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L'offensive à Gaza relance Éhoud Barak en vue des législatives

Le ministre israélien de la Défense a visité mercredi une école frappée par un missile palestinien.
Photo : Agence Reuters
Le ministre israélien de la Défense a visité mercredi une école frappée par un missile palestinien.
Tel Aviv — Le soir précédant le début des raids de l'aviation israélienne sur la bande de Gaza, le ministre de la Défense Éhoud Barak apparaissait sur le plateau d'une populaire émission satirique à la télévision, où il était épinglé sur son avenir politique.

Dans un sketch, une comédienne écartait toute chance pour l'ancien premier ministre travailliste de retrouver son ancien poste à l'issue des législatives anticipées du 10 février. Barak n'avait répondu que par un sourire énigmatique, que son directeur de campagne avait par la suite interprété comme signifiant: «Attendez, vous verrez».

Alors que l'offensive contre le Hamas en est à son septième jour, les sondages font état d'un net regain de popularité du Parti travailliste, qui reste cependant distancé par le Likoud de Benjamin Nétanyahou et le parti centriste Kadima de Tzipi Livni, au pouvoir.

La question qui agite les politologues israéliens est désormais la suivante: la perspective d'un bénéfice électoral à tirer d'une offensive à Gaza a-t-elle influé sur les préparatifs de l'opération par le ministre de la Défense ?

Tzipi Livni excédée

Les médias israéliens ont adopté un ton très critique au sujet du plan d'attaque en raison de la persistance des tirs de roquettes et du risque d'escalade vers un conflit terrestre dans la bande de Gaza.

Mardi, lors d'un point de presse, Barak confiait à des journalistes avoir reçu un appel du ministre français des Affaires étrangères Bernard Kouchner, qui lui suggérait une trêve de 48 heures afin de permettre des livraisons humanitaires dans le petit territoire palestinien.

Les médias israéliens ont alors laissé entendre que Tsahal souhaitait retarder une invasion de la bande de Gaza. Une série de démentis officiels avait rapidement suivi et, selon des journalistes politiques israéliens, la ministre des Affaires étrangères Tzipi Livni, chef de file de Kadima aux législatives, avait été excédée par l'indiscrétion apparente de Barak.

«La raison de tout cela n'est pas un manque de savoir-vivre, de mauvaises habitudes ou un manque de confiance, c'est le contexte de bataille électorale. Tant que le scrutin sera à l'horizon, il n'y aura pas de répit entre Barak et Livni», écrit le journaliste Nahum Barnea dans le principal journal du pays, Yedioth Ahronoth.

Le Parti travailliste israélien, héritier du parti historique Mapai, a longtemps dominé la vie politique nationale et engagé les négociations de paix des années 1990.

La vive déception de la population vis-à-vis de ce processus et un rejet du style personnel d'Éhoud Barak ont fait plonger le soutien au Parti travailliste, aujourd'hui réduit au rang de partenaire de coalition de Kadima.

Bénéfice politique incertain

Les proches de l'ancien premier ministre rejettent les accusations de récupération politique du conflit, lequel risque de se solder, comme celui du Sud-Liban à l'été 2006, par un résultat incertain et un lourd bilan en termes de vies humaines et de prestige militaire pour Israël.

Éhoud Barak et Bernard Kouchner se connaissent de longue date, plaident les proches du premier, et il était donc naturel que le chef de la diplomatie française se tourne vers lui plutôt que vers son homologue pour lui soumettre l'idée d'une trêve.

«L'homme dont nous parlons a passé six mois à travailler aux préparatifs de cette opération, je ne tolérerai donc pas ces théories politiques», a asséné le ministre des Infrastructures Binyamin Ben-Eliezer, proche de Barak et, comme lui, membre du Parti travailliste et ancien

général.

Un sondage publié jeudi par la presse israélienne prédisait 16 sièges aux travaillistes sur les 120 que compte le Parlement, contre

27 pour Kadima et 32 pour le Likoud. Un tel score ne permettrait pas à Éhoud Barak d'espérer mieux que sa situation actuelle de partenaire de coalition.

Amotz Asa-El, chercheur à l'institut Shalem de Jérusalem, a mis en doute le fait qu'il ait pu espérer tirer un succès politique de l'opération à Gaza. Contrairement au bombardement du réacteur nucléaire irakien Osirak en 1981, qui avait permis la réélection du premier ministre Menachem Begin, la campagne contre Gaza faisait l'objet de rumeurs depuis des semaines et bénéficiait du soutien de toute la classe politique, a souligné Asa-El.

«S'il y a là une dimension politique, je pense qu'elle réside plus dans ce qui me semble être l'absence de crainte de Barak de perdre des voix après l'opération, a-t-il estimé. Il a pu se dire, "qu'est-ce que j'ai à perdre ?" Ce n'est pas la même chose que "qu'est-ce que j'ai à gagner ?"»
 
 
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