Palin, Vladimir Poutine, Avigdor Lieberman dans le même sac!

    Palin et Poutine, c'est déjà drôle.
    Y ajouter Lieberman, c'est comme y mettre un peu de piment fort.
    Lieberman, un personnage brutal au-delà de ce que l'on peut imaginer, une sorte de malade mental. Son parti: "Yisrael Beitenu", ou "Israël est notre maison".
    C'est un dangereux démagogue et un faucon qui prône le nettoyage ethnique, le génocide et la guerre nucléaire. Certains le qualifient de futur Hitler.

    Quel amalgame nous sert M. Brousseau pour la chute de sa chronique!


    Serge Charbonneau
    Québec
  • fermer
    Vous devez être connecté pour rédiger un commentaire.
    ou Créer un profil
  •  
  • Maco - Abonné
    23 février 2009 09 h 31
    Variations sur un même thème.
    Des gens, sans vergogne, pompent l'argent (les ressources) hors du circuit de la population (celui des travailleurs). Mettant ainsi en déséquilibre le fragile équilibre d'un système qui n'a rien de naturel.

    Ils s'étonnent, toujours, que ceux-ci se révoltent! Cette révolte qui est trop souvent canalisée pour déclencher cette guerre tant redoutée.

    Pareille? Pas Pareille?
  • fermer
    Vous devez être connecté pour rédiger un commentaire.
    ou Créer un profil
  •  
  • Luce Prévost - Inscrite
    23 février 2009 15 h 24
    La guerre en Iraq
    Cette guerre est peut être appauvrissante pour le peuple américain mais pas pour Haliburton et cie.! Nuance! Luce
  • fermer
    Vous devez être connecté pour rédiger un commentaire.
    ou Créer un profil
  •  
  • Jocelyne Brunet - Inscrite
    23 février 2009 17 h 03
    François Brousseau pose une question qui fait réfléchir
    Espérons que le dénouement de cette crise du capitalisme ouvre la voie à un monde où l'économie est au service des êtres humains qui partagent cette petite planète et non le contraire. Le grand ménage s'impose.

    Jocelyne Brunet
    Gatineau
  • fermer
    Vous devez être connecté pour rédiger un commentaire.
    ou Créer un profil
  •  
  • fermer
    Vous devez être connecté pour rédiger un commentaire.
    ou Créer un profil
Cet article vous intéresse?
5 réactions
0 vote Voter
 
  • a Taille du texte -- ++
  • Imprimer
  • Envoyer
  • Partager
  • Droits de reproduction
  • Voter
Pour en savoir plus
Mots-clés de l'article
Recherche complète sur le même sujet


Publicité

Les blogues du devoir

Vos commentaires

m'inscrire
 
Recherche



Exemples de recherche :
Robert Sansfaçon
"directeur général des élections"

S'abonner au Devoir
Abonnez-vous au journal papier Le Devoir ou à la version Internet.
Publicité
Vous souhaitez annoncer dans Le Devoir, contactez le service de publicité.

En savoir plus
Stratégie Web et référencement par Adviso
Design Web par Egzakt
© Le Devoir 2002-2012