Négligence criminelle
Je suis tombé en bas de ma chaise quand j'ai lu que le ministre des Affaires étrangères, Lawrence Cannon, n'avait pas envisagé les implications légales d'un retour d'Omar Khadr au pays, qu'aucun des fonctionnaires n'avait planché sur le dossier. Indifférence absolue. Déjà par terre, j'ai lu jeudi que Harper n'aborderait pas le sujet avec le président Obama.
La position du gouvernement canadien dans ce dossier symbolise malheureusement une attitude générale à l'égard des droits de la personne. Un désintérêt profond, une sorte de mépris qui a mené le gouvernement à refuser de signer la déclaration des Nations unies sur les droits autochtones, le premier ministre à interdire à Michaëlle Jean de faire une visite officielle à la Cour pénale internationale.
Revenons au cas d'Omar Khadr. Il est le seul citoyen occidental prisonnier de Guantánamo qui n'a pas été rapatrié dans son pays. Le Canada s'en fout probablement parce qu'il est de toute évidence un islamiste. Parions que, s'il était un citoyen blanc de Calgary égaré dans la mouvance islamiste, il aurait été rapatrié. Il y a du racisme et de la discrimination dans ce désintérêt.
Le Canada a signé toutes les conventions internationales contre la torture et les mauvais traitements. Lawrence Cannon et Stephen Harper semblent ignorer l'existence de ces conventions. Le jeune Khadr a été torturé, soumis à des traitements humiliants et inhumains. Des vidéos existent, la preuve est irréfutable. Aucun pays digne de ce nom n'accepterait qu'un de ses citoyens soit traité ainsi. Je soupçonne Harper et Cannon de trouver tout à fait normal qu'un méchant terroriste soit ainsi humilié et torturé.
Le Canada condamne aussi l'utilisation des enfants soldats et accepte qu'ils ne soient pas traités comme des criminels, mais comme des victimes impuissantes et irresponsables. Harper refuse la notion d'enfant soldat dans le cas de Khadr. Il y a une sorte d'imbécillité idéologique dans cette attitude qui laisse bouche bée. Tant d'insensibilité et d'incompréhension renverse.
***
Durant mon séjour à la Cour pénale internationale, j'ai beaucoup travaillé sur le problème des enfants soldats. Depuis deux semaines, le premier procès de la CPI décrit la tragédie de ces enfants. Cette semaine, un d'entre eux expliquait comment il avait été kidnappé, soumis de force à un entraînement militaire et menacé de mort s'il n'obéissait pas aux ordres de tueries ou de torture. Et il a torturé, coupé des lèvres, des nez, des seins. Il avait 13 ans. On lui fournissait alcool et mari pour lui permettre de cesser d'être un enfant. Le drame des enfants soldats, c'est qu'on viole leur droit à l'enfance. L'endoctrinement, le conditionnement, la menace les transforment en faux adultes et, quand ils en sortent, s'ils en sortent, ils sont dépourvus de repères. Ni enfants, ni adultes, munis de rêves d'enfants, obsédés par des cauchemars d'adultes, ils n'ont plus aucune existence autonome. Cela est déjà un châtiment horrible.
Mais Harper ne s'intéresse pas à ces choses bassement humaines.
On me dira qu'Omar n'a pas été kidnappé. Mais oui il le fut, comme tous les enfants soldats. Omar a été kidnappé par son père dès sa naissance. Son père était un extrémiste islamiste, sa femme aussi. Jamais Omar ne fut libre de penser par lui-même. Sa famille était une madrasa, une école islamiste extrémiste qui enseignait la haine de l'infidèle. Il a appris à haïr en même temps qu'il apprenait à marcher et à manger. Puis, jusqu'à l'adolescence, jusqu'au meurtre qu'il a peut-être commis, il a été conditionné, menacé, entraîné à ne pas être un enfant, mais un adulte méchant et vindicatif, un justicier dans un monde dont il ignorait toutes les complexités.
Comme dans le cas des enfants soldats africains, son père a désigné l'ennemi. S'il ne tirait pas, il devenait un lâche ou, pire, un apostat, une sorte de traître tragique, un mécréant, comme disent les islamistes. Mais, peut-être, tellement intoxiqué, croyait-il à sa mission. L'intoxication rend irresponsable.
Omar avait 15 ans. On s'amuse avec des cerfs-volants à cet âge, on cherche le sourire des jeunes filles timides et on baisse les yeux quand le sourire vient. On joue au ballon avec des copains. Non, son père l'avait installé dans la guerre sainte.
Il existe des lois au Canada sur les jeunes contrevenants, sur la responsabilité criminelle. Omar est emprisonné sans procès depuis sept ans. Il a été torturé. Si cela s'était déroulé chez nous, les tribunaux l'auraient libéré. Mais Harper se fout complètement qu'un citoyen canadien n'ait pas droit aux mêmes garanties juridiques, à la même justice, parce que c'est un Arabe.
Dans cette histoire honteuse pour le Canada — mais nous commençons à avoir honte d'être Canadiens —, il faut se rappeler que le Canada ne respecte pas ses propres engagements internationaux, qu'il fait fi de ses propres lois, qu'il abandonne un de ses citoyens à une justice que même les Américains considèrent maintenant comme inique et surtout, surtout, que le Canada veut bien qu'un enfant soit emprisonné et torturé. Cela s'appelle de la négligence criminelle et Harper devant un tribunal serait reconnu coupable.
La position du gouvernement canadien dans ce dossier symbolise malheureusement une attitude générale à l'égard des droits de la personne. Un désintérêt profond, une sorte de mépris qui a mené le gouvernement à refuser de signer la déclaration des Nations unies sur les droits autochtones, le premier ministre à interdire à Michaëlle Jean de faire une visite officielle à la Cour pénale internationale.
Revenons au cas d'Omar Khadr. Il est le seul citoyen occidental prisonnier de Guantánamo qui n'a pas été rapatrié dans son pays. Le Canada s'en fout probablement parce qu'il est de toute évidence un islamiste. Parions que, s'il était un citoyen blanc de Calgary égaré dans la mouvance islamiste, il aurait été rapatrié. Il y a du racisme et de la discrimination dans ce désintérêt.
Le Canada a signé toutes les conventions internationales contre la torture et les mauvais traitements. Lawrence Cannon et Stephen Harper semblent ignorer l'existence de ces conventions. Le jeune Khadr a été torturé, soumis à des traitements humiliants et inhumains. Des vidéos existent, la preuve est irréfutable. Aucun pays digne de ce nom n'accepterait qu'un de ses citoyens soit traité ainsi. Je soupçonne Harper et Cannon de trouver tout à fait normal qu'un méchant terroriste soit ainsi humilié et torturé.
Le Canada condamne aussi l'utilisation des enfants soldats et accepte qu'ils ne soient pas traités comme des criminels, mais comme des victimes impuissantes et irresponsables. Harper refuse la notion d'enfant soldat dans le cas de Khadr. Il y a une sorte d'imbécillité idéologique dans cette attitude qui laisse bouche bée. Tant d'insensibilité et d'incompréhension renverse.
***
Durant mon séjour à la Cour pénale internationale, j'ai beaucoup travaillé sur le problème des enfants soldats. Depuis deux semaines, le premier procès de la CPI décrit la tragédie de ces enfants. Cette semaine, un d'entre eux expliquait comment il avait été kidnappé, soumis de force à un entraînement militaire et menacé de mort s'il n'obéissait pas aux ordres de tueries ou de torture. Et il a torturé, coupé des lèvres, des nez, des seins. Il avait 13 ans. On lui fournissait alcool et mari pour lui permettre de cesser d'être un enfant. Le drame des enfants soldats, c'est qu'on viole leur droit à l'enfance. L'endoctrinement, le conditionnement, la menace les transforment en faux adultes et, quand ils en sortent, s'ils en sortent, ils sont dépourvus de repères. Ni enfants, ni adultes, munis de rêves d'enfants, obsédés par des cauchemars d'adultes, ils n'ont plus aucune existence autonome. Cela est déjà un châtiment horrible.
Mais Harper ne s'intéresse pas à ces choses bassement humaines.
On me dira qu'Omar n'a pas été kidnappé. Mais oui il le fut, comme tous les enfants soldats. Omar a été kidnappé par son père dès sa naissance. Son père était un extrémiste islamiste, sa femme aussi. Jamais Omar ne fut libre de penser par lui-même. Sa famille était une madrasa, une école islamiste extrémiste qui enseignait la haine de l'infidèle. Il a appris à haïr en même temps qu'il apprenait à marcher et à manger. Puis, jusqu'à l'adolescence, jusqu'au meurtre qu'il a peut-être commis, il a été conditionné, menacé, entraîné à ne pas être un enfant, mais un adulte méchant et vindicatif, un justicier dans un monde dont il ignorait toutes les complexités.
Comme dans le cas des enfants soldats africains, son père a désigné l'ennemi. S'il ne tirait pas, il devenait un lâche ou, pire, un apostat, une sorte de traître tragique, un mécréant, comme disent les islamistes. Mais, peut-être, tellement intoxiqué, croyait-il à sa mission. L'intoxication rend irresponsable.
Omar avait 15 ans. On s'amuse avec des cerfs-volants à cet âge, on cherche le sourire des jeunes filles timides et on baisse les yeux quand le sourire vient. On joue au ballon avec des copains. Non, son père l'avait installé dans la guerre sainte.
Il existe des lois au Canada sur les jeunes contrevenants, sur la responsabilité criminelle. Omar est emprisonné sans procès depuis sept ans. Il a été torturé. Si cela s'était déroulé chez nous, les tribunaux l'auraient libéré. Mais Harper se fout complètement qu'un citoyen canadien n'ait pas droit aux mêmes garanties juridiques, à la même justice, parce que c'est un Arabe.
Dans cette histoire honteuse pour le Canada — mais nous commençons à avoir honte d'être Canadiens —, il faut se rappeler que le Canada ne respecte pas ses propres engagements internationaux, qu'il fait fi de ses propres lois, qu'il abandonne un de ses citoyens à une justice que même les Américains considèrent maintenant comme inique et surtout, surtout, que le Canada veut bien qu'un enfant soit emprisonné et torturé. Cela s'appelle de la négligence criminelle et Harper devant un tribunal serait reconnu coupable.
|
Édition abonné
La version longue de certains articles (environ 1 article sur 5) est réservée aux abonnés du Devoir. Ils sont signalés par le symbole suivant :
|
Envoyer Fermer
Haut de la page

