Pakistan - Islamabad fait la cour aux puissants chefs tribaux pour lutter contre les talibans
22 novembre 2008
Actualités internationales
Islamabad — Ils sont armés comme les groupes talibans, en ont l'allure, la langue, et leur approche de l'islam est parfois tout aussi radicale. Pourtant, les tribus du nord-ouest du Pakistan viennent récemment de s'allier au pouvoir d'Islamabad pour combattre les insurgés talibans, pakistanais et afghans, et les militants des réseaux d'al-Qaïda. Drôles de milices tribales qui s'appellent Salarzai, Chamang ou encore Uthmankel, et se partagent les territoires dits des Fata (Federally Administrated Tribal Areas), dans la zone pakistanaise régie par une mosaïque de droits coutumiers et qui, depuis la création du Pakistan en 1947, échappe à l'autorité des gouvernements successifs.
C'est là, au coeur de ces massifs escarpés, que les talibans afghans ont trouvé refuge depuis la chute du régime de Kaboul en 2001. Depuis, sont apparus aussi les talibans pakistanais, dont le principal leader est Baitullah Mehsud. Selon Washington, ils y côtoieraient les réseaux d'al-Qaïda, notamment dans le Waziristan, tout proche de la frontière afghane. Mais, pour certains chefs tribaux qui jusqu'alors exerçaient leur pouvoir en toute quiétude, cette cohabitation forcée est vécue comme une intrusion, surtout depuis que l'armée pakistanaise a lancé au mois d'août une vaste offensive visant à déloger les insurgés.
Cette guerre qui se joue sur le territoire des tribus contraint leurs chefs à s'engager d'un côté ou de l'autre. Quelque 120 000 soldats, de l'artillerie et des hélicoptères harcèlent désormais quotidiennement ceux que les officiers pakistanais qualifient pudiquement de «militants». Au cours des dernières semaines, la balance a penché en faveur d'Islamabad. Ce qui a valu aux «traîtres» d'être frappés par une série d'attentats meurtriers revendiqués par les talibans.
Arsenal
Dernière alliance en date, la tribu des Mullagori, qui tient la légendaire passe de Khyber, un col par lequel transitent l'essentiel des marchandises qui alimentent l'est de l'Afghanistan et notamment les forces de l'OTAN. Mais celui qui recueille l'essentiel des efforts des émissaires militaires envoyés par Islamabad reste le mollah Nazir, chef incontesté des Ahmedzai Wazir et ennemi juré du taliban Baitullah Mehsud. Si ces tractations aboutissent à une alliance, les hommes du mollah Nazir deviendront à leur tour des lashkars, c'est-à-dire des miliciens à la solde du gouvernement pakistanais. Ils bénéficieront alors de la bienveillance du ministère de la Défense. Même si ce dernier dément fournir des armes de guerre aux tribus ralliées, il peine à expliquer l'apparition soudaine de véritables arsenaux chez les miliciens. L'administration n'est d'ailleurs pas davantage capable de donner le nombre de ces combattants ralliés à l'armée pakistanaise. On sait seulement qu'on peut compter jusqu'à 200 guerriers par village. Officiellement leur mission se limite à de la «défense passive», c'est-à-dire la protection des agglomérations et de leurs abords. Mais, en réalité, l'armée pakistanaise les emploie pour tenir les zones arrachées à l'influence des insurgés. «Grâce à notre supériorité militaire, on peut reprendre le terrain aux talibans, explique un officier des Rangers, mais s'il n'est pas tenu, il faut recommencer chaque semaine.» Pour Islamabad, «l'engagement spontané de ces habitants contre les ennemis du Pakistan» est donc un renfort précieux, comme aime à le rappeler le président Asif Ali Zardari.
Pour le chef de l'État, veuf de Benazir Bhutto, élu en septembre, la mobilisation des tribus est également un gage supplémentaire de la volonté de son pays de lutter contre le terrorisme aux côtés de ses alliés américains. Du côté de l'état-major des forces armées pakistanaises, l'engagement de ces miliciens est présenté comme tactiquement décisif. «Leur connaissance du terrain est un atout pour nous, ils se battent pour chasser les terroristes de leur terre, parfois même dans leurs champs ou à quelques kilomètres des villages où ils sont nés», explique le lieutenant-colonel Haider Baseer.
Un enthousiasme largement tempéré par l'opposition au gouvernement pakistanais, pour qui le ralliement des tribus est en réalité le résultat de tractations visant à donner aux chefs de clans encore plus d'autonomie. Dans l'entourage de Nawaz Sharif, ancien premier ministre et leader du principal parti d'opposition, la Ligue musulmane-N, on considère que ces alliances menacent à moyen terme la cohésion nationale et renforcent l'isolement des zones tribales.
C'est là, au coeur de ces massifs escarpés, que les talibans afghans ont trouvé refuge depuis la chute du régime de Kaboul en 2001. Depuis, sont apparus aussi les talibans pakistanais, dont le principal leader est Baitullah Mehsud. Selon Washington, ils y côtoieraient les réseaux d'al-Qaïda, notamment dans le Waziristan, tout proche de la frontière afghane. Mais, pour certains chefs tribaux qui jusqu'alors exerçaient leur pouvoir en toute quiétude, cette cohabitation forcée est vécue comme une intrusion, surtout depuis que l'armée pakistanaise a lancé au mois d'août une vaste offensive visant à déloger les insurgés.
Cette guerre qui se joue sur le territoire des tribus contraint leurs chefs à s'engager d'un côté ou de l'autre. Quelque 120 000 soldats, de l'artillerie et des hélicoptères harcèlent désormais quotidiennement ceux que les officiers pakistanais qualifient pudiquement de «militants». Au cours des dernières semaines, la balance a penché en faveur d'Islamabad. Ce qui a valu aux «traîtres» d'être frappés par une série d'attentats meurtriers revendiqués par les talibans.
Arsenal
Dernière alliance en date, la tribu des Mullagori, qui tient la légendaire passe de Khyber, un col par lequel transitent l'essentiel des marchandises qui alimentent l'est de l'Afghanistan et notamment les forces de l'OTAN. Mais celui qui recueille l'essentiel des efforts des émissaires militaires envoyés par Islamabad reste le mollah Nazir, chef incontesté des Ahmedzai Wazir et ennemi juré du taliban Baitullah Mehsud. Si ces tractations aboutissent à une alliance, les hommes du mollah Nazir deviendront à leur tour des lashkars, c'est-à-dire des miliciens à la solde du gouvernement pakistanais. Ils bénéficieront alors de la bienveillance du ministère de la Défense. Même si ce dernier dément fournir des armes de guerre aux tribus ralliées, il peine à expliquer l'apparition soudaine de véritables arsenaux chez les miliciens. L'administration n'est d'ailleurs pas davantage capable de donner le nombre de ces combattants ralliés à l'armée pakistanaise. On sait seulement qu'on peut compter jusqu'à 200 guerriers par village. Officiellement leur mission se limite à de la «défense passive», c'est-à-dire la protection des agglomérations et de leurs abords. Mais, en réalité, l'armée pakistanaise les emploie pour tenir les zones arrachées à l'influence des insurgés. «Grâce à notre supériorité militaire, on peut reprendre le terrain aux talibans, explique un officier des Rangers, mais s'il n'est pas tenu, il faut recommencer chaque semaine.» Pour Islamabad, «l'engagement spontané de ces habitants contre les ennemis du Pakistan» est donc un renfort précieux, comme aime à le rappeler le président Asif Ali Zardari.
Pour le chef de l'État, veuf de Benazir Bhutto, élu en septembre, la mobilisation des tribus est également un gage supplémentaire de la volonté de son pays de lutter contre le terrorisme aux côtés de ses alliés américains. Du côté de l'état-major des forces armées pakistanaises, l'engagement de ces miliciens est présenté comme tactiquement décisif. «Leur connaissance du terrain est un atout pour nous, ils se battent pour chasser les terroristes de leur terre, parfois même dans leurs champs ou à quelques kilomètres des villages où ils sont nés», explique le lieutenant-colonel Haider Baseer.
Un enthousiasme largement tempéré par l'opposition au gouvernement pakistanais, pour qui le ralliement des tribus est en réalité le résultat de tractations visant à donner aux chefs de clans encore plus d'autonomie. Dans l'entourage de Nawaz Sharif, ancien premier ministre et leader du principal parti d'opposition, la Ligue musulmane-N, on considère que ces alliances menacent à moyen terme la cohésion nationale et renforcent l'isolement des zones tribales.
|
Édition abonné
La version longue de certains articles (environ 1 article sur 5) est réservée aux abonnés du Devoir. Ils sont signalés par le symbole suivant :
|
Envoyer Fermer
Haut de la page

