Enfants-soldats
Enfants aux yeux drogués qui brandissent des armes automatiques aussi grandes que leur petit corps. Enfants qui tirent, tirent et tirent jusqu'à se défoncer l'épaule. Qui tirent sur des adultes, ou sur d'autres enfants. Ou qui jouent au football avec la tête d'un ennemi décapité.
On se souvient de ces images à vomir que nous avait données la Sierra Leone, capitale mondiale de l'horreur dans les années 90. Cette guerre-là est terminée, comme celle, voisine, du Liberia. Mais la «guerre des enfants», elle, n'a pas disparu du continent africain.
***
Aujourd'hui, si l'on dit «guerre des enfants», c'est peut-être l'immense République du Congo qui vient d'abord à l'esprit. Mais les agences spécialisées comme Save the Children et No Child Soldiers (qui malgré leurs noms, diffusent d'excellents rapports en français) mentionnent aussi, sur le continent noir: le Soudan, le Tchad, le Burundi et l'Ouganda.
Mais la guerre dans l'est du Congo, terrible sous tous les rapports, ne donne pas sa place au chapitre des enfants. Dans cette «guerre du Kivu», le cynique Laurent Nkunda, combattant tutsi et instrument du général rwandais Paul Kagame, tient en respect, tout à la fois, les troupes du gouvernement de Kinshasa, celles de l'ONU ainsi qu'une myriade de petits groupes, diversement appelés maï-maï ou Front (hutu) de libération du Rwanda...
L'un des lieutenants de Nkunda, Bosco Ntaganda, Tutsi également, est recherché par la Cour pénale internationale pour crimes de guerre, y compris l'enrôlement d'enfants-soldats. Mais sur les traitements infligés aux enfants, les autres parties au conflit ne sont pas en reste: enfants-soldats, mais aussi viols collectifs contre des fillettes de 12, 10 et même 8 ans, perpétrés par les maï-maï et certains éléments de l'armée dite «régulière».
Plus une guerre est horrible, et plus les enfants en sont victimes.
***
La «guerre des enfants» n'est pas uniquement africaine. Afghanistan, Colombie, Népal et Sri Lanka en sont également le sinistre théâtre.
Un rapport de l'UNICEF (l'agence de l'ONU pour l'enfance), diffusé pas plus tard qu'hier, évoque une grave recrudescence des violences contre les enfants en Afghanistan. Ces violences émanent de toutes les parties, y compris des forces de la «coalition occidentale»... vous savez, ceux qui, Canadiens inclus, sont censés remettre ce pays sur le droit chemin.
En juillet dernier, par exemple, lors d'un de ces raids aériens de plus en plus fréquents, la coalition, croyant frapper des militants, a tué par erreur 47 innocents... dont 30 enfants. Un cas parmi d'autres, dans une série noire qui ne cesse de s'allonger et d'aliéner les Occidentaux aux yeux de la population, dans une région hautement stratégique.
Mais l'UNICEF ne manque pas d'épingler non plus les méthodes des talibans qui font la guerre aux Occidentaux, en Afghanistan comme au Pakistan. Le rapport parle surtout d'enrôlements «volontaires», et de jeunes de 15 ou 16 ans (et non pas de 10 ou 12 ans comme en Afrique). Les talibans recrutent de jeunes adolescents, souvent attirés par la promesse d'avoir à manger, de devenir des héros et de lutter contre un envahisseur haï. Le rapport évoque également les attaques sauvages de talibans contre des écoles, pendant les cours (particulièrement les écoles de filles), attaques qui ont tué de nombreux enfants. Il mentionne aussi, ce qui n'étonnera personne, des cas de viols contre les jeunes filles.
Au Sri Lanka, île-État sur le flanc sud de l'Inde, la guerre entre les séparatistes des Tigres de l'Eelam tamoul et les forces du gouvernement reprend de plus belle, alors que l'armée a décidé de «mettre le paquet». Le gouvernement unitaire de Colombo prétend que, cette fois, c'en sera fait des séparatistes du nord de l'île. On verra. En attendant, les populations civiles sont déplacées en masse (par centaines de milliers), et les enfants avec.
On peut rappeler que, dans cette guerre oubliée et sans fin du Sri Lanka, les deux camps (et pas seulement les Tigres tamouls) ont été accusés, et de façon crédible — par des organisations comme Human Rights Watch et l'Union européenne — d'avoir utilisé des mineurs pour faire le coup de feu contre l'ennemi. Par centaines, voire par milliers.
Et le Népal? La guérilla «maoïste», comme elle se faisait appeler là-bas, a utilisé jusqu'à 3000 enfants lors de sa longue guerre (1996-2006) à la monarchie hindouiste au pouvoir à Katmandou. Et puis soudain, en 2007-2008... ce furent, coup sur coup, un traité de paix, des élections libres... et une victoire électorale des maoïstes, rien de moins! Aux dernières nouvelles, le désarmement et l'incorporation de l'ancienne guérilla n'était pas terminé. Et beaucoup de ces ex-enfants-soldats se retrouvent aujourd'hui orphelins et désorientés. Car pour ces enfants-soldats, lorsqu'ils n'y laissent pas leur peau, il y a aussi un dur après-guerre...
Voilà, c'était ma contribution — avec quatre jours de retard — pour le 20 novembre, Journée internationale des enfants. En espérant que ces tristes rappels ne seront pas inutiles.
***
François Brousseau est chroniqueur d'information internationale à Radio-Canada. On peut l'entendre tous les jours à l'émission Désautels à la Première Chaîne radio et lire ses carnets dans www.radio-canada.ca/nouvelles/carnets.
On se souvient de ces images à vomir que nous avait données la Sierra Leone, capitale mondiale de l'horreur dans les années 90. Cette guerre-là est terminée, comme celle, voisine, du Liberia. Mais la «guerre des enfants», elle, n'a pas disparu du continent africain.
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Aujourd'hui, si l'on dit «guerre des enfants», c'est peut-être l'immense République du Congo qui vient d'abord à l'esprit. Mais les agences spécialisées comme Save the Children et No Child Soldiers (qui malgré leurs noms, diffusent d'excellents rapports en français) mentionnent aussi, sur le continent noir: le Soudan, le Tchad, le Burundi et l'Ouganda.
Mais la guerre dans l'est du Congo, terrible sous tous les rapports, ne donne pas sa place au chapitre des enfants. Dans cette «guerre du Kivu», le cynique Laurent Nkunda, combattant tutsi et instrument du général rwandais Paul Kagame, tient en respect, tout à la fois, les troupes du gouvernement de Kinshasa, celles de l'ONU ainsi qu'une myriade de petits groupes, diversement appelés maï-maï ou Front (hutu) de libération du Rwanda...
L'un des lieutenants de Nkunda, Bosco Ntaganda, Tutsi également, est recherché par la Cour pénale internationale pour crimes de guerre, y compris l'enrôlement d'enfants-soldats. Mais sur les traitements infligés aux enfants, les autres parties au conflit ne sont pas en reste: enfants-soldats, mais aussi viols collectifs contre des fillettes de 12, 10 et même 8 ans, perpétrés par les maï-maï et certains éléments de l'armée dite «régulière».
Plus une guerre est horrible, et plus les enfants en sont victimes.
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La «guerre des enfants» n'est pas uniquement africaine. Afghanistan, Colombie, Népal et Sri Lanka en sont également le sinistre théâtre.
Un rapport de l'UNICEF (l'agence de l'ONU pour l'enfance), diffusé pas plus tard qu'hier, évoque une grave recrudescence des violences contre les enfants en Afghanistan. Ces violences émanent de toutes les parties, y compris des forces de la «coalition occidentale»... vous savez, ceux qui, Canadiens inclus, sont censés remettre ce pays sur le droit chemin.
En juillet dernier, par exemple, lors d'un de ces raids aériens de plus en plus fréquents, la coalition, croyant frapper des militants, a tué par erreur 47 innocents... dont 30 enfants. Un cas parmi d'autres, dans une série noire qui ne cesse de s'allonger et d'aliéner les Occidentaux aux yeux de la population, dans une région hautement stratégique.
Mais l'UNICEF ne manque pas d'épingler non plus les méthodes des talibans qui font la guerre aux Occidentaux, en Afghanistan comme au Pakistan. Le rapport parle surtout d'enrôlements «volontaires», et de jeunes de 15 ou 16 ans (et non pas de 10 ou 12 ans comme en Afrique). Les talibans recrutent de jeunes adolescents, souvent attirés par la promesse d'avoir à manger, de devenir des héros et de lutter contre un envahisseur haï. Le rapport évoque également les attaques sauvages de talibans contre des écoles, pendant les cours (particulièrement les écoles de filles), attaques qui ont tué de nombreux enfants. Il mentionne aussi, ce qui n'étonnera personne, des cas de viols contre les jeunes filles.
Au Sri Lanka, île-État sur le flanc sud de l'Inde, la guerre entre les séparatistes des Tigres de l'Eelam tamoul et les forces du gouvernement reprend de plus belle, alors que l'armée a décidé de «mettre le paquet». Le gouvernement unitaire de Colombo prétend que, cette fois, c'en sera fait des séparatistes du nord de l'île. On verra. En attendant, les populations civiles sont déplacées en masse (par centaines de milliers), et les enfants avec.
On peut rappeler que, dans cette guerre oubliée et sans fin du Sri Lanka, les deux camps (et pas seulement les Tigres tamouls) ont été accusés, et de façon crédible — par des organisations comme Human Rights Watch et l'Union européenne — d'avoir utilisé des mineurs pour faire le coup de feu contre l'ennemi. Par centaines, voire par milliers.
Et le Népal? La guérilla «maoïste», comme elle se faisait appeler là-bas, a utilisé jusqu'à 3000 enfants lors de sa longue guerre (1996-2006) à la monarchie hindouiste au pouvoir à Katmandou. Et puis soudain, en 2007-2008... ce furent, coup sur coup, un traité de paix, des élections libres... et une victoire électorale des maoïstes, rien de moins! Aux dernières nouvelles, le désarmement et l'incorporation de l'ancienne guérilla n'était pas terminé. Et beaucoup de ces ex-enfants-soldats se retrouvent aujourd'hui orphelins et désorientés. Car pour ces enfants-soldats, lorsqu'ils n'y laissent pas leur peau, il y a aussi un dur après-guerre...
Voilà, c'était ma contribution — avec quatre jours de retard — pour le 20 novembre, Journée internationale des enfants. En espérant que ces tristes rappels ne seront pas inutiles.
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François Brousseau est chroniqueur d'information internationale à Radio-Canada. On peut l'entendre tous les jours à l'émission Désautels à la Première Chaîne radio et lire ses carnets dans www.radio-canada.ca/nouvelles/carnets.
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