Revue de presse - Choisir son camp
La situation au Moyen-Orient continue à faire couler beaucoup d'encre. Pour James Travers, du Toronto Star, la misère actuelle à Gaza est le dernier maillon d'une longue chaîne faite de violence et de désespoir. Israël se bat à nouveau au-delà de ses frontières, dit-il, cette fois pour arrêter des roquettes, occasionnellement meurtrières, dont les tirs sont une résistance symbolique au contrôle d'Israël mais aussi à son existence. «Le résultat, comme toujours, est une perte disproportionnée de vies civiles et un conflit rendu encore plus difficile à résoudre, chaque nouvelle horreur nourrissant une nouvelle haine.» Travers déplore que le Canada, qui tentait autrefois de nourrir l'espoir, ait abandonné une politique plus équilibrée. Il croit que le Canada a raison d'appuyer le droit d'Israël de se défendre, mais il a tort de ne pas protester lorsque «l'autodéfense sert des buts cachés ou devient excessive», ce qui est actuellement le cas, selon lui. Le Canada doit exiger des comptes des deux camps, pas d'un seul. «Ne pas choisir son camp ne veut pas dire ne pas prendre position. Un soutien non équivoque aux Israéliens et à leur sécurité n'exige pas d'être équivoque par rapport aux droits de la personne et aux libertés politiques des Palestiniens.»
L'équipe éditoriale du Star, de son côté, applaudit à l'opposition du Canada, lundi, à la résolution du Conseil des droits de la personne des Nations unies condamnant Israël, car cette dernière passait sous silence les actions du Hamas. La prise de position canadienne aurait toutefois eu plus de poids, dit le quotidien, si le gouvernement Harper n'était pas perçu comme idéologiquement campé lorsqu'il est question du Moyen-Orient. Le Telegram, de St. John's, estime que le gouvernement Harper n'avait pas tort de juger la résolution biaisée, mais il se demande s'il aurait fait preuve d'autant de fermeté si un autre pays qu'Israël avait été en cause. «Probablement pas. Et nous pourrions nous retrouver, avec les États-Unis, dans ce petit groupe prêt, en toutes circonstances, à défendre les actions d'Israël.» Le Telegram souligne que d'autres pays et organisations internationales n'ont pas craint de critiquer la réponse israélienne. «Tuer des centaines d'enfants pour décourager des tirs de roquettes est indéfendable à tout point de vue.»
Autre son de cloche
Lorne Gunter, du National Post, approuve sans partage la position du gouvernement Harper et considère que ce mythe de «l'honnête médiateur» canadien n'a servi par le passé qu'à défendre une chose et son contraire. Comme soutenir à la fois Israël et des groupes faisant la promotion du terrorisme, dit-il. La résolution contre Israël reflétait le biais habituel des Nations unies, dit Gunter, et la laisser passer encourage seulement les extrémistes.
Le Globe and Mail déplore aussi le biais de cette résolution et considère que le Canada a fait preuve de courage en étant le seul des 47 membres du conseil à s'y opposer. Le conseil aurait mieux accompli son rôle en demandant à toutes les parties de cesser d'attaquer des civils, mais il a préféré miner son mandat en choisissant de défendre les droits d'un seul groupe. Le Canada avait raison de s'y opposer, dit le Globe.
Et ceux qui croient que l'arrivée de Barack Obama à la présidence américaine isolera le Canada sur cette question se trompent, souligne Lorrie Goldstein dans le Toronto Sun. Il en veut pour preuve les commentaires de Hillary Clinton lors de sa comparution au Sénat américain en vue de la confirmation de sa nomination au poste de secrétaire d'État. Pas question, sous Obama, de négocier avec le Hamas tant que celui-ci ne renoncera pas à la violence, ne reconnaîtra pas Israël et n'acceptera pas de respecter les accords déjà conclus, a-t-elle dit. «Harper aurait pu dire cela et l'a fait de façon répétée», dit Goldstein, mais on l'a accusé chaque fois d'être un clone de George W. Bush. Goldstein convient que la politique étrangère d'Obama sera différente à bien des égards, mais ce dernier croit aussi au droit de son pays de se défendre — comme Israël — et de prendre une action militaire unilatérale pour éliminer une menace imminente à sa sécurité.
Changement de sujet
La publication du rapport d'experts demandé par le ministre fédéral des Finances, Jim Flaherty, au sujet d'une commission canadienne des valeurs mobilières, a permis de constater le peu d'alliés du Québec sur cette question. Du Edmonton Journal au Toronto Star, on l'espère. Parce que le Canada est le seul pays du G7 à ne pas avoir de système unique, parce que cela entraîne des coûts et des tracas inutiles pour les investisseurs et les entreprises, parce que la crise financière actuelle illustre la nécessité d'agir. Le Vancouver Sun soutient que les provinces qui résistent — le Québec, l'Alberta et le Manitoba — font preuve d'un esprit de clocher, un point de vue repris par Dan Lett, du Winnipeg Free Press, et Jeffrey Simpson, du Globe and Mail. Ce dernier, comme l'équipe éditoriale du Globe et du Saskatoon Star-Phoenix, suggère au gouvernement Harper d'aller de l'avant tout en permettant aux provinces récalcitrantes de maintenir leurs systèmes distincts. On verra «combien de temps ils se complairont dans leur splendide isolement», dit Simpson.
***
mcornellier@ledevoir.com
L'équipe éditoriale du Star, de son côté, applaudit à l'opposition du Canada, lundi, à la résolution du Conseil des droits de la personne des Nations unies condamnant Israël, car cette dernière passait sous silence les actions du Hamas. La prise de position canadienne aurait toutefois eu plus de poids, dit le quotidien, si le gouvernement Harper n'était pas perçu comme idéologiquement campé lorsqu'il est question du Moyen-Orient. Le Telegram, de St. John's, estime que le gouvernement Harper n'avait pas tort de juger la résolution biaisée, mais il se demande s'il aurait fait preuve d'autant de fermeté si un autre pays qu'Israël avait été en cause. «Probablement pas. Et nous pourrions nous retrouver, avec les États-Unis, dans ce petit groupe prêt, en toutes circonstances, à défendre les actions d'Israël.» Le Telegram souligne que d'autres pays et organisations internationales n'ont pas craint de critiquer la réponse israélienne. «Tuer des centaines d'enfants pour décourager des tirs de roquettes est indéfendable à tout point de vue.»
Autre son de cloche
Lorne Gunter, du National Post, approuve sans partage la position du gouvernement Harper et considère que ce mythe de «l'honnête médiateur» canadien n'a servi par le passé qu'à défendre une chose et son contraire. Comme soutenir à la fois Israël et des groupes faisant la promotion du terrorisme, dit-il. La résolution contre Israël reflétait le biais habituel des Nations unies, dit Gunter, et la laisser passer encourage seulement les extrémistes.
Le Globe and Mail déplore aussi le biais de cette résolution et considère que le Canada a fait preuve de courage en étant le seul des 47 membres du conseil à s'y opposer. Le conseil aurait mieux accompli son rôle en demandant à toutes les parties de cesser d'attaquer des civils, mais il a préféré miner son mandat en choisissant de défendre les droits d'un seul groupe. Le Canada avait raison de s'y opposer, dit le Globe.
Et ceux qui croient que l'arrivée de Barack Obama à la présidence américaine isolera le Canada sur cette question se trompent, souligne Lorrie Goldstein dans le Toronto Sun. Il en veut pour preuve les commentaires de Hillary Clinton lors de sa comparution au Sénat américain en vue de la confirmation de sa nomination au poste de secrétaire d'État. Pas question, sous Obama, de négocier avec le Hamas tant que celui-ci ne renoncera pas à la violence, ne reconnaîtra pas Israël et n'acceptera pas de respecter les accords déjà conclus, a-t-elle dit. «Harper aurait pu dire cela et l'a fait de façon répétée», dit Goldstein, mais on l'a accusé chaque fois d'être un clone de George W. Bush. Goldstein convient que la politique étrangère d'Obama sera différente à bien des égards, mais ce dernier croit aussi au droit de son pays de se défendre — comme Israël — et de prendre une action militaire unilatérale pour éliminer une menace imminente à sa sécurité.
Changement de sujet
La publication du rapport d'experts demandé par le ministre fédéral des Finances, Jim Flaherty, au sujet d'une commission canadienne des valeurs mobilières, a permis de constater le peu d'alliés du Québec sur cette question. Du Edmonton Journal au Toronto Star, on l'espère. Parce que le Canada est le seul pays du G7 à ne pas avoir de système unique, parce que cela entraîne des coûts et des tracas inutiles pour les investisseurs et les entreprises, parce que la crise financière actuelle illustre la nécessité d'agir. Le Vancouver Sun soutient que les provinces qui résistent — le Québec, l'Alberta et le Manitoba — font preuve d'un esprit de clocher, un point de vue repris par Dan Lett, du Winnipeg Free Press, et Jeffrey Simpson, du Globe and Mail. Ce dernier, comme l'équipe éditoriale du Globe et du Saskatoon Star-Phoenix, suggère au gouvernement Harper d'aller de l'avant tout en permettant aux provinces récalcitrantes de maintenir leurs systèmes distincts. On verra «combien de temps ils se complairont dans leur splendide isolement», dit Simpson.
***
mcornellier@ledevoir.com
|
Édition abonné
La version longue de certains articles (environ 1 article sur 5) est réservée aux abonnés du Devoir. Ils sont signalés par le symbole suivant :
|
Envoyer Fermer
Haut de la page

