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Raul Castro - Un discours révolutionnaire dans l'ombre de Fidel

3 janvier 2009  Actualités internationales
La Havane — Le comandante Fidel Castro a été le grand absent des festivités très sobres du cinquantenaire de la Révolution cubaine, mais son esprit était bien présent dans le discours très orthodoxe de son frère et successeur Raul, tant sur l'«ennemi» américain que sur l'économie.

Devant quelque 3000 invités réunis jeudi à Santiago de Cuba (sud-est), où Fidel Castro avait proclamé il y a 50 ans le «début de la révolution», Raul, 77 ans, a appelé à résister au «chant des sirènes de l'ennemi» américain «qui ne cessera jamais d'être de par sa nature agressif, dominateur, traître».

Un discours semblant aller à l'encontre des espoirs suscités par l'arrivée le 20 janvier à la Maison blanche de Barack Obama, favorable à un allègement de l'embargo américain en vigueur depuis 47 ans contre l'île communiste.

Ce discours rappelle aussi la mise en garde de Fidel Castro qui, dans une de ses «réflexions» publiées par la presse locale, avait estimé qu'Obama seul «ne pouvait changer un empire».

Le général Raul Castro a d'ailleurs abondamment cité son frère qui, après son entrée triomphale à La Havane le 8 janvier 1959, avait déclaré: «Nous ne nous abusons pas à penser que tout ce qui vient sera facile, car peut-être tout ce qui vient sera-t-il encore plus difficile».

«Pas une seule fois le mot changement a été prononcé pendant ce discours en droite ligne avec la pensée de Fidel Castro», note l'économiste dissident Oscar Espinosa Chepe, relevant que Raul Castro n'a pas réitéré sa déclaration du mois dernier disant qu'il était prêt à un dialogue d'égal à égal avec Obama.

«Cela a été un discours agressif, tourné en grande partie vers la gloire passée de la révolution et qui n'apporte aucune mesure concrète pour sortir de la crise économique» aggravée par les 10 milliards de dollars de pertes (20 % du PIB) causées par les ouragans en 2008, ajoute-t-il.

Malgré certaines mesures rompant avec le dogme de l'égalitarisme salarial, Raul Castro a, selon lui, mis un frein aux «réformes structurelles» — promises pour «libérer» une économie exsangue, contrôlée à 90 % par l'État — face aux réticences de l'aile conservatrice du Parti communiste cubain.

Pour le dissident modéré Manuel Cuesta, le discours «fidéliste» de Raul Castro montre la «crainte» du gouvernement cubain à l'égard d'»une administration américaine différente» qui pourrait décider unilatéralement d'alléger un embargo lui permettant de justifier les problèmes économiques.

Lors de la cérémonie très sobre de jeudi, à l'image des temps durs annoncés par Raul Castro, l'absence de Fidel Castro a été d'autant plus remarquée qu'il était partout présent, sur des banderoles, dans des extraits de discours et des images d'archives le montrant dans la force de sa jeunesse.

Le comandante s'est contenté de publier un laconique message de félicitations au peuple dans la presse locale. Soit il s'agit, selon un diplomate, d'une stratégie pour rester dans l'ombre et laisser à Raul assurer une transition «dans l'esprit de la révolution», soit l'état de santé de Fidel Castro, ou son élocution, ne lui permet pas d'enregistrer un message audio ou vidéo.

Fidel Castro n'a plus fait d'apparition publique depuis une hémorragie intestinale en juillet 2006 — une maladie classée secret d'État — qui l'a forcé à se retirer du pouvoir. La dernière photo du comandante date de novembre et le montre en survêtement de sport, émacié et les yeux cernés, en recevant le président chinois Hu Jintao.

La dernière vidéo, sans son, de Fidel Castro a été diffusée en juin 2008 et son dernier enregistrement sonore en octobre 2007.
 
 
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