Sanglante escalade à Gaza
Israël frappe des écoles-refuges de l'ONU, faisant des dizaines de morts parmi les civils palestiniens
7 janvier 2009
Actualités internationales
Photo : Agence Reuters
Des Palestiniens transportent un homme blessé lors de l’attaque israélienne contre une école de l’ONU située dans le camp de réfugiés de Jabaliya, au nord de la bande de Gaza.
Les demandes de cessez-le-feu dans la bande de Gaza se sont faites plus pressantes hier, après que plusieurs dizaines de Palestiniens eurent été tués par des tirs israéliens dans trois écoles gérées par l'Organisation des Nations unies ou aux abords de celles-ci. Plus de trente personnes, selon un communiqué de l'ONU, et jusqu'à 43 selon les services d'urgence palestiniens, ont trouvé la mort dans le périmètre d'une de ces écoles, située dans le camp de réfugiés de Jabaliya, dans le nord de la bande de Gaza.
Les blessés se compteraient aussi par dizaines, selon ces sources. Les écoles de Gaza servent actuellement de refuge à des milliers de résidants.
L'armée israélienne a affirmé que ses soldats avaient riposté à des tirs de mortier provenant du bâtiment, tandis que des responsables de l'ONU à Gaza, soulignant que les écoles étaient clairement identifiées, ont réclamé une enquête. Cinq personnes ont aussi péri à la suite de tirs sur deux autres écoles de l'ONU, à Gaza-ville et à Khan Younes.
En ce qui concerne Jabaliya, le porte-parole du gouvernement israélien, Mark Regev, a soutenu que Tsahal avait riposté à des tirs d'obus et que les explosions qui ont suivi étaient «sans commune mesure avec l'artillerie utilisée», une allusion à la présence possible d'explosifs dans l'école. Un porte-parole de l'armée a lui aussi parlé d'obus tirés contre ses forces et a soutenu que «plusieurs activistes du Hamas» figuraient parmi les morts à Jabilyia.
John Ging, chef des opérations humanitaires de l'ONU à Gaza, a rappelé que l'agence qu'il dirige, l'UNRWA, communique régulièrement à l'armée israélienne les coordonnées GPS de ses bâtiments, dont les écoles. Selon M. Ging, le personnel de l'ONU filtre en outre les réfugiés afin d'empêcher les combattants armés de s'y infiltrer. «Tout le monde est terrorisé et traumatisé car il n'y a plus de refuge pour fuir les violences», a-t-il ajouté.
Pour la première fois, le président élu américain, Barack Obama, a exprimé hier sa «profonde inquiétude» à propos des pertes en vie humaines à Gaza et en Israël, tout en promettant de sortir de son mutisme dès son accession au pouvoir, le 20 janvier.
M. Obama a répété qu'il laissait pour le moment au président sortant, George W. Bush, le soin de conduire la politique étrangère américaine, mais il a promis qu'il ne reviendrait pas sur sa promesse de campagne de travailler «de façon efficace et cohérente à la recherche d'une solution au conflit au Moyen-Orient».
À New York, le secrétaire général de l'ONU, Ban Ki-moon, qui doit se rendre dans cette région la semaine prochaine, a qualifié de «totalement inacceptables» les attaques contre les écoles, dont les emplacements «avaient été communiqués aux autorités israéliennes».
Cette tragédie «montre que la guerre n'est pas dirigée contre le Hamas, mais contre tout le peuple palestinien», selon Fawzi Barhoum, porte-parole du mouvement islamiste Hamas, qui contrôle la bande de Gaza.
Le Conseil de sécurité de l'ONU a entamé hier une réunion au niveau ministériel pour examiner, selon les mots du chef de la diplomatie britannique, David Miliband, «les détails» d'un dispositif de «cessez-le-feu durable», qui comprendrait notamment «des mesures pour mettre fin à la contrebande d'armes» et une solution en ce qui concerne les «points de passage». La rencontre ne visait pas l'adoption d'un texte, contrairement à l'espoir exprimé par plusieurs pays arabes.
Le président français, Nicolas Sarkozy, a convaincu hier son homologue égyptien, Hosni Moubarak, d'ouvrir des négociations sur la sécurisation de la frontière égyptienne avec la bande de Gaza afin de débloquer un cessez-le-feu dans le conflit entre Israël et le Hamas. C'est la première étape d'un plan de paix présenté dans la soirée par les deux chefs d'État à l'issue de nouveaux entretiens.
Les États-Unis ont continué de réclamer un «cessez-le-feu durable» mais, signe d'une possible impatience officielle, le porte-parole du département d'État a dit souhaiter que celui-ci intervienne immédiatement.
À Montréal, les associations Solidarité pour les droits humains palestiniens et Tadamon! ont conjointement dénoncé les attaques israéliennes. Ils demandent au gouvernement canadien de condamner ce «grave crime de guerre». «Ce n'est pas la première fois que cela se produit, indique Sophie Schoen, de Tadamon!. Le fait qu'Israël attaque des endroits où il sait qu'il y a des populations civiles, cela pourrait équivaloir à des crimes guerres.» Par voie de communiqué, le collectif a aussi demandé à la population de contacter le premier ministre, Stephen Harper, et le ministre des Affaires étrangères, Lawrence Cannon, pour exiger que le Canada demande un cessez-le-feu immédiat.
Une nouvelle manifestation de solidarité avec Gaza est aussi prévue à Montréal ce samedi à 13h, au carré Dorchester.
Lors d'un point de presse impromptu hier à Montréal, le ministre fédéral de l'Immigration, Jason Kenny, qui doit se rendre en Israël demain, a surtout rejeté sur le Hamas la responsabilité de la violence à Gaza.
Crise humanitaire
Sur le plan humanitaire, le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) à Genève a parlé hier d'une crise «à grande échelle», l'offensive israélienne ayant provoqué selon le CICR une grave pénurie de denrées, de carburant et d'eau courante, ainsi que des coupures d'électricité.
Les dirigeants israéliens affirment au contraire qu'il n'y a pas de crise humanitaire et qu'ils autorisent l'acheminement de biens de première nécessité. Quoi qu'il en soit, le bureau du premier ministre Ehoud Olmert a annoncé hier l'ouverture prochaine de «corridors humanitaires» à destination des quelque 1,4 million de Palestiniens de la bande de Gaza.
Depuis le lancement de l'offensive israélienne le 27 décembre, près de 600 Palestiniens ont été tués par des bombardements aériens ou des tirs d'artillerie, dont la moitié sont des civils selon l'ONU et des sources palestiniennes.
Soutenu par son allié américain, Israël réclame un «cessez-le-feu durable», comprenant un arrêt définitif des tirs de roquettes. «Que les actes de terrorisme cessent, que cesse la contrebande d'armes du Sinaï [égyptien] vers Gaza, et les combats israéliens cesseront», a dit le premier ministre Olmert. «Notre intention n'est pas de réoccuper Gaza ou de tuer tous les terroristes», a-t-il affirmé dans une entrevue au quotidien Haaretz.
Mais hier, 11e jour de l'opération Plomb durci, 34 roquettes ont encore été tirées depuis la bande de Gaza sur le sud d'Israël, selon l'armée. L'une d'elle est pour la première fois tombée à plus de 45 km au nord-est du territoire palestinien, sur Gedera, blessant un nourrisson.
Quatre Israéliens sont morts dans ces tirs depuis le 27 décembre. Dans la bande de Gaza, six soldats israéliens ont par ailleurs été tués depuis l'offensive terrestre de samedi, dont quatre par des «tirs amis».
***
Avec la collaboration de Jean-Jacques Coulombe
Avec l'Agence France-Presse, Reuters et Associated Press
Les blessés se compteraient aussi par dizaines, selon ces sources. Les écoles de Gaza servent actuellement de refuge à des milliers de résidants.
L'armée israélienne a affirmé que ses soldats avaient riposté à des tirs de mortier provenant du bâtiment, tandis que des responsables de l'ONU à Gaza, soulignant que les écoles étaient clairement identifiées, ont réclamé une enquête. Cinq personnes ont aussi péri à la suite de tirs sur deux autres écoles de l'ONU, à Gaza-ville et à Khan Younes.
En ce qui concerne Jabaliya, le porte-parole du gouvernement israélien, Mark Regev, a soutenu que Tsahal avait riposté à des tirs d'obus et que les explosions qui ont suivi étaient «sans commune mesure avec l'artillerie utilisée», une allusion à la présence possible d'explosifs dans l'école. Un porte-parole de l'armée a lui aussi parlé d'obus tirés contre ses forces et a soutenu que «plusieurs activistes du Hamas» figuraient parmi les morts à Jabilyia.
John Ging, chef des opérations humanitaires de l'ONU à Gaza, a rappelé que l'agence qu'il dirige, l'UNRWA, communique régulièrement à l'armée israélienne les coordonnées GPS de ses bâtiments, dont les écoles. Selon M. Ging, le personnel de l'ONU filtre en outre les réfugiés afin d'empêcher les combattants armés de s'y infiltrer. «Tout le monde est terrorisé et traumatisé car il n'y a plus de refuge pour fuir les violences», a-t-il ajouté.
Pour la première fois, le président élu américain, Barack Obama, a exprimé hier sa «profonde inquiétude» à propos des pertes en vie humaines à Gaza et en Israël, tout en promettant de sortir de son mutisme dès son accession au pouvoir, le 20 janvier.
M. Obama a répété qu'il laissait pour le moment au président sortant, George W. Bush, le soin de conduire la politique étrangère américaine, mais il a promis qu'il ne reviendrait pas sur sa promesse de campagne de travailler «de façon efficace et cohérente à la recherche d'une solution au conflit au Moyen-Orient».
À New York, le secrétaire général de l'ONU, Ban Ki-moon, qui doit se rendre dans cette région la semaine prochaine, a qualifié de «totalement inacceptables» les attaques contre les écoles, dont les emplacements «avaient été communiqués aux autorités israéliennes».
Cette tragédie «montre que la guerre n'est pas dirigée contre le Hamas, mais contre tout le peuple palestinien», selon Fawzi Barhoum, porte-parole du mouvement islamiste Hamas, qui contrôle la bande de Gaza.
Le Conseil de sécurité de l'ONU a entamé hier une réunion au niveau ministériel pour examiner, selon les mots du chef de la diplomatie britannique, David Miliband, «les détails» d'un dispositif de «cessez-le-feu durable», qui comprendrait notamment «des mesures pour mettre fin à la contrebande d'armes» et une solution en ce qui concerne les «points de passage». La rencontre ne visait pas l'adoption d'un texte, contrairement à l'espoir exprimé par plusieurs pays arabes.
Le président français, Nicolas Sarkozy, a convaincu hier son homologue égyptien, Hosni Moubarak, d'ouvrir des négociations sur la sécurisation de la frontière égyptienne avec la bande de Gaza afin de débloquer un cessez-le-feu dans le conflit entre Israël et le Hamas. C'est la première étape d'un plan de paix présenté dans la soirée par les deux chefs d'État à l'issue de nouveaux entretiens.
Les États-Unis ont continué de réclamer un «cessez-le-feu durable» mais, signe d'une possible impatience officielle, le porte-parole du département d'État a dit souhaiter que celui-ci intervienne immédiatement.
À Montréal, les associations Solidarité pour les droits humains palestiniens et Tadamon! ont conjointement dénoncé les attaques israéliennes. Ils demandent au gouvernement canadien de condamner ce «grave crime de guerre». «Ce n'est pas la première fois que cela se produit, indique Sophie Schoen, de Tadamon!. Le fait qu'Israël attaque des endroits où il sait qu'il y a des populations civiles, cela pourrait équivaloir à des crimes guerres.» Par voie de communiqué, le collectif a aussi demandé à la population de contacter le premier ministre, Stephen Harper, et le ministre des Affaires étrangères, Lawrence Cannon, pour exiger que le Canada demande un cessez-le-feu immédiat.
Une nouvelle manifestation de solidarité avec Gaza est aussi prévue à Montréal ce samedi à 13h, au carré Dorchester.
Lors d'un point de presse impromptu hier à Montréal, le ministre fédéral de l'Immigration, Jason Kenny, qui doit se rendre en Israël demain, a surtout rejeté sur le Hamas la responsabilité de la violence à Gaza.
Crise humanitaire
Sur le plan humanitaire, le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) à Genève a parlé hier d'une crise «à grande échelle», l'offensive israélienne ayant provoqué selon le CICR une grave pénurie de denrées, de carburant et d'eau courante, ainsi que des coupures d'électricité.
Les dirigeants israéliens affirment au contraire qu'il n'y a pas de crise humanitaire et qu'ils autorisent l'acheminement de biens de première nécessité. Quoi qu'il en soit, le bureau du premier ministre Ehoud Olmert a annoncé hier l'ouverture prochaine de «corridors humanitaires» à destination des quelque 1,4 million de Palestiniens de la bande de Gaza.
Depuis le lancement de l'offensive israélienne le 27 décembre, près de 600 Palestiniens ont été tués par des bombardements aériens ou des tirs d'artillerie, dont la moitié sont des civils selon l'ONU et des sources palestiniennes.
Soutenu par son allié américain, Israël réclame un «cessez-le-feu durable», comprenant un arrêt définitif des tirs de roquettes. «Que les actes de terrorisme cessent, que cesse la contrebande d'armes du Sinaï [égyptien] vers Gaza, et les combats israéliens cesseront», a dit le premier ministre Olmert. «Notre intention n'est pas de réoccuper Gaza ou de tuer tous les terroristes», a-t-il affirmé dans une entrevue au quotidien Haaretz.
Mais hier, 11e jour de l'opération Plomb durci, 34 roquettes ont encore été tirées depuis la bande de Gaza sur le sud d'Israël, selon l'armée. L'une d'elle est pour la première fois tombée à plus de 45 km au nord-est du territoire palestinien, sur Gedera, blessant un nourrisson.
Quatre Israéliens sont morts dans ces tirs depuis le 27 décembre. Dans la bande de Gaza, six soldats israéliens ont par ailleurs été tués depuis l'offensive terrestre de samedi, dont quatre par des «tirs amis».
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Avec la collaboration de Jean-Jacques Coulombe
Avec l'Agence France-Presse, Reuters et Associated Press
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