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République démocratique du Congo - Une paix durable, c'est bien ; une guerre rentable, c'est mieux

Une Coingolaise déplacée par les combats attendait de l’aide hier dans un camp près de Kibati.
Photo : Agence Reuters
Une Coingolaise déplacée par les combats attendait de l’aide hier dans un camp près de Kibati.
C'est toute la «communauté internationale» — États-Unis, Grande-Bretagne... Canada — que les 6000 combattants du général Laurent Nkunda, criminel de guerre notoire, tiennent en laisse dans l'est de la République démocratique du Congo (RDC). Inouï, s'exclame le père Rigobert Minani, joint à Kinshasa. Le risque, redoutent les plus inquiets, comme l'International Crisis Group, est maintenant que le feu mal éteint de la guerre 1998-2003 (cinq millions de morts) n'embrase à nouveau les Grands Lacs africains.

Les rebelles de Nkunda bloquaient jeudi la route qui mène aux territoires qu'ils occupent au Nord-Kivu avec, en guise de barrage de fortune, deux cadavres de soldats du gouvernement congolais. Affrontements à l'arme lourde, massacres, pillages, viols massifs, travail forcé, nettoyage ethnique: ni la guerre, qui s'articule autour des luttes croisées pour le contrôle des extraordinaires ressources naturelles que renferme le sous-sol congolais, ni les pires atteintes aux droits de la personne, dont tous les belligérants se rendent coupables, n'ont vraiment cessé depuis dix ans dans l'est de la RDC. La tenue, fin 2006, des premières élections libres depuis l'indépendance en 1960, suivie au début de cette année de la signature sous parrainage international d'un prometteur accord de cessez-le-feu entre le gouvernement de Kinshasa et 22 milices sévissant impunément dans l'est, ont suscité d'importants espoirs de pacification. Mais Laurent Nkunda, chef de guerre à la tête du puissant Congrès national pour la défense du peuple (CNDP), a rapidement renié sa promesse de démobilisation avant de lancer à la fin du mois d'août, contre le bric-à-brac que constitue l'armée congolaise, une offensive qui l'a mené aux portes de Goma, capitale du Nord-Kivu, au nez et à la barbe des Casques bleus de la MONUC, l'impuissante Mission des Nations unies pour la RDC.

Officiellement, la rébellion se bat pour défendre la minorité tutsie du Congo contre les Hutus qui se sont réfugiés en RDC après le génocide qui a fait 800 000 morts en 1994 parmi les Tutsis du Rwanda voisin. Nkunda dit rester au Congo parce que le gouvernement de Kinshasa n'a pas désarmé les rebelles hutus rwandais qui se sont installés dans l'Est congolais sous la bannière des Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR).

L'argent

Sa guerre d'usure a des ressorts infiniment plus commerciaux qu'il ne veut le reconnaître. Nkunda est en vérité la principale antenne militaro-économique au Congo du régime rwandais du président Paul Kagame, qui s'égosille malgré l'évidence à le nier. «Il faut voir les beaux quartiers qui ont poussé à Kigali», dit Serge Blais, de l'organisation Développement et Paix, qui s'y trouvait il y a quelques semaines pour la première fois en dix ans. Le changement, dit-il, est phénoménal. «Il n'y aurait pas là toute cette aisance sans l'argent qui entre depuis l'autre côté de la frontière.»

Nord-Kivu: environ quatre millions d'habitants, dont plus du quart ont été déplacés par des années de combats et d'exactions. À elles seules, les dernières semaines ont fait 250 000 réfugiés internes. La région regorge de minerais, comme l'étain et le coltan, utilisé dans les ordinateurs et les téléphones portables, fonds de commerce d'une guerre que se livrent des gens d'affaires, locaux et étrangers, par l'entremise de circuits opaques et entremêlés où l'illégal recoupe le légal.

«Les gens ne sont pas bêtes: ils voient bien que ce qui est au coeur de leur misère, c'est la mauvaise gestion des ressources naturelles et que, si n'existait pas cette immense richesse, il n'y aurait pas la guerre», affirme Blais, qui a vécu à Kinshasa de 2002 à 2006. À cette dynamique se jouxte, d'autre part, le pressant désir d'expansion territoriale du tout petit Rwanda, qui se sent étouffer à l'intérieur de ses frontières. Les deux régions contiguës au Rwanda que contrôle Nkunda dans le nord du Kivu sont perçues par plusieurs parmi les Rwandais comme une extension naturelle du territoire national. Aussi Nkunda a-t-il le soutien de propriétaires terriens et de grands éleveurs rwandais en mal de terres et de pâturages.

Les belles maisons poussent aussi à Kinshasa. «Les Congolais se rendent compte que les officiers de l'armée ne pourraient pas se payer des châteaux pareils avec leur simple solde», affirme Denis Tougas, de l'Entraide missionnaire.

Ces nouveaux riches entretiennent des collusions inavouables: l'organisation Global Witness disait cette semaine avoir reçu des informations fréquentes voulant que des soldats congolais vendent des armes (malgré l'embargo décrété par le Conseil de sécurité de l'ONU) et des uniformes aux Hutus du FDLR qu'ils sont censés neutraliser. Voulant aussi que leur «collaboration» s'étende au partage des recettes de l'exploitation de mines d'or et d'étain où se pratique le travail forcé. À l'inverse, affirme Serge Blais, non sans relever l'énormité du paradoxe, il semble qu'une bonne partie du trafic de minerais que fait Kigali soit réalisé en conjonction avec les milices interahamwe (Hutus génocidaires) réfugiées en RDC. «L'insécurité profite à tout le monde», dit M. Tougas. Une paix durable, c'est bien; une guerre rentable, c'est mieux.

Plan de balkanisation

Comment démêler cet écheveau? Devant la faiblesse et la désorganisation de l'armée congolaise, il faut absolument renforcer la MONUC et la rendre plus fonctionnelle, réclament en choeur experts et gens de terrain. Avec une force de 17 000 soldats et un mandat qui l'autorise clairement à utiliser la force pour protéger les civils, la mission de paix constitue pourtant la plus importante opération de l'ONU au monde. Mais elle est une force très disparate, constituée en bonne partie de Casques bleus provenant de pays pauvres. Elle n'est pas sans compétence, mais ses deux contingents les plus importants, ceux des Indiens (4300 soldats) et des Pakistanais (3500 hommes), sont à couteaux tirés pour d'évidentes raisons historiques. À ce point découragé était le nouveau commandant de la MONUC, le général espagnol Vicente Diaz de Villegas, qu'il vient de démissionner, deux mois seulement après être entré en fonction.

Beaucoup de Congolais accusent les soldats de la MONUC de se comporter «en touristes». Leur réputation ne s'est pas améliorée après le massacre de jeunes, commis littéralement sous leurs yeux, par les troupes de Nkunda il y a une semaine et demie dans le village de Kiwanja. Des hommes en armes passaient de maison en maison, enlevant et tuant les jeunes hommes. Le massacre a fait au moins 26 morts.

La sincérité

Dans la foulée, le «Comité permanent des évêques sur la guerre dans l'Est» y a vu le signe d'un «génocide silencieux» perpétré contre l'importante communauté hutue du Nord-Kivu et a demandé à la communauté internationale de s'impliquer «sincèrement» pour mettre fin aux violences. Prêtre depuis longtemps très engagé dans le processus de démocratisation de la RDC et les efforts de pacification déployés à l'est, le père Minani confirme: «Quatre-vingt-quinze pour cent des déplacés sont Hutus.»

Précisément, on s'interroge beaucoup dans les milieux politiques et sociaux congolais sur la «sincérité» de cette communauté internationale. Le sentiment est que l'Occident, y compris le Canada, dont d'importantes compagnies minières exploitent le sous-sol congolais, est en train, une nouvelle fois, de tourner le dos au conflit. Ce n'est pas qu'il ne dispose pas de leviers pour faire pression sur les belligérants. Le fonctionnement des États congolais et rwandais dépend largement des sommes qui leur sont versées par les donateurs occidentaux. «Je ne comprends pas, avoue le père Minani. Il est inconcevable que la Grande-Bretagne [qui approvisionne Kigali en armes] n'intervienne pas.»

«Comment comprendre que les différents accords soient violés sans aucune pression efficace pour contraindre les signataires à les respecter?, écrivait cette semaine le Comité permanent des évêques congolais. On a l'impression d'une grande complicité qui ne dit pas son nom.» Ce qui donne à penser que se met en place un sourd plan de balkanisation de la RDC, au terme duquel Kigali, par Nkunda interposé, finira par prendre possession, avec la bénédiction tacite de l'Occident, d'une partie de l'immense territoire congolais.

Ce qui précarise politiquement le président congolais Joseph Kabila. Pour autant, Minani doute que Nkunda osera faire entrer ses troupes à Goma. Excluant toute négociation directe avec lui, Kabila vient d'appeler à l'aide l'Angola, «un pays qui n'est pas précisément un exemple de transparence», signale Serge Blais. Mauvaise nouvelle, dit-il. Des soldats angolais — et zimbabwéens — seraient déjà sur place, alors que la Communauté de développement de l'Afrique australe (SADC) se montre disposée à envoyer une force de paix en RDC. Autre symptôme du désengagement occidental, croit Denis Tougas. Ces jeux militaires réveillent le spectre de la «grande guerre» du Congo à laquelle se sont mêlés, comme autant de vautours, neuf pays africains entre 1998 et 2003. Quand cessera-t-on de jeter de l'huile sur le feu? se demande le père Minani.
 
 
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  • Normand Chaput
    Abonné
    samedi 15 novembre 2008 13h00
    ma proposition
    Mas proposition est que toutes les ressources naturelles du monde devraient être sous l'égide de l'ONU. qui elle, en soustraiterait l'exploitation à l'entreprise privée. Après un profit raisonnable, l'ONU pourrait redistribuer l'exédent au pro-rata du nombre d'habitants que comporte chaque pays.

  • Frédéric Ouellet
    Inscrit
    samedi 22 novembre 2008 11h41
    ONU sans le Québec
    Bonjour,

    La Guerre mène à l'incompétence.

    Les gens sont capables de s'administrer et de vivre librement au Congo comme au Québec. Le Québec doit devenir un pays sans armée, le Canada nous représente mal au Congo. Ma proposition est un pays sans armée dans un monde ou on s'éduque mutuellement contre la guerre en abandonnant des pratiques détruisant la vie, l'enfance, la liberté et la francophonie.

    On peut faire mieux ensemble sans l'armée canadienne.

    Lisez Robin Philbot et Serge Mongeau.

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