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«Miracles» à huis clos

Le Sommet de la Francophonie à Québec accouche d'une déclaration ambitieuse, tous azimuts

Le secrétaire général de l’Organisation internationale de la Francophonie, Abdou Diouf, s’exprimant aux côtés du premier ministre canadien, Stephen Harper, hier, lors de la clôture du Sommet de la Francophonie, à Québec.
Photo : Jacques Nadeau
Le secrétaire général de l’Organisation internationale de la Francophonie, Abdou Diouf, s’exprimant aux côtés du premier ministre canadien, Stephen Harper, hier, lors de la clôture du Sommet de la Francophonie, à Québec.
Québec — «Nous avons l'impression qu'ici à Québec, nous avons vécu miracle sur miracle», a lancé hier le secrétaire général de l'Organisation internationale de la Francophonie Abdou Diouf, qui était extatique lors de la conférence de presse de clôture du Sommet. «La magie de Québec a joué à plein», s'est-il exclamé. La réunion de quelque 45 chefs d'État et de gouvernements, et de dignitaires de 60 pays a toutefois débouché sur une déclaration comportant peu d'engagements précis dans les domaines ciblés: la langue française, qui était abordée pour une première fois; la paix, la gouvernance et l'État de droit; la gouvernance et la solidarité économiques, l'environnement, le développement durable et les changements climatiques.

Après sa sortie, M. Diouf a tout de suite enchaîné en disant qu'il ne pouvait «donner les détails» de tous les miracles produits à Québec. Il a soutenu qu'il y a eu des moments où il s'est demandé «comment on allait ressortir de telle situation et, chaque fois, on y arrivait», a-t-il affirmé sans donner d'exemple précis.

Le Sommet de Québec devait consacrer un changement de formule afin de le rendre moins formel et plus interactif, selon le voeu du gouvernement québécois. En effet, les chefs d'État et de gouvernements ont pu avoir davantage d'échanges directs, ce qui a réjoui Jean Charest. Le premier ministre a signalé hier que «dans un huis clos», les chefs ont pu établir des «contacts directs». «C'est des moments très rares dans nos vies», a-t-il dit. Toutefois, cette formule, qui privilégiait les huis clos, fut doublée d'une sécurité très stricte qui a non seulement bouclé une partie de la capitale, mais aussi, à l'intérieur, établi une cloison étanche entre les lieux où les délégations circulaient et les quelque 700 membres de médias accrédités, confinés à une immense salle de presse. Questionné à ce sujet, le premier ministre Charest a d'ailleurs noté hier que, «pour l'avenir, on voudra faire un examen de la formule pour la rendre plus accessible». Il a tenu à dire qu'il n'y avait là «aucune mauvaise foi» de la part des organisateurs. Des sources à l'OIF ont confié avoir été étonnées du faible nombre de conférences de presse tenues pendant le sommet.

73 points

La déclaration définitive comporte 73 points et s'accompagne de résolutions particulières sur la langue française, les droits des enfants, les personnes déplacées et la promotion du tourisme dans les pays du Sud.

La question de la crise financière internationale et la polémique autour des propos de Nicolas Sarkozy sur la souveraineté du Québec se sont invitées au sommet.

La crise financière fait l'objet de trois engagements particuliers dans la Déclaration; c'est le premier forum Nord-Sud à s'être penché dessus depuis qu'elle a éclaté, a noté le premier ministre Charest. L'un des engagements appuie sans ambiguïté le projet, proposé par Paris, d'un sommet international. Les autres sont moins concrets:

* «Manifester notre solidarité dans le cadre de la crise financière actuelle, assurer la solidité et la stabilité du système bancaire et financier international et prendre toutes les mesures nécessaires pour atteindre cet objectif»;

* «Participer activement au renforcement du système financier international afin de le rendre plus cohérent, et soutenir en particulier une réforme visant la transparence, la solidité bancaire, l'intégrité et l'amélioration de la gouvernance économique mondiale.»

Le français

Au sujet de la langue française, la déclaration de Québec comprend quatre principaux engagements sans cibles précises. Au moment où le Rwanda a révélé qu'il passait à l'anglais, la Déclaration rappelle simplement qu'il faut «renforcer la place de la langue française dans nos systèmes éducatifs». Les délégations participantes ont convenu aussi de «prendre les mesures nécessaires à l'application effective des dispositions nationales et internationales relatives à l'usage du français dans la vie internationale». À ce sujet, signalons que c'est en anglais, samedi, que le secrétaire général de l'ONU, Ban Ki-moon, a fait savoir, dans une lettre au président français, qu'il appuyait l'idée d'un grand sommet mondial sur la crise financière. Seule la formule de politesse griffonnée à la main, «avec mes sincères salutations», était en français.

La résolution sur le français comporte l'idée d'un «pacte linguistique». Les chefs francophones demandent «au Secrétaire général d'entamer les démarches visant à conclure un pacte linguistique avec les États ou gouvernements qui le souhaitent». Ce pacte non coercitif préciserait «les objectifs qu'ils se fixent et les moyens qu'ils entendent mobiliser pour favoriser l'utilisation sur leur territoire de la langue française».

Changements climatiques

La lutte contre les changements climatiques, sous l'angle des relations Nord-Sud a également occupé les leaders francophones.

Le gouvernement canadien est revenu à la charge avec son engagement de mettre 100 millions de dollars à la disposition des pays les plus pauvres du continent africain, des Caraïbes et du Pacifique Sud, dans l'année qui vient, pour minimiser l'impact des changements climatiques chez eux.

La Francophonie dit appuyer le protocole de Kyoto et va chercher à atteindre l'objectif de réduire d'au moins 50 % les émissions mondiales de gaz à effet de serre (GES) d'ici à 2050.

Dans ses remarques de clôture, le premier ministre Harper a soutenu que les pays riches pouvaient faire davantage pour aider financièrement les pays du Sud à améliorer leur bilan environnemental.

Par ailleurs, la déclaration de Québec comporte un engagement à «garantir la liberté de presse dans notre espace et au-delà, et à assurer une meilleure protection des journalistes». Du reste, le club francophone s'ingère dans les affaires internationales et affirme son «attachement à la souveraineté de la Géorgie». Il dit soutenir aussi les appels visant à «créer au Moyen-Orient une zone exempte d'armes de destruction massive, notamment les armes nucléaires».

Bibliothèque francophone

Samedi, l'OIF et la présidente-directrice générale de Bibliothèque et Archives nationales du Québec, Lise Bissonnette, ont présenté un projet culturel qui se veut ambitieux: le portail du Réseau francophone des bibliothèques nationales numériques (www.rfbnn.org). Celui-ci est en ligne et l'on peut y consulter plusieurs milliers de documents, comme des journaux, des revues, des livres, des cartes et des plans ainsi que des archives numérisées issues des collections d'une dizaine d'institutions documentaires de l'espace francophone. L'objectif est à terme d'en faire la Grande Bibliothèque numérique francophone. La conception et la réalisation du portail ont été confiées à Bibliothèque et Archives nationales du Québec. Mme Bissonnette a expliqué qu'à l'heure où Google a entrepris de rendre disponibles des millions de documents numérisés, «parfois sans l'accord des auteurs», la Francophonie se devait de se donner cet outil. «Les journalistes me demandent toujours: "la Francophonie, ça fait quoi?" Eh bien, il y a ça», a lancé Frédéric Bouilleux, directeur de la Langue française et de la Diversité culturelle et linguistique à l'OIF.

Prochains rendez-vous

Par ailleurs, les participants au sommet ont choisi de se retrouver de nouveau à Madagascar en 2010. La République démocratique du Congo avait aussi déposé sa candidature pour accueillir le prochain sommet.

Quant aux prochains jeux de la Francophonie, ils auront lieu à Beyrouth, au Liban, fin septembre, début octobre 2009. Le ministre de la Culture du Liban, Tammam Salam, a soutenu samedi que la pays garantirait la sécurité des athlètes et des artistes qui y participeraient. Mi-blagueur, il a dit qu'il serait possible d'avoir un déploiement de sécurité aussi sinon plus élaboré qu'au sommet de Québec...

***

Avec La Presse canadienne
 
 
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  • Michelle Bergeron
    Abonné
    dimanche 19 octobre 2008 23h49
    Aucune excuse le manque de transparence
    Le huis close est totalement un manque de transparence. Ce n'est pas acceptable et à aucune rencontre. Entrave à la démocratie et encouragement aux influences magouilleuses.
    Le message du secrétaire de l'ONU : Les félicitations au PM Harper pour son implication à la guerre c'est fait pitié. Quand le peuple est contre. l'ONU qui défend la démocratie Allo!

  • jacques noel
    Inscrit
    lundi 20 octobre 2008 07h26
    La ridicule Francophonie politique
    Mais quel est l'intérêt d'avoir une Francophonie politique? En quoi est-il d'intérêt national ou international que le Canada, le Bénin et le Cambodge manifestent sa solidarité dans le cadre de la crise financière actuelle???

    Le seul intérêt de réunir autant de pays "francophones" est de faire la propotion de la langue française et de la culture "francophone". Aux Nations-Unies où le secrétaire-général est le premier à ne pas parler français. Aux Jeux Olympiques où le français a été humilié à Pékin et à Athènes.
    L'intérêt de la Francophonie est de faire avancer le français sur Internet, dans les publications scientifiques, etc. Mais que vient faire Kyoto et la crise de Wall Streeet dans ce cirque?

  • Dr. Dr. ULRICH
    Inscrit
    lundi 20 octobre 2008 07h49
    Soyons pas ridicule - M. Ban Ki-moon n'est pas soumis aux lois 101 !
    À ce sujet, signalons que c'est en anglais, samedi, que le secrétaire général de l'ONU, Ban Ki-moon, a fait savoir, dans une lettre au président français, qu'il appuyait l'idée d'un grand sommet mondial sur la crise financière. Seule la formule de politesse griffonnée à la main, «avec mes sincères salutations», était en français.

  • andré michaud
    Inscrit
    lundi 20 octobre 2008 08h19
    Corruption
    Dans la pluspart de ces pays la corruption est si grande que très peu d'argent de l'aide international va ou il devrait aller, quand il y en a qui se rend.....Gomery c'est des peanuts comparé à la corruption dans ces pays..Donner de l'argent à ces gouvernements corrompus n'aident aucunement les citoyens de ces pays, il faut passer par les ONG , jamais par les gouvernements...

  • Pierre Rousseau
    Inscrit
    lundi 20 octobre 2008 10h44
    La farce continue...
    Alors que des ministres de la France font des discours en anglais, que le Rwanda passe du français à l'anglais, que le Secrétaire général de l'ONU - organisme qui a l'anglais et le français comme langues d'usage - s'adresse en anglais, par lettre, au président de la République française, ce «sommet» se termine par des voeux pieux sur tout et rien. Avec des amis comme ça, la francophonie n'a pas besoin d'ennemis! Elle se détruit d'elle même et perd le peu de crédibilité qu'elle avait.

    C'est Laflaque qui a raison, le chien-cadeau de Sarko aurait dû s'appeler S'tie au lieu d'Estrie pour bien souligner le désabusement de la francophonie!

  • Buisson T.j.
    Inscrit
    lundi 20 octobre 2008 13h31
    Au fond, c'est quoi la Francophonie ?
    Je pense, qu'il serait temps de bien définir ce qu'est la Francophonie: ses caractéristiques, les personnes qui la composent, leurs Histoires, ainsi de suite..!
    Ce serait bien de faire cà, avant toutes critiques et autres.
    Je pense que de la manière dont se vie la Francophonie tant au Québec qu'en France ne peut-être que différente que de celle qui se vie au Congo, au Mali ou au Maroc.
    Tout cà, vient du fait que l'histoire de la Francophonie est complétement différente d'un continent à l'autre.
    Ne demandez pas à une population d'un pays d'Afrique Équatorial d'avoir une obscession nuit et jour de la langue Française, alors que son rapport à cette langue est différente de la votre et son histoire l'est aussi.
    Je suis parfois surpris de la manière dont certaine personne veulent Franciser à tout bout de champs comme si l'uniformité serait le but rechercher.
    Pour nombres de pays dit Francophone lors de ce sommet, la langue Française n'est qu'une conséquence de l'Histoire. Elle en est vécu comme t'elle !

  • Patrick Charrier
    Abonné
    lundi 20 octobre 2008 15h26
    Des instituteurs
    La mesure urgente pour la langue française consiste à former (et payer) des dizaines de milliers d'instituteurs pour l'Afrique, et notamment pour la Rdc. L'avenir de notre langue est en Afrique, et c'est là qu'elle est le plus menacée (voir le Rwanda).

  • jean robin
    Inscrit
    mardi 21 octobre 2008 05h15
    comment "parler la france" ?
    Je dois avouer que j'ai un peu honte d'être français. J'ai en effet le sentiment que le pays qui défend le moins notre langue est celui d'où elle émane : la France.Comme vous l'avez fait remarquer, outre le peu d'empressement de notre président à prendre résolument le parti de la francophonie, la couverture médiatique du sommet n'a pas été ici discrète mais inexistante.Par contre, notre ministre de l'éducation nationale n'a pas manqué de souligner, pour sa réforme de l'enseignement, l'importance de l'apprentissage des langues étrangères, en particulier l'anglais.Si j'en avais les moyens, je deviendrais bien Québécois, ne serait-ce que pour pouvoir continuer à "parler la France".

  • Chryst
    Abonné
    mardi 21 octobre 2008 11h58
    Plus ça change plus c'est pareil, bla, bla, bla ...
    On a abordé de tout à ce sommet, belle façon de ne rien faire du tout.

    On a parlé d'économie (crise financière, stabilité des banques), de coopération internationale (aide aux pays du sud), de droits humains (personnes déplacées, liberté de presse, etc.) d'environnement (réchauffement climatique), de culture (grande bibliothèque virtuelle, langue, prochains jeux de le Francophonie, etc.), de politique internationale (Georgie, zone démilitarisée au Proche-Orient, etc.) de sécurité (Liban), de mysticisme au Québec et de sa façon de s'en sortir, etc.

    Avec tout ce que le printemps lui réserve, il n'a pas fini de faire parler de lui; les impacts de l'informatique tiendront du miracle.

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