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Le conflit en Irak sera le plus couvert depuis celui au Vietnam

Plus de 700 journalistes intégreront les forces américaines en cas de guerre

En attendant l’«action», la presse se contente de couvrir des activités plus routinières.
Photo : Agence Reuters
En attendant l’«action», la presse se contente de couvrir des activités plus routinières.
Camp Virginia, Koweït — La guerre qui se profile dans le Golfe est d'ores et déjà annoncée comme le conflit le plus couvert par les médias depuis celui du Vietnam dans les années 1970.

Plus de 700 journalistes (reporters, cadreurs de télévision et photographes) du monde entier sont en effet appelés à intégrer les unités des forces armées américaines en cas d'attaque contre l'Irak dans une opération sans précédent baptisée «Presse intégrée» («Media Embedding»).

Même le conflit du Vietnam, qui avait pourtant sérieusement mis à mal les relations traditionnellement délicates entre l'institution militaire et les médias, n'avait pas fait l'objet d'un tel déferlement de journalistes appelés à côtoyer les combattants, à dormir et à travailler à leurs côtés.

«Quand l'histoire de cette opération d'intégration sera écrite, je pense que ce sera un tournant dans la manière dont les militaires et les médias auront coopéré. Cela servira d'exemple pour la couverture des guerres à l'avenir», a déclaré à Reuters le lieutenant-colonel Franklin Childress, chargé de diriger les relations avec les médias au Koweït.

Le colonel Childress et les officiers qui coordonnent l'opération Media Embedding assurent que les journalistes invités à travailler au sein même des unités disposeront d'un accès sans précédent au travail des soldats, permettant ainsi au monde entier d'être spectateur de la totalité d'un conflit moderne, sans complaisance aucune.

Mais des réserves et des craintes subsistent quant au risque de manipulation des médias par les militaires, qui ont imposé 50 règles strictes sur le terrain, et beaucoup de journalistes craignent d'être contraints de diffuser une version édulcorée ou diluée des événements.

Alors que des journalistes auront accès à des informations dites «classées» (confidentielles), ils reconnaissent que des contrôles seront exercés pour assurer qu'ils ne divulguent pas d'informations «sensibles». Seules les fautes ou les erreurs permettront de voir où finit l'indépendance des médias et où commence la surveillance des militaires.

Alors que certains journalistes «intégrés» seront incorporés au sein de la marine et de l'armée de l'air, la plupart le seront dans des unités terrestres ou le corps d'élite des «marines», actuellement déployés dans des camps dans le désert du Koweït, juste au sud de la frontière irakienne.

En tenue civile et dépourvus de toute arme, ces «intégrés» seront toutefois équipés de combinaisons et de masques fournis par l'armée pour se protéger des armes chimiques et bactériologiques. Ils seront, en principe, autorisés à monter au front en cas de conflit.

Sur le terrain, les journalistes vivront «à la dure» avec les soldats, sous des tentes abritant une centaine d'hommes ou de femmes.

Le lieutenant-colonel Paul Grosskruger, commandant le 94e bataillon de Génie américain, croit au succès de l'opération, même s'il craint avant tout les journalistes qui ne supporteront pas les conditions sur le terrain ou, pire, qu'il y ait des victimes dans leurs rangs.

«Nous voulons des médias, mais nous ne voulons aucun blessé», affirme-t-il.
 
 
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