samedi 26 mai 2012 Dernière mise à jour 00h05
fermer

Connexion au Devoir.com

Mot de passe oublié?


Chercher

Inscrivez-vous (gratuit)
Mot de passe oublié?
Abonné papier? Connexion
S'abonner au Devoir
Publicité

Château de cartes

Jamais, depuis la chute du mur de Berlin, les relations entre l'Est et l'Ouest n'ont été aussi enfiévrées qu'actuellement. Hier, Moscou a ajouté à la tension en reconnaissant l'indépendance de l'Abkhazie et de l'Ossétie du Sud. En fait, depuis le début du conflit en Géorgie, il ne se passe guère une journée sans que des portes ouvertes à la faveur de l'implosion de l'empire soviétique se referment.

Les leaders politiques de l'Abkhazie et de l'Ossétie avaient à peine dévoilé leur ambition sécessionniste qu'elle était saluée par les parlementaires russes d'abord, par le Kremlin ensuite. En annonçant l'établissement de relations diplomatiques avec ces deux anciennes provinces de la Géorgie, le président russe Dmitri Medvedev se doutait évidemment que son geste serait perçu comme une provocation par l'Europe et les États-Unis. Sur ce plan, lui et le président bis, soit Vladimir Poutine, n'ont pas dû être déçus.

En effet, toutes les chancelleries occidentales sont montées au créneau pour fustiger ce dépeçage territorial de la Géorgie, pays, il ne faut pas l'oublier, qui par sa géographie occupe une place centrale pour tout ce qui a trait au transport du gaz et du pétrole et du commerce avec les nations de l'Asie centrale. En clair, qui a de l'ascendant sur la Géorgie est maître du jeu politique dans cette région du monde.

Toujours est-il que de Prague à Washington en passant par Berlin, Londres, Paris, Rome ou Lisbonne, tous les présidents et premiers ministres ont martelé avec force que ces indépendances violaient le droit international ainsi que la ribambelle de résolutions de l'ONU consacrées à l'intégrité géographique de la Géorgie. Parmi ces derniers, tous ces chefs d'État, on retiendra le nom d'Angela Merkel.

Signe d'un temps critique voire symbole du raidissement en cours, Merkel a réagi au geste russe alors qu'elle était en Estonie. Elle avait pris pied dans cette république balte non pas pour discuter commerce, mais bien pour entendre les doléances de dirigeants qui ont la certitude qu'après avoir appliqué son plan de déstabilisation de la Géorgie, le Kremlin va le peaufiner pour mieux s'attaquer aux républiques baltes. Sa méthode? Aiguiser dans un premier temps les aigreurs des russophones de ce coin du monde, leur accorder ensuite la citoyenneté russe avant d'ordonner la charge.

Merkel... En moins de temps qu'il ne faut pour le dire, elle est devenue la championne des anciens satellites de l'Union soviétique aujourd'hui membres de l'Union européenne (UE). On s'attend à ce que lors du sommet extraordinaire convoqué par le président Sarkozy, la semaine prochaine, elle se pose en chef de file de ces nations qui, appréhendant un retour en force de la Russie sur leurs territoires, veulent employer la manière forte. Sur quel front? L'économie d'abord. Par exemple, certains souhaiteraient que l'UE annonce officiellement son opposition à la candidature de la Russie à l'Organisation mondiale du commerce (OMC).

Au point où l'on en est, ce rejet serait dans la logique des gestes faits au cours de la dernière quinzaine. En voici un bilan partiel: suspension de la coopération OTAN-Russie; suspension de la collaboration dans la lutte contre le terrorisme; suspension également du Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires; annonce par l'Ukraine que les déplacements de la marine russe en mer Noire seront limités; arrêt par l'Azerbaïdjan de la distribution de pétrole par un oléoduc qui traverse la Géorgie avant de déboucher en... Turquie! Faut-il préciser que la Turquie commence elle également à être agacée. Très agacée même, car outre le pétrole elle a mis à profit son bon voisinage avec la Géorgie pour se lancer dans une offensive économique vers les pays d'Asie centrale où les Turkmènes, c'est à retenir, se comptent par millions.

Que dire, si ce n'est qu'en tombant bêtement, et avec l'accord plus que tacite de l'administration Bush, dans le piège tendu par Moscou le président géorgien Mikhaïl Saakachvili s'est posé en pyromane. Crédule de surcroît.
 
 
Édition abonné
La version longue de certains articles (environ 1 article sur 5) est réservée aux abonnés du Devoir. Ils sont signalés par le symbole suivant :
 
 












CAPTCHA Image Générer un nouveau code

Envoyer
Fermer

Haut de la page
Cet article vous intéresse?

Vos réactions

Triez : afficher les commentaires  Chargement ...
  • Dominic Pageau - Abonné
    27 août 2008 03 h 03
    La hantise du Kosovo.
    La déclaration unilatérale d'indépendance du Kosovo, c'est ok, mais quand c'est l'indépendance de l'Ossétie du sud pro russe, là, c'est plus ok.

    On peut comprendre les russes sans approuver leurs actes. Personellement, j'ai le gout de rire, la façon dont ils procèdent est magistrale, si ce n'était des morts qui risquent d'y avoir, j'applaudirais.

    C'est quoi ces histoires de traités non respectés ? Et les occidentaux, USA en tête, ils les respectent les traités internationaux?
  • fermer
    Vous devez être connecté pour rédiger un commentaire.
    ou Créer un profil
  •  
  • Claude Jodoin - Inscrit
    27 août 2008 05 h 24
    Droit au but
    Oh, que ce monsieur Truffaut suit et illustre bien la ligne officielle émanant de Washington!!!

    Devriez vous diversifier: "http://fr.rian.ru", ou encore:
    "http://vladimir-poutine.activblog.com/" on y trouve un
    autre son de cloche !!!

    Claude Jodoin Ing.,
    Boca Raton FL, É.-U.
  • fermer
    Vous devez être connecté pour rédiger un commentaire.
    ou Créer un profil
  •  
  • Gilles Bousquet - Inscrit
    27 août 2008 07 h 25
    L'ONU et l'intégralité géographique de ses États
    Il est écrit plus haut : «la ribambelle de résolutions de l'ONU consacrées à l'intégrité géographique de la Géorgie.»

    Ayoye !, l'ONU s'occupe de l'intégrité des pays ? Est-ce que l'ONU pourrait aussi passer une résolution sur l'intégralité géographique du Canada si le OUI sur l'indépendance du Québec, venait à l'emporter ?
  • fermer
    Vous devez être connecté pour rédiger un commentaire.
    ou Créer un profil
  •  
  • Marc Gendron - Abonné
    27 août 2008 08 h 33
    Des coups de pieds dans les tibias
    Depuis les années '90 que l'ours russe mange des coups de pied dans les tibias: Géorgie, Pays baltes, Ukraine, Ossétie, au nord, au sud, tout le tour. L'OTAN, c'est pas rien pour les anciens du Rideau de Fer...

    Les démocraties occidentales ont été bien naïves de penser qu'on pourrait tout exiger et tout obtenir de l'ancien glacis soviétique, capitalisme et maffia aidant.

    Le robot de Vladinmir Poutine, qui sert de président au pays, vient de sonner la fin de la récréation. Les vieux démons de la guerre froide menacent de reprendre du service.

    Ceux qui se sont crus tranquilles du seul fait de la chute du Mur de Berlin vont recommencer à faire des cauchemars.
  • fermer
    Vous devez être connecté pour rédiger un commentaire.
    ou Créer un profil
  •  
  • william morris - Abonné
    27 août 2008 09 h 06
    Rien n'est permanent...
    Bonjour,

    Le président Bush, faut-il le rappeler, n'avait pas l'aval de l'ONU pour aller chercher en Irak les armes à destruction massive de Saddam Hussein, son ex-allié dans le guerre contre l'Iran. Les Américains eux-mêmes reconnaissent qu'il n'y a jamais eu de ces armes.

    Par ailleurs, Washington ne s'est pas gêné par bombarder dans les balkans, qui ne sont tout de même pas des voisins comme le Mexique et le Canada. Washington se dit opposé aux démembrements de pays, mais il a voté pour l'indépendance du Kosovo qui est tout près de l'URSS. Il est maintenant surpris que la Russie veuille protéger ses frontières. L'OTAN essaie de ceinturer le sud de la Russie de petits pays qui seraient membres de l'OTAN. Aimerait-il que la Russie intègre le Mexique dans sa propre alliance militaire ?
    Je crois que Washington a atteint ces dernières années le maximum que le monde est prêt à lui permettre en matière d'interventionnisme. Les nations sont adultes, maintenant,
    et elles veulent respirer le doux air de la liberté.

    Un nouveau monde commence à faire son apparition. C'est à voir.

    Qu'en pensez-vous ?

    William Morris
    www.lemont.canalblog.com
  • fermer
    Vous devez être connecté pour rédiger un commentaire.
    ou Créer un profil
  •  
  • Jacques Francis - Inscrit
    27 août 2008 09 h 19
    Des rapprochements hazardeux
    En créant des rapprochements douteux entre la Guerre froide et le monde actuel, vous induisez une opposition qui, dans les faits, n'est pas aussi tranchée. Dans mon métier, l'Histoire, une telle thèse n'aurait pas été reçue par les paires.
    Il s'agit d'un réflexe journalistique que d'user d'une telle inflation pour exciter le lecteur mais cela ne sert pas votre premier devoir qui est d'informer.
    L'impérialisme russe est un phénomène culturel pluriséculaire et les actions de cet État servent les desseins électoraux de Medvedev et Poutine tout en satifaisant les militaires. Or, économiquement la disproportion des forces entre l'Occident et la Russie n'est même pas à discuter et cette dernière à besoin des capitaux de l'Ouest pour poursuivre sa diversification économique.
    De plus, la Russie connaît un grave problème de dénatalité qui agrave les inquiétudes de l'ethnie russe dans une fédération où la population musulmane croit rapidement.
    Bref, je pense que les soubresauts des militaires russes en Géorgie après tant de reculs ailleurs témoignent de leur faiblesse, d'un orgueil blessé et de leur impuissance face à l'attrait qu'exerce l'Occident.
  • fermer
    Vous devez être connecté pour rédiger un commentaire.
    ou Créer un profil
  •  
  • Pierre Rousseau - Inscrit
    27 août 2008 10 h 26
    Et le Kosovo?
    Quand les Kosovars ont voulu se séparer de la Serbie, dont ils faisaient partie intégrante, les Russes se sont opposés et ont plaidé l'intégrité territoriale de la Serbie mais le support occidental a prévalu et le Kosovo a fait sécession. Maintenant que les Russes font de même et supportent la sécession de l'Abkhazie et l'Ossétie du sud de la Géorgie, les occidentaux crient au meurtre et parlent de guerre froide... Deux poids, deux mesures!
  • fermer
    Vous devez être connecté pour rédiger un commentaire.
    ou Créer un profil
  •  
  • Michel Simard - Abonné
    27 août 2008 13 h 04
    Et l'Ossétie du Nord ?
    Tant qu'à faire, l'Ossétie du Nord-Alanie (700 000 habitants)pourrait joindre l'Ossétie du Sud (100 000 habitants) pour former la république indépendante unie d'Ossétie. Ah j'oubliais, l'Ossétie du Nord est sous la juridiction russe.
  • fermer
    Vous devez être connecté pour rédiger un commentaire.
    ou Créer un profil
  •  
  • LeRévoltéTranquille - Abonné
    27 août 2008 13 h 15
    Il est temps...
    ... de faire de la realpolitik et de faire de la rétorsion économique en RETIRANT les contrats d'approvisionnement de Gazprom pour le projet RABASKA !

    Ce faisant les opposants écologistes auront un prix de consolation face au gouvernement libâral provincial castor-bricoleur turbo-capitaliste affairiste tête de pioche pneumatique.

    D'autre part, sous le prétexte fallacieux de protéger des "compatriotes expatriéEs" après avoir perverti le processus de politique intérieure de la Géorgie en distribuant des passeports russes aux Ossètes et autres Abkhazes, ils envahissent un pays souverain en occupant ses territoires séparatistes, processus de politique intérieure perverti donc par l'intervention d'un pays étranger hostile à un règlement politique négocié pour l'état civil des séparatistes dans le cadre de l'État géorgien.

    Mais il est hautement improbable que notre bon gouvernement canadian respectueux des droits de l'Homme et de l'intégrité territoriale des peuples parties d'États souverains ne s'avance à braver l'Ours impérialiste russe, trouvant à conforter l'état de fait que l' "economese" est le seul langage parlé et compris en politique internationale ces temps-çi.

    Ça me rappelle que notre bon gouvernement canadian s'épanche dans des dépenses militaires effrénées pour renouveler un équipement vétuste avec nos taxes et impôts qui ne servira pas seulement qu'aux missions militaires extérieures ou d'affirmation de la souveraineté nationale dans l'Arctique.

    Ne nous suprenons pas que ce bon gouvernement fédéraliste canadian (peu importe la couleur), en bon néo-colonialiste impérialiste en culottes courtes, s'éprenne des méthodes fortes de ses grands frères fédéralistes internationaux et par le fait même ne se prive pas de retourner ces belles armes neuves contre Nous, du moment que la date du jour du Grand Soir est connue.

    Vite, les Français, envoyez-Nous des passeports pour résister pacifiquement à l'Envahisseur anglosaxon...

    P.S.: Quelle bonne idée des Russes, quand même...
  • fermer
    Vous devez être connecté pour rédiger un commentaire.
    ou Créer un profil
  •  
  • Pierre François Gagnon - Inscrit
    27 août 2008 14 h 04
    L'indépendance de l'Abkhazie et de l'Ossétie du Sud
    En autant que ces deux États sont les territoires d'origine de peuples fondateurs de cette région du monde et qu'ils y sont majoritaires, et qu'ils veulent acquérir et exercer leur souveraineté démocratiquement, je ne vois pas pourquoi ils n'en auraient pas le droit international fondamental.

    C'est aussi simple que cela, et cela s'applique également à un éventuel Québec souverain. Peut importe, d'ailleurs, que l'Abkhazie et l'Ossétie du Sud doivent faire alliance avec la Russie pour assurer leur défendabilité vis-à-vis de la Georgie ou de l'Otan, car le Québec aura certainement besoin de faire front commun avec la France pour accéder à sa pleine et entière souveraineté. Ce n'est malheureusement pas l'intérêt bien compris du gouvernement de Sarko à notre égard... il va sans dire! Il se tire dans le pied, celui-là! Mais que voulez-vous? Des deux de pique en matière de géopolitique stratégique, ça existe! Ici aussi...
  • fermer
    Vous devez être connecté pour rédiger un commentaire.
    ou Créer un profil
  •  
  • Gabriel RACLE - Inscrit
    3 septembre 2008 13 h 58
    Marginaliser ou associerez?
    Pour le ministre des Affaires étrangères français, M. Bernard Kouchner, la Russie pourrait avoir, après l'Ossétie du sud et l'Abkhazie géorgiennes, d'autres objectifs dont la Crimée, l'Ukraine, la Moldavie, a-t-il déclaré le 27 août, en soulignant que «c'est très dangereux». Et l'on peut penser que la Crimée, cette péninsule du sud de l'Ukraine, pourrait-être particulièrement visée puisqu'elle était regardée comme territoire russe, jusqu'à ce que Nikita Khrouchtchev la cède à Kiev en 1954, dans un geste de bonne volonté.
    Comme l'Ukraine était un pays satellite de l'UESS, cela ne changeait pas grand chose en pratique. La situation a changé avec l'écroulement de l'Union soviétique et l'indépendance de l'Ukraine, ce qui a posé le statut de la flotte russe de la mer Noire, basée en Crimée. Il a fallu la partager et elle y conserve des bases en vertu d'un accord avec l'Ukraine, qui vient, à la suite de la guerre de Géorgie, d'imposer des contrôles au mouvement de cette flotte. De quoi irriter Moscou. De quoi aussi irriter la partie russophone de l'Ukraine, dont le gouvernement a demandé son intégration à l'OTAN. Ce que la Géorgie avait fait également et continue de faire, y voyant une protection contre son puissant voisin du Nord.
    Pour ne pas mécontenter la Russie, lors de la réunion de l'OTAN à Bucarest, en avril dernier, alors que les États-Unis et d'autres pays, comme les anciens satellites de l'URSS (Estonie, Lettonie et Lituanie, par exemple), avaient vigoureusement espéré que ce sommet de l'OTAN accorderait à la Géorgie comme à l'Ukraine le statut de candidat officiel à l'adhésion à l'Alliance atlantique, Paris, Berlin et les trois pays du Benelux ont plaidé la prudence. En un sens, cette décision de non-décision laissait la porte ouverte à une possible intervention russe, comme celle qui vient de se produire en Géorgie. Si la Géorgie était associée à l'OTAN, les choses se seraient sans doute déroulées autrement, tant du côté géorgien, qui aurait dû consulter l'OTAN avant de se lancer dans une opération risquée, que du côt6é russe, peu soucieux de se mettre l'OTAN à dos.
    Et précisément le Kremlin s'oppose vigoureusement à toute intégration à l'OTAM des pays de son flanc Sud, après avoir dû accepter celle des États baltes, qui comptent d'importantes communautés russophones. À l'époque, la Russie n'était pas de taille à s'opposer à cette adhésion. C'en est fini désormais, et la Russie tient à montrer sa force, à se faire respecter et à être prise en compte. L'intervention en Géorgie lui en donnait l'occasion et c'est sans doute la raison fondamentale de celle-ci.
    Dans une considération politique globale des problèmes internationaux qui concernent l'Europe et les États-Unis d'un côté, et la Russie de l'autre, l'idéal est-il de marginaliser la Russie et de ne pas lui reconnaître le statut de grande puissance, qu'elle était historiquement déjà du tems des tsars? Le résultat n'en est-il pas une nouvelle forme d'opposition Ouest-Est, qui peut déboucher sur une nouvelle forme de «guerre froide», non idéologique cette fois? En bouclant la Russie derrière la barrière de l'OTAN, on fait retomber ce pays, qui est toujours une très grande puissance militaire, dans une situation conflictuelle qui peut s'avérer fort dangereuse.
    Si l'OTAN se trouve ou pouvait se trouver engagée partout, il suffirait à un pays, à une minorité de déclencher une action qui pourrait entraîner une satiation conflictuelle aigrie. On peut d'ailleurs se demander si les actions entreprises pat le président géorgien Saakhachvili ne visaient pas à donner au problème stagnant de l'Ossétie du Sud, une dimension internationale, lui obtenant le soutien, sinon militaire de l'OTAN, du moins diplomatique de l'Union européenne et des États-Unis, acquis peut-être implicitement à cette cause. Il aurait pu en être ainsi il y a quelques années, mais ce temps est révolu. La Russie montre ses dents.
    Car «Moscou a de bonnes raisons de craindre une prise en tenaille par l'OTAN si un jour la Géorgie rejoint l'Alliance atlantique. On comprend que les dirigeants russes sont prêts à tout pour empêcher la complète otanisation de leur périphérie, sachant qu'une fois celle-ci réalisée, leur marge d'autonomie aura pratiquement disparu», de dire Bertrand Badie, professeur à Science Po à Paris (Le Monde, 26 août).
    Et lorsque le ministre des Affaires étrangères français parle de situation dangereuse, il souligne une réalité. Et celle-ci peut comporter deux aspects. Pour éviter ou briser un encerclement, les dirigeants russes sont prêts à tout, comme l'indique B. Badie. Leur réaction en Géorgie est un exemple concret. Ils sont déjà présents militairement en Moldavie, ce pays qui s'insère entre l'Ukraine et la Roumanie. Il existe en effet une République moldave de Transnistrie, une république autoproclamée qui a fait sécession de la république de Moldavie en 1991 à la suite de l'effondrement de l'Union soviétique. La Russie y stationne des éléments de sa 14e armée pour empêcher la Moldavie de reprendre le contrôle de cette région. La tentative de la Moldavie de le faire, en 1992, s'est soldée par une cuisante défaite face à la 14e armée russe, alors commandée par le général Alexandre Lebed. Tout ceci nous rappelle les problèmes de l'Ossétie du Sud ou de l'Abkhazie et du conflit avec la Géorgie. Par ailleurs, l'Ukraine fait ainsi face à l'à une armée russe à l'Est et à l'Ouest.
    D'autre part, bloquée à l'Ouest par l'OTAN, la Russie ne pourrait-elle pas se tourner vers la Chine? La tendance à marginaliser la Chine, à donner des leçons, peut se révéler un facteur incitatif pour que les deux pays fausser «cause commune», d'autant qu'il ne reste guère de problèmes qui les opposent. De plus, il existe un groupe, dit groupe de Shanghai, qui s'appelle en fait l'OCS, Organisation de coopération de Shanghai, et qui regroupe la Chine, le Kazakhstan, le Kirghizstan, l'Ouzbékistan, la Russie et le Tadjikistan. Cette organisation a été créée pour promouvoir la coopération économique et la sécurité régionale en Asie centrale.
    Il convient, selon les pays membres, de promouvoir la coopération dans l'exploitation des gisements de pétrole et de gaz et la construction de grosses conduites, le développement de l'industrie pétrochimique et du secteur hydroélectrique, et l'extraction des minerais. «Nous accorderons une grande attention à l'agroalimentaire, à la coopération dans les hautes technologies et les transports, à la coordination de notre politique de transit et à la création de corridors internationaux de transport», déclare un de leurs documents.
    On constate que cette intégration a fait des progrès importants et que les républiques d'Asie centrale prennent leur distance avec les États-Unis. Et voici que l'Iran a été admis comme observateur au sein de ce groupe. On assiste ainsi à un réalignement éventuel de pays d'importance économique, politique et militaire non négligeable. Plutôt que de s'opposer et de marginaliser, ne vaudrait-il pas mieux discuter et se rapprocher. On sait que Barack Obama a fait sensation en disant qu'il était prêt à discuter avec l'Iran. L'exemple de la Corée du Nord est pourtant là, qui a vu les États-Unis s'engager dans de difficiles discussions et négociations avec un certain succès, non encore achevé. Recréer des groupes qui s'opposent n'est certainement pas une bonne idée.
    «La manière dont la diplomatie occidentale traite maladroitement Pékin et Moscou en leur infligeant la même punition, c'est-à-dire en les marginalisant dans tous les grands dossiers internationaux, en leur dispensant conseils et injonctions, en les excluant notamment par le biais de l'OTAN du traitement des grands conflits contemporains, ne peut à terme que rapprocher les deux géants de l'Eurasie», d'ajouter B. Badie. Ainsi, les «menace » proférées à l'égard de la Russie, comme sa non-admission au sein de l'OMC, l'abandon de manoeuvres conjointes OTAN-Russie, et en représailles celle de la rupture des relations ORAN-Russie au sein du Conseil OTAN-Russie (COR), un mécanisme de consultation, d'établissement de consensus, de coopération, de décision conjointe et d'action conjointe dans le cadre duquel les différents États membres de l'OTAN et la Russie travaillent ensemble en tant que partenaires égaux à toute une gamme de questions de sécurité d'intérêt commun, servent-elles la cause commune de relations équitables et coopératives entre des grandes puissances comme la Russie, l'Union européenne, les États-Unis et, indirectement en arrière plan, la Chine, ou pour reprendre une expression du président Sarkozy, «le nouveau concert des nations»?
    D'autant que la période actuelle est celle d'une fin de règne aux États-Unis, alors que le désormais premier ministre Poutine a les mains libres, et peut diriger son pays en sous-main, en laissant au président Dimitri Medvedev, que l'on a qualifié d'ombre de Poutine, le soin de s'expliquer. Les perspectives qui se présentent ne sont pas les meilleures et la cristallisation des positions de «confrontation» n'aideront pas à sortir d'une crise qui, effectivement, peut-être dangereuse. Certes, il n'est pas facile de s'associer, comme le montre la construction lente mais progressive de l'Union européenne. Toutefois, les résultats de cette Union en prouvent la possibilité et les résultats positifs, comme tout simplement l'absence de conflits entre des pays qui se sont affrontés pendants des siècles, ce qui n'est pas rien.
    Gabriel Racle
  • fermer
    Vous devez être connecté pour rédiger un commentaire.
    ou Créer un profil
  •  
  • fermer
    Vous devez être connecté pour rédiger un commentaire.
    ou Créer un profil
Cet article vous intéresse?
11 réactions
0 vote Voter
 
  • a Taille du texte -- ++
  • Imprimer
  • Envoyer
  • Partager
  • Droits de reproduction
  • Voter
Pour en savoir plus
Mots-clés de l'article
Recherche complète sur le même sujet


Publicité

Les blogues du devoir

Vos commentaires

m'inscrire
 
Recherche



Exemples de recherche :
Robert Sansfaçon
"directeur général des élections"

S'abonner au Devoir
Abonnez-vous au journal papier Le Devoir ou à la version Internet.
Publicité
Vous souhaitez annoncer dans Le Devoir, contactez le service de publicité.

En savoir plus
Stratégie Web et référencement par Adviso
Design Web par Egzakt
© Le Devoir 2002-2012