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Plus de 13 000 personnes ont été tuées ou sont disparues depuis 2002 - Chasse aux militants des droits en colombie

Un regroupement d'ONG et de syndicats a présenté un rapport au Conseil des droits de l'homme de l'ONU

25 septembre 2008  Actualités internationales
Mario Uribe, le frère du président colombien, doit faire face à une enquête sur ses liens avec les paramilitaires.
Photo : Agence Reuters
Mario Uribe, le frère du président colombien, doit faire face à une enquête sur ses liens avec les paramilitaires.
Bogotá — Il était près de midi, samedi dernier, quand deux inconnus à moto ont abattu Ever González dans un hameau du sud-ouest de la Colombie. Le paysan, militant défenseur des droits de l'homme, a grossi la cohorte des civils victimes du conflit colombien, abattus loin des villes et des pages de la presse nationale.

Pour rappeler leur existence, une coordination d'ONG et de syndicats a présenté ce mois-ci au Conseil des droits de l'homme de l'ONU un rapport sur la situation du pays andin entre 2002 et 2007. Selon ce texte, 13 634 personnes ont été tuées ou ont disparu hors combat, comme González, pour des raisons socio-politiques: à cause de leurs idées, leur opposition à un groupe armé...

Lorsque leurs auteurs sont identifiés, un quart de ces assassinats est attribuables aux guérillas marxistes — principalement les FARC — dont les exactions sont largement médiatisées. Mais dans plus de 17 % des cas, c'est l'armée régulière qui exécuterait les civils, souvent pour les présenter ensuite comme des guérilleros. «Ces montages se multiplient», s'alarme Alvaro Villarraga, un des auteurs du rapport. Ever González, le paysan mort samedi, réclamait précisément justice pour des voisins tués par des soldats en 2007.

Tous les autres assassinats seraient le fait de milices paramilitaires. Malgré la démobilisation officielle de leurs 15 000 combattants, négociée depuis 2003 avec le pouvoir, ces troupes anti-guérilla, liées au trafic de drogue, compteraient toujours 9000 hommes, avec la bienveillance des autorités. En février 2005, cinq paysans et leurs trois enfants ont ainsi été dépecés par un groupe de miliciens et de soldats.

L'impunité

Le président conservateur Alvaro Uribe, élu et réélu sur sa politique «à poigne», se défend en présentant une baisse générale des homicides (au-delà des seules victimes du conflit) de 38 % depuis 2002. «Mais la situation humanitaire est toujours grave, et l'impunité est généralisée», conteste Villarraga.

Les paramilitaires, rappelle-t-il, ont bénéficié d'alliés jusqu'au coeur du pouvoir: 63 parlementaires, pour la plupart membres de la coalition pro-Uribe, ont été accusés par la Cour Suprême de liens avec les milices. Mais les chefs des escadrons démobilisés, qui auraient pu dénoncer leurs anciens complices, patrons ou politiques, ont été pour la plupart extradés aux États-Unis pour trafic de drogue, laissant leurs dossiers pour violations des droits de l'homme moisir à Bogotá. Alvaro Uribe, loin d'aider à faire la lumière, s'est engagé dans une guerre contre la Cour Suprême, dont il veut rogner les ailes par une réforme qui fait polémique. «L'équilibre des pouvoirs est menacé», dénonce Villarraga.

Le droit des victimes est bafoué, ajoute-t-il Villarraga. Les plus de 4 millions de réfugiés internes colombiens ont abandonné au moins 5 millions d'hectares, occupés depuis par les chefs des milices et leurs alliés. Or, le pouvoir a pris le parti des bourreaux: une nouvelle loi permet de réclamer la propriété d'une terre après l'avoir occupée pendant cinq ans... Ce qui revient, commente Villarraga, à «légaliser l'usurpation».
 
 
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