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Le retour de la bête - L'hydre populiste

Grèves sauvages au Royaume-Uni, échauffourées entre forces de l'ordre et salariés en Espagne, attentat contre un commissariat en Grèce, manifestations anti-immigrés en Italie, heurts violents entre policiers et civils en Lituanie, on arrête là et on retient que le populisme a le vent en poupe. Le populisme politique et son jumeau sociologique: la xénophobie.
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  • Yves Côté - Abonné
    9 février 2009 05 h 26
    Deux surprises
    A la lecture de ce texte, deux surprises me prennent d'assaut.
    La première est de constater l'absence de propos sur les lourdes et nombreuses ruptures sarkoziennes en matière de tolérance en France en raison de sa quête électorale réussie des voies et des opinions d'extrême-droites. Il n'y a pas que du côté de ce que certains se plaisent à présenter comme les condamnables "Anglais" que le populisme est de retour...
    Pas plus que du seul côté de l'Europe d'ailleurs.
    La deuxième, est le raccourci lexical opéré entre l'expression "le retour de la bête" et le populisme. A ce que je sache, la "bête" en question n'a jamais été le populisme en général, bien qu'y participant. La bête a toujours été le seul racisme qui, trop souvent, suit et découle d'un certain populisme. Le mot "seul" ne portant ici en rien, bien sûr, la signification de "seulement", mais bien au contraire mettant de l'avant que le racisme suffit par lui-même entièrement à sa condamnation totale... sans extension de signification vers des formes de populisme plus anodines et moins signifiantes en terme de haine.
    Tout racisme repose sur la haine de l'autre et de soi-même (d'abord), rappelons-le, ce qui n'est pas nécessairement la cas pour toutes formes de populisme, bien qu'il faille nécessairement les combattre aussi.
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  • Serge Charbonneau - Abonné
    9 février 2009 07 h 15
    Populisme et clarté
    Popullisme.

    Avant tout, lorsqu'on discute de quelque chose, on doit s'entendre sur les termes que l'on emploie.
    Il y a des mots qui sont des mots clefs dans un débat ou une discussion et de s'attarder à leur définition devient primordial.

    Populisme.
    Qu'entend-on par populisme?
    Que ressent-on lorsque l'on fait référence au «populisme»?

    Ressentir, voilà un élément important dans la signification du mot.
    Il y a des mots qui, selon les modes et selon qui l'utilise pour discourir, nous font sentir l'errance, le mal, le mauvais chemin.
    Et hop! Souvent on perd de vue le sens littéral et nuancé du terme pour ne retenir que le sens "moral".

    Populisme, selon moi, fait partie de ces termes dont la définition évoque un sentiment forgé peu à peu et qui maintenant atteint son but lorsque l'on l'utilise, c'est-à-dire, nous faire ressentir.
    En employant ce terme, où sa valeur morale domine son sens, on atteint le but, c'est-à-dire d'aligner clairement la direction que prendra notre jugement.


    Populisme:
    Attitude politique consistant à satisfaire les revendications immédiates du peuple.

    C'est "un peu" neutre comme définition. Par contre, le «immédiate», nous entraîne immanquablement vers le manque de vision à long terme, donc vers la nocivité de la chose.
    On peut extrapoler en disant que les gouvernements populistes ne font que répondre aux besoins «immédiat» de leurs concitoyens sans penser aux conséquences pour le futur.

    Le populisme ou le populaire?
    Les nombreux gouvernements populaires d'Amérique latine sont classés "populistes".
    Depuis dix ans on dit que Chávez, le populiste, mène son pays à la ruine. Chávez maintient sa popularité et son pays s'en sort aussi bien (et même beaucoup mieux) que la plupart des pays, où les gens sérieux (sic), ceux qui se foutent de leurs électeurs en dehors des périodes électorales, gouvernent.
    Les ÉU, là où le sérieux (sic) est loin d'être populiste, sont confrontés à une crise économique sans précédent que lui-même a participé à mettre en place.
    Tous les riches pays prônant le néolibéralisme, sont en crise. On sauve les banques, on sauve GM (une des plus grandes compagnies de tous les temps ayant un chiffre d'affaires supérieur au PIB de bien des pays), on sauve les assurances, on sauve les ogres économiques à l'insatiable appétit. La population, qui a été suffisamment responsable (sic) pour ne pas élire un "populiste" se fait royalement fourrer.

    Wikipedia et le populisme.
    Si vous allez à la définition "politique" du populisme sur Wikipedia,
    ( http://fr.wikipedia.org/wiki/Populisme_(politique) )
    Vous constatez que l'auteur (ou le groupe d'auteurs) pousse le sens péjoratif du terme.
    On y dit que le populisme critique les élites et prône le recours au peuple. Les populistes sont charismatiques (on sous-entend que c'est leur unique "qualité"). On dit que le populisme «SUPPOSE» l'existence d'une démocratie représentative qu'il critique paradoxalement.
    S'en suit une démonstration pour bien maintenir le sens du mal du populisme.
    (L'article est tout habillé du plus grand sérieux. Vous savez, si c'est écrit dans Wikipedia... alors!)

    Par contre, une seconde définition, dont les auteurs n'ont pas dérivé dans le sens moral du mot, dit simplement que le populisme est:
    « une position politique qui prend le parti du peuple contre les élites, le populisme (politique)
    http://fr.wikipedia.org/wiki/Populisme

    On dit que le populisme peut être vu comme une opposition de cette notion du misérabilisme qu'a mis en lumière Passeron. (Notion consistant à avoir une vision péjorative de la pauvreté. À la limite, le pauvre est pauvre par sa faute).

    Le dictionnaire "La toupie" nous dit:
    « Historiquement, le populisme est un mouvement politique russe de la fin du XIXe siècle qui luttait contre le tsarisme en s'appuyant sur le peuple et en prônant la transformation des communautés agraires traditionnelles.
    En politique, le populisme désigne l'idéologie ou l'attitude de certains mouvements politiques qui se réfèrent au peuple pour l'opposer à l'élite des gouvernants, au grand capital, aux privilégiés ou à toute minorité ayant "accaparé" le pouvoir... accusés de trahir égoïstement les intérêts du plus grand nombre.»
    ( http://www.toupie.org/Dictionnaire/Populisme.htm )
    Déjà la définition devient alors plus nuancée.
    Par contre, on dit aussi que les populistes ont tendance à mettre de côté la démocratie "participative" pour la remplacer par l'autoritarisme.

    Il faut alors rester les yeux bien ouverts sur la réalité des gouvernements. Autoritarisme ou démocratie ?

    Alexandre Dorna se penche sur le populisme dans le Monde diplomatique:
    « Faut-il avoir peur du populisme ? »
    http://www.monde-diplomatique.fr/2003/11/DORNA/106
    Il dit:
    « Le populisme est généralement traité sous forme stéréotypée, comme un non-sens ou une sorte de « fait divers » pittoresque. »

    Ici, nous entrons sérieusement dans le sujet. Il serait trop long de résumer le tout, je vous laisse lire.

    Ignacio Ramonet, lui se penche sur le
    « Populisme français »
    http://www.monde-diplomatique.fr/2007/06/RAMONET/1

    Ramonet:
    « L'ère du gaullisme s'achève, remplacée par celle du sarkozysme, soit un populisme français qui - en les captivant par une illusion de mouvement et d'ouverture qualifiés de « modernes », voire de « progressistes » - se propose de rassembler en son sein toutes les droites, des lepénistes aux sociaux-libéraux, sans oublier les centristes. Et dont les sources d'inspiration principales sont : le modèle républicain néoconservateur aux États-Unis, M. Silvio Berlusconi en Italie et M. José María Aznar en Espagne. Trois expériences, soit dit en passant, désavouées récemment par les électeurs de ces pays. »

    Alors, il est important de savoir où nous mène M. Truffaut qui utilise le «populisme» pour nous entraîner vers un jugement catégorique et sans appel.

    Truffaut:
    « le populisme a le vent en poupe. Le populisme politique et son jumeau sociologique: la xénophobie. .

    Et hop, rien de moins, la «xénophobie»!
    Donc, en plus de nous faire condamner les mouvements populaires, M. Truffaut nous peaufine le sens «moral» du terme «stratégique» d'aiguillage de l'opinion, c'est-à-dire le terme «populisme».

    Sans explication trop profonde, on nous fait condamner la xénophobie des Britanniques qui mettent sur le dos des travailleurs étrangers le recul de leurs conditions de travail.
    Tout a été provoqué par l'organisme missionnaire Total. Peu de responsabilités lui sont accordées dans ce conflit. C'est plutôt l'extrême droite qui en profite.

    L'article me perd un peu par son fouillis. Il semble que les syndicats supportent l'extrême droite, que Brown a cédé au populisme et que la conséquence est que la calamité du protectionnisme est apparue. Oh ! Malédiction! Le protectionnisme !

    Comment Total ou tous ces organismes missionnaires du néolibéralisme vont-ils passer à travers «la crise» ?

    Le protectionnisme !
    On a beau avoir sous le nez les fâcheuses conséquences du manque de protectionnisme dans bien des pays, on nous oblige encore à adorer ces frontières ouvertes à l'exploitation et à la ruine des régions et de leur population.

    L'article nous égare totalement. Des travailleurs de Total, aux banques, en passant par la xénophobie et le populisme, on termine en se demandant si c'est vraiment terminé. Tout ce qui nous reste, c'est une vague saveur qui consiste à dire que le protectionnisme sévit une fois de plus et qu'il faut le combattre de toutes nos forces si nous ne voulons pas finir xénophobes !

    C'est clair ! Non ?


    Serge Charbonneau
    Québec
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  • Roland Berger - Abonné
    9 février 2009 10 h 39
    Merci à Serge Charbonneau
    Merci à Serge Charbonneau d'avoir alerté les lecteurs. Le glissement de sens que fait faire Serge Truffaut au mot populisme pour l'associer à la xénophobie est en effet pervers. La montée d'une révolte populaire peut certes engendrer une certaine xénophobie. Mais il ne faut pas oublier que le capital est le premier et le seul vrai responsable de l'émergence du populisme. Il est aussi le seul à en tirer profit. Les travailleurs se déchirent entre eux et les néolilbéraux s'échangent des sourires à Munich.
    Roland Berger
    St-Thomas, Ontario
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