L'est du Congo livré à lui-même
Goma est à la merci des rebelles. Les Casques bleus sont débordés.
1 novembre 2008
Actualités internationales
Photo : Agence Reuters
Un soldat de la MONUC patrouillait hier à Goma.
Depuis les portes de Goma, principale ville du Nord-Kivu, dans l'est de la République démocratique du Congo (RDC), le général rebelle Laurent Nkunda toise la communauté internationale. Une fois de plus, celle-ci affiche son impuissance au coeur de l'Afrique des Grands Lacs, une région où la violence n'a jamais cessé depuis le génocide au Rwanda commis en 1994. Les rebelles, des Congolais tutsis soutenus activement par le Rwanda voisin, campent à quelques kilomètres de la ville, qu'ils tiennent à leur merci. Mercredi, le général Nkunda, dominateur, a décrété un cessez-le-feu unilatéral, respecté jeudi. Fuyant l'avancée irrésistible des rebelles, les forces gouvernementales de Kinshasa avaient auparavant abandonné la ville à ses habitants, et aux 800 Casques bleus présents sur place, apparemment très discrets.
Hier, le chef rebelle n'a pas caché le peu de considération qu'il porte aux troupes de l'ONU: les Casques bleus «sont incapables d'assurer la sécurité de la population de Goma, donc comment pourraient-ils m'interdire d'aller là-bas? Ils ne m'en empêcheront pas, je peux aller partout au Congo», a-t-il déclaré. Plus tard dans la soirée, il menaçait d'entrer dans la ville.
De fait, la dernière crise en date au Nord-Kivu marque les limites, pour ne pas dire la faillite, de la Monuc (Mission des Nations unies au Congo), dont le commandant, un général espagnol, a démissionné en pleine tourmente, trois semaines après sa prise de fonction. Pourtant forte de 17 000 hommes, dont 7000 environ déployés dans l'est de la RDC, elle a été incapable d'enrayer la progression des rebelles de Nkunda. Tout comme les troupes du président congolais Joseph Kabila, équipées et formées à grands frais par les occidentaux...
À l'impuissance de la MONUC sur le terrain s'ajoute celle de la diplomatie internationale. Dans la nuit de mercredi à jeudi, le Conseil de sécurité s'est réuni en urgence pour condamner le coup de force de Nkunda dans une déclaration... non contraignante. À Paris, le ministre des Affaires étrangères, Bernard Kouchner, aurait souhaité l'envoi d'une force de l'Union européenne au Nord-Kivu pour pallier les insuffisances de l'ONU. Comme en 2003, lorsque la France avait monté l'opération Artémis, durant trois mois, en Ituri (également dans l'est de la RDC), le temps que la MONUC dépêche des renforts pour mettre fin aux exactions commises par des milices. Mais l'ancien French doctor est isolé. Ni les Britanniques ni les Allemands, qui auraient pu dépêcher rapidement des soldats, ne sont prêts à agir. Seule la Belgique, l'ex-puissance coloniale encore très impliquée dans la gestion diplomatique du conflit congolais, soutient cette initiative.
Alors que l'Élysée se montre pour le moins prudente sur une telle option, Bernard Kouchner assure qu'il ne s'agit pas de mener une opération militaire, mais plutôt militaro-humanitaire. Une réunion des Vingt-Sept se tient aujourd'hui à Bruxelles sur ce sujet.
L'envoi à Goma de soldats français, même sous pavillon européen, est politiquement ultrasensible. À l'été 1994, alors que les rebelles tutsis de Paul Kagamé étaient en passe de s'emparer du pouvoir, mettant un terme au génocide planifié et exécuté par le régime dirigé par des hutus radicaux, la France avait monté en catastrophe l'opération Turquoise. Au pouvoir à Kigali, Kagamé n'a jamais digéré cette initiative, accusant Paris d'avoir permis la fuite des génocidaires au Congo voisin. Le général Nkunda, qui a été formé par Kagamé et a servi deux ans durant au sein de l'armée rwandaise, justifie précisément son refus de désarmer par la présence de ces génocidaires dans l'est de la RDC. Goma est frontalière du Rwanda.
Hier, le chef rebelle n'a pas caché le peu de considération qu'il porte aux troupes de l'ONU: les Casques bleus «sont incapables d'assurer la sécurité de la population de Goma, donc comment pourraient-ils m'interdire d'aller là-bas? Ils ne m'en empêcheront pas, je peux aller partout au Congo», a-t-il déclaré. Plus tard dans la soirée, il menaçait d'entrer dans la ville.
De fait, la dernière crise en date au Nord-Kivu marque les limites, pour ne pas dire la faillite, de la Monuc (Mission des Nations unies au Congo), dont le commandant, un général espagnol, a démissionné en pleine tourmente, trois semaines après sa prise de fonction. Pourtant forte de 17 000 hommes, dont 7000 environ déployés dans l'est de la RDC, elle a été incapable d'enrayer la progression des rebelles de Nkunda. Tout comme les troupes du président congolais Joseph Kabila, équipées et formées à grands frais par les occidentaux...
À l'impuissance de la MONUC sur le terrain s'ajoute celle de la diplomatie internationale. Dans la nuit de mercredi à jeudi, le Conseil de sécurité s'est réuni en urgence pour condamner le coup de force de Nkunda dans une déclaration... non contraignante. À Paris, le ministre des Affaires étrangères, Bernard Kouchner, aurait souhaité l'envoi d'une force de l'Union européenne au Nord-Kivu pour pallier les insuffisances de l'ONU. Comme en 2003, lorsque la France avait monté l'opération Artémis, durant trois mois, en Ituri (également dans l'est de la RDC), le temps que la MONUC dépêche des renforts pour mettre fin aux exactions commises par des milices. Mais l'ancien French doctor est isolé. Ni les Britanniques ni les Allemands, qui auraient pu dépêcher rapidement des soldats, ne sont prêts à agir. Seule la Belgique, l'ex-puissance coloniale encore très impliquée dans la gestion diplomatique du conflit congolais, soutient cette initiative.
Alors que l'Élysée se montre pour le moins prudente sur une telle option, Bernard Kouchner assure qu'il ne s'agit pas de mener une opération militaire, mais plutôt militaro-humanitaire. Une réunion des Vingt-Sept se tient aujourd'hui à Bruxelles sur ce sujet.
L'envoi à Goma de soldats français, même sous pavillon européen, est politiquement ultrasensible. À l'été 1994, alors que les rebelles tutsis de Paul Kagamé étaient en passe de s'emparer du pouvoir, mettant un terme au génocide planifié et exécuté par le régime dirigé par des hutus radicaux, la France avait monté en catastrophe l'opération Turquoise. Au pouvoir à Kigali, Kagamé n'a jamais digéré cette initiative, accusant Paris d'avoir permis la fuite des génocidaires au Congo voisin. Le général Nkunda, qui a été formé par Kagamé et a servi deux ans durant au sein de l'armée rwandaise, justifie précisément son refus de désarmer par la présence de ces génocidaires dans l'est de la RDC. Goma est frontalière du Rwanda.
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