Un cessez-le-feu... sous les bombes et les roquettes
Israël et le Hamas défient la communauté internationale et violent la trêve promise de trois heures
Photo : Agence Reuters
De nombreuses manifestations ont encore eu lieu hier un peu partout à travers le monde pour dénoncer les attaques menées par Israël dans la bande de Gaza. Ici, une Malaisienne défend la cause palestinienne devant l’ambassade américaine à Kuala L
Israël et le Hamas sont restés sourds aux appels des Nations unies: Gaza était encore à feu et à sang hier alors que les roquettes fusaient toujours au dessus du territoire israélien. Le lendemain de la résolution du Conseil de sécurité de l'ONU demandant «un cessez-le-feu immédiat», les espoirs de paix semblaient même accuser un recul important puisque la trêve humanitaire de trois heures promise a été trahie, selon les organisations humanitaires. Les blindés et les avions ont poursuivi leur pilonnage des positions du Hamas. Intraitable, le premier ministre israélien a jugé «impossible à mettre en oeuvre» la résolution 1860 de l'ONU. De son côté, le Hamas a affirmé qu'il ne s'estimait pas «concerné» par la résolution.
Une centaine de cibles palestiniennes ont été touchées en 24 heures dans la bande de Gaza, selon des sources israéliennes. Malgré les recommandations internationales, les combattants palestiniens ont encore tiré une trentaine de roquettes sur le sud d'Israël, selon l'armée.
Le premier ministre israélien sortant, Ehoud Olmert, a refusé «qu'une influence extérieure décide de son droit à défendre ses citoyens». Il a indiqué par voie de communiqué «qu'à cette fin, l'armée continuera d'agir pour atteindre les objectifs de son opération, c'est-a-dire changer la situation en matière de sécurité dans le sud d'Israël».
D'autre part, les négociations entamées au Caire dans l'espoir d'une trêve sont dans une impasse, selon des sources diplomatiques. La sécurisation de la frontière entre l'Égypte et la bande de Gaza ferait piétiner les pourparlers, Le Caire étant hostile à la présence de forces étrangères sur son territoire.
La violence s'intensifie
Les colonnes de fumée projetaient leur ombre menaçante sur Gaza, hier. L'armée de l'air israélienne a déclaré avoir mené 70 frappes dans la journée. Depuis le début de ce nouveau chapitre des hostilités, l'offensive israélienne a coûté la vie à au moins 800 Palestiniens, dont 230 enfants, 92 femmes et des dizaines d'autres civils, et a fait plus de 3000 blessés, selon un bilan dressé par des sources médicales à Gaza. Selon des témoins, l'armée a arrêté au moins 300 Palestiniens dans le nord de la bande de Gaza.
Hier, des roquettes de types Grad se sont abattues sur la ville de Beersheba, à une quarantaine de kilomètres du territoire palestinien, ainsi que dans la région d'Ashdod. Trois civils et 10 soldats israéliens ont été tués, et 154 blessés. La branche armée du Hamas a affirmé avoir tué hier huit soldats dans une embuscade dans le nord du territoire.
La crise humanitaire
La situation humanitaire se détériore de jour en jour. Les rares organisations s'activant encore dans la bande de Gaza accusent l'armée israélienne des pires violations des droits humains. L'électricité fait défaut à 1 million de personnes, et l'eau, à 750 000. Les hôpitaux craignent une pénurie d'essence qui ferait s'arrêter leurs précieuses génératrices. L'agence d'aide aux réfugiés palestiniens de l'ONU (UNRWA) a cessé l'essentiel de ses opérations à Gaza pour un deuxième jour consécutif. Un de ses convois avait été touché par des obus israéliens, tuant du coup le chauffeur palestinien et ce, pendant une période de cessez-le-feu. Cela prive 750 000 personnes de nourriture. Le comité international de la Croix-Rouge (CICR) a également réduit ses activités après qu'un de ses véhicules a essuyé des tirs. Médecins sans frontières (MSF) indique «n'avoir jamais vu autant de morts en si peu de temps». Isabelle Merny, en mission à Jérusalem, a été directe: «L'espace humanitaire n'est pas respecté. L'UNRWA comme le CICR ont été clairement ciblés par l'armée israélienne. Or, on n'est pas dans une brousse confrontée à des groupes rebelles, mais bien devant un État qui siège à l'ONU.» Le CICR, habituellement réservé, a accusé Tsahal d'avoir nuit à ses médecins qui voulaient accéder à des blessés, dont quatre enfants palestiniens en bas âge qui sont restés coincés dans leur maison à côté des cadavres de leur mère respective. Les soldats israéliens auraient aussi refusé de secourir 15 survivants d'une attaque.
Selon des témoins cités par l'ONU, 110 Palestiniens que des soldats avaient rassemblés le 5 janvier dans une maison du quartier de Zeitoun à Gaza ont été victimes d'une offensive armée qui a tué une trentaine d'entre eux. L'office de l'ONU pour la coordination humanitaire a qualifié cet événement «d'un des plus graves incidents» depuis le 27 décembre. Devant ces développements, le Haut commissaire des Nations unies pour les droits de l'homme, Navi Pillay, a réclamé des enquêtes «crédibles, indépendantes», sur des violations des droits humains dans la bande de Gaza. Il croit que certaines frappes pourraient constituer des crimes de guerre et réclame le déploiement d'observateurs des droits de l'homme pour recenser ces violations et leurs auteurs.
Une position américaine en rupture
Par ailleurs, la rupture entre la politique étrangère du président élu Barack Obama et de l'administration Bush semble se confirmer. Le nouveau gouvernement américain songerait à abandonner la doctrine du président Bush, qui isole le Hamas, et à établir un dialogue avec l'organisation islamiste, ont révélé trois sources proches de l'équipe de transition du président élu au quotidien britannique The Guardian, citées dans un article publié hier. Le Hamas figure sur la liste officielle des organisations considérées terroristes par les États-Unis. Par contre, le canal de communication évoqué serait probablement clandestin, les sources doutant que l'administration entame un effort diplomatique direct et public.
Richard Haas, un diplomate ayant servi sous les administrations Bush père et fils qui a été nommé par plusieurs média comme étant le choix d'Obama en tant qu'envoyé au Moyen-Orient, appuie les contacts faibles entre le Hamas et les États-Unis, en autant qu'un cessez-le-feu soit mis en place et qu'une réconciliation entre le Fatah et le Hamas émerge, écrivait-il dans Foreign Affairs cette semaine. L'article aurait été rédigé avant la reprise des hostilités en décembre.
À Washington, la Secrétaire d'État américaine, Condoleezza Rice, sa réitéré son soutien à Israël. Elle a jugé qu'il était «difficile» pour Israël d'épargner des civils dans une zone de forte densité dans laquelle, selon elle, le Hamas utilise les citoyens comme boucliers humains.
Adoptée à 15 voies contre 14, la résolution 1860 de l'ONU a essuyé l'abstention des États-Unis. Le ministre de l'Intérieur israélien, Meïr Sheetrit, a ouvertement critiqué Washington de ne pas avoir opposé son veto. «Nous n'avons besoin de l'accord de personne pour défendre les habitants du sud d'Israël. Sur ce sujet, ce que disent les Américains et l'Europe ne m'intéresse pas. Personne n'a de leçon de morale à nous donner», a-t-il déclaré. Il a ajouté «qu'il faut faire en sorte que le Hamas n'ait plus envie de nous tirer dessus. Si cela ne se produit pas, nous frapperons plus fort, jusqu'à ce qu'ils comprennent. Cela arrivera, c'est une question de temps et de patience, car l'armée a un plan d'action très clair».
Le Canada prudent
En marge d'une conférence de presse sur l'économie, le premier ministre, Stephen Harper, s'est exprimé pour la première fois sur le sujet depuis le début de la récente crise au Proche-Orient: «Notre gouvernement est déjà clair, a répondu le premier ministre, hier, à Montréal. Nous voulons un cessez-le-feu efficace et durable dans ce conflit. Nous le demandons aux deux parties de ce conflit», a-t-il déclaré, ne dérogeant pas de la position annoncée plus tôt cette semaine par son ministre des Affaires étrangères, Lawrence Cannon, qui avait appelé à la trêve, tout en soutenant qu'Israël avait le droit de se défendre contre les tirs de roquettes du Hamas. Tout comme l'administration américaine, le gouvernement conservateur considère toujours le Hamas, élu dans la bande de Gaza, comme une organisation terroriste.
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avec l'Agence France Presse, The Guardian et Reuters
Une centaine de cibles palestiniennes ont été touchées en 24 heures dans la bande de Gaza, selon des sources israéliennes. Malgré les recommandations internationales, les combattants palestiniens ont encore tiré une trentaine de roquettes sur le sud d'Israël, selon l'armée.
Le premier ministre israélien sortant, Ehoud Olmert, a refusé «qu'une influence extérieure décide de son droit à défendre ses citoyens». Il a indiqué par voie de communiqué «qu'à cette fin, l'armée continuera d'agir pour atteindre les objectifs de son opération, c'est-a-dire changer la situation en matière de sécurité dans le sud d'Israël».
D'autre part, les négociations entamées au Caire dans l'espoir d'une trêve sont dans une impasse, selon des sources diplomatiques. La sécurisation de la frontière entre l'Égypte et la bande de Gaza ferait piétiner les pourparlers, Le Caire étant hostile à la présence de forces étrangères sur son territoire.
La violence s'intensifie
Les colonnes de fumée projetaient leur ombre menaçante sur Gaza, hier. L'armée de l'air israélienne a déclaré avoir mené 70 frappes dans la journée. Depuis le début de ce nouveau chapitre des hostilités, l'offensive israélienne a coûté la vie à au moins 800 Palestiniens, dont 230 enfants, 92 femmes et des dizaines d'autres civils, et a fait plus de 3000 blessés, selon un bilan dressé par des sources médicales à Gaza. Selon des témoins, l'armée a arrêté au moins 300 Palestiniens dans le nord de la bande de Gaza.
Hier, des roquettes de types Grad se sont abattues sur la ville de Beersheba, à une quarantaine de kilomètres du territoire palestinien, ainsi que dans la région d'Ashdod. Trois civils et 10 soldats israéliens ont été tués, et 154 blessés. La branche armée du Hamas a affirmé avoir tué hier huit soldats dans une embuscade dans le nord du territoire.
La crise humanitaire
La situation humanitaire se détériore de jour en jour. Les rares organisations s'activant encore dans la bande de Gaza accusent l'armée israélienne des pires violations des droits humains. L'électricité fait défaut à 1 million de personnes, et l'eau, à 750 000. Les hôpitaux craignent une pénurie d'essence qui ferait s'arrêter leurs précieuses génératrices. L'agence d'aide aux réfugiés palestiniens de l'ONU (UNRWA) a cessé l'essentiel de ses opérations à Gaza pour un deuxième jour consécutif. Un de ses convois avait été touché par des obus israéliens, tuant du coup le chauffeur palestinien et ce, pendant une période de cessez-le-feu. Cela prive 750 000 personnes de nourriture. Le comité international de la Croix-Rouge (CICR) a également réduit ses activités après qu'un de ses véhicules a essuyé des tirs. Médecins sans frontières (MSF) indique «n'avoir jamais vu autant de morts en si peu de temps». Isabelle Merny, en mission à Jérusalem, a été directe: «L'espace humanitaire n'est pas respecté. L'UNRWA comme le CICR ont été clairement ciblés par l'armée israélienne. Or, on n'est pas dans une brousse confrontée à des groupes rebelles, mais bien devant un État qui siège à l'ONU.» Le CICR, habituellement réservé, a accusé Tsahal d'avoir nuit à ses médecins qui voulaient accéder à des blessés, dont quatre enfants palestiniens en bas âge qui sont restés coincés dans leur maison à côté des cadavres de leur mère respective. Les soldats israéliens auraient aussi refusé de secourir 15 survivants d'une attaque.
Selon des témoins cités par l'ONU, 110 Palestiniens que des soldats avaient rassemblés le 5 janvier dans une maison du quartier de Zeitoun à Gaza ont été victimes d'une offensive armée qui a tué une trentaine d'entre eux. L'office de l'ONU pour la coordination humanitaire a qualifié cet événement «d'un des plus graves incidents» depuis le 27 décembre. Devant ces développements, le Haut commissaire des Nations unies pour les droits de l'homme, Navi Pillay, a réclamé des enquêtes «crédibles, indépendantes», sur des violations des droits humains dans la bande de Gaza. Il croit que certaines frappes pourraient constituer des crimes de guerre et réclame le déploiement d'observateurs des droits de l'homme pour recenser ces violations et leurs auteurs.
Une position américaine en rupture
Par ailleurs, la rupture entre la politique étrangère du président élu Barack Obama et de l'administration Bush semble se confirmer. Le nouveau gouvernement américain songerait à abandonner la doctrine du président Bush, qui isole le Hamas, et à établir un dialogue avec l'organisation islamiste, ont révélé trois sources proches de l'équipe de transition du président élu au quotidien britannique The Guardian, citées dans un article publié hier. Le Hamas figure sur la liste officielle des organisations considérées terroristes par les États-Unis. Par contre, le canal de communication évoqué serait probablement clandestin, les sources doutant que l'administration entame un effort diplomatique direct et public.
Richard Haas, un diplomate ayant servi sous les administrations Bush père et fils qui a été nommé par plusieurs média comme étant le choix d'Obama en tant qu'envoyé au Moyen-Orient, appuie les contacts faibles entre le Hamas et les États-Unis, en autant qu'un cessez-le-feu soit mis en place et qu'une réconciliation entre le Fatah et le Hamas émerge, écrivait-il dans Foreign Affairs cette semaine. L'article aurait été rédigé avant la reprise des hostilités en décembre.
À Washington, la Secrétaire d'État américaine, Condoleezza Rice, sa réitéré son soutien à Israël. Elle a jugé qu'il était «difficile» pour Israël d'épargner des civils dans une zone de forte densité dans laquelle, selon elle, le Hamas utilise les citoyens comme boucliers humains.
Adoptée à 15 voies contre 14, la résolution 1860 de l'ONU a essuyé l'abstention des États-Unis. Le ministre de l'Intérieur israélien, Meïr Sheetrit, a ouvertement critiqué Washington de ne pas avoir opposé son veto. «Nous n'avons besoin de l'accord de personne pour défendre les habitants du sud d'Israël. Sur ce sujet, ce que disent les Américains et l'Europe ne m'intéresse pas. Personne n'a de leçon de morale à nous donner», a-t-il déclaré. Il a ajouté «qu'il faut faire en sorte que le Hamas n'ait plus envie de nous tirer dessus. Si cela ne se produit pas, nous frapperons plus fort, jusqu'à ce qu'ils comprennent. Cela arrivera, c'est une question de temps et de patience, car l'armée a un plan d'action très clair».
Le Canada prudent
En marge d'une conférence de presse sur l'économie, le premier ministre, Stephen Harper, s'est exprimé pour la première fois sur le sujet depuis le début de la récente crise au Proche-Orient: «Notre gouvernement est déjà clair, a répondu le premier ministre, hier, à Montréal. Nous voulons un cessez-le-feu efficace et durable dans ce conflit. Nous le demandons aux deux parties de ce conflit», a-t-il déclaré, ne dérogeant pas de la position annoncée plus tôt cette semaine par son ministre des Affaires étrangères, Lawrence Cannon, qui avait appelé à la trêve, tout en soutenant qu'Israël avait le droit de se défendre contre les tirs de roquettes du Hamas. Tout comme l'administration américaine, le gouvernement conservateur considère toujours le Hamas, élu dans la bande de Gaza, comme une organisation terroriste.
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avec l'Agence France Presse, The Guardian et Reuters
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