Au lendemain du veto de la France, de la Belgique et de l'Allemagne - L'OTAN s'enfonce dans la crise
Londres s'oppose à la proposition franco-germano-russe sur les inspections, que la Chine choisit d'appuyer
12 février 2003
Actualités internationales
Photo : Agence Reuters
Vladimir Poutine a poursuivi hier une visite officielle en France.
Pour la troisième journée consécutive, les ambassadeurs des 19 pays membres de l'Alliance atlantique ont échoué hier dans la recherche d'un consensus sur l'aide militaire à apporter à la Turquie en cas de guerre contre l'Irak. Ce litige s'ajoute à celui sur l'interprétation de la résolution des Nations unies sur les inspections comme pomme de discorde entre Paris et le tandem américano-britannique.
Bruxelles — Au lendemain du veto retentissant de la France, de l'Allemagne et de la Belgique aux demandes américaines sur l'Irak, l'OTAN s'est enfoncée dans la crise hier en échouant à trouver un compromis sur la défense de la Turquie en cas de conflit.
La France, l'Allemagne et la Belgique ont maintenu leur refus de s'engager à ce stade dans une «logique de guerre» malgré les pressions répétées des États-Unis.
Les ambassadeurs des 19 pays membres de l'Alliance ne sont pas parvenus à des «conclusions» hier soir à l'issue d'une réunion qui n'a duré que 20 minutes, a reconnu le porte-parole de l'OTAN, Yves Brodeur.
Il a précisé que «les consultations dans les capitales allaient se poursuivre dans la soirée et dans la nuit» avant une nouvelle réunion extraordinaire des ambassadeurs ce matin à 9h45 locales.
Des «consultations intensives», qui avaient entraîné à deux reprises le report de la réunion initialement prévue en fin de matinée, n'ont pas permis d'infléchir le trio d'alliés européens récalcitrants.
La France, l'Allemagne et la Belgique avaient mis leur veto lundi à une série de demandes américaines portant notamment sur la protection de la Turquie en cas de conflit en Irak.
Selon des diplomates, ces trois pays «n'ont pas changé leur position», en dépit du fait que la Turquie ait repris à son compte les requêtes de Washington en invoquant, fait exceptionnel, l'article 4 du traité fondateur de l'OTAN.
L'article 4 du traité de l'OTAN prévoit des consultations entre les alliés dès lors que l'un d'eux estime sa «sécurité» ou son «intégrité territoriale» menacées.
«On imagine difficilement qu'il y ait du mouvement avant le 14 février», a estimé un diplomate en se référant à la remise vendredi d'un nouveau rapport des chefs des inspecteurs du désarmement de l'Irak, Hans Blix et Mohammed el-Baradeï, au Conseil de sécurité des Nations unies.
«Le rapport d'Hans Blix sera un élément nouveau dont il faudra tenir compte, dans un sens ou dans l'autre», a réaffirmé hier le ministre belge des Affaires étrangères, Louis Michel.
Les États-Unis, qui veulent au contraire débloquer la situation à l'OTAN d'ici vendredi, ont réitéré leur agacement et menacé de contourner le veto franco-germano-belge.
Le secrétaire d'État américain Colin Powell a appelé l'OTAN à «faire ce qu'il faut pour la Turquie dans les prochaines 24 heures». Si la situation «regrettable» de blocage devait se poursuivre, «nous irions de l'avant avec les pays qui le voudront» pour répondre aux besoins turcs, a-t-il averti.
Le chef de la diplomatie britannique, Jack Straw, est lui aussi monté au créneau en se disant «très préoccupé» par le risque que la crise à l'OTAN, «une affaire grave», n'en vienne à «saper les relations transatlantiques en matière de défense».
Lord Robertson avait jugé l'invocation lundi par Ankara de l'article 4 susceptible de faciliter un compromis en concentrant le débat non plus sur les demandes américaines mais sur la seule protection de la Turquie.
Propositions de sortie de crise
Plusieurs propositions de sortie de crise ont circulé hier. «Certains pays, dont l'Espagne, ont suggéré que l'on se concentre sur les mesures qui concernent directement la Turquie», a expliqué un responsable de l'OTAN.
Cela reviendrait à retirer d'une liste américaine qui avait déjà été révisée deux mesures relatives à la protection des bases américaines en Europe et au remplacement de soldats américains stationnés notamment dans les Balkans et qui seraient appelés sur d'autres théâtres d'opérations.
L'assistance à la Turquie porte sur le déploiement de batteries de missiles antimissiles Patriot, l'utilisation des avions radar AWACS et l'envoi d'unités spécialisées dans la lutte contre les armes bactériologiques et chimiques.
Londres a fermement rejeté hier les propositions franco-germano-russes prônant un renforcement des inspections en Irak, mais la probabilité d'une deuxième résolution de l'ONU semblait reculer, tout comme la popularité de Tony Blair.
Onze des quinze membres du Conseil de sécurité de l'ONU sont en faveur d'une prolongation des inspections en Irak, ont affirmé hier des sources proches du gouvernement allemand en désignant les réfractaires (États-Unis, Grande-Bretagne, Espagne et Bulgarie).
L'Allemagne, la France et la Russie espèrent rassembler les autres membres du Conseil de sécurité des Nations unies autour de leur «alternative à la guerre» annoncée officiellement lundi, qui passe par le renforcement des inspections en Irak, a-t-on appris de sources diplomatiques à l'ONU.
L'initiative, soutenue hier par la Chine, a été vivement critiquée par le ministre britannique des Affaires étrangères, Jack Straw, devant l'Institut international d'études stratégiques (IISS), à Londres.
Les travaillistes en perte de vitesse
Il a estimé que le renforcement des inspections en Irak constituait «une recette pour des atermoiements et des délais» supplémentaires de la part du président Saddam Hussein.
Ces propositions «ne marcheront pas», a détaillé M. Straw. «Une zone d'exclusion aérienne totale exigerait l'immobilisation complète et permanente de l'armée de l'air irakienne», a-t-il expliqué.
Selon M. Straw, le déploiement de Casques bleus de l'ONU en Irak «supposerait que l'armée irakienne reste dans ses casernes et, à nouveau, cela demande un degré de coopération active infiniment plus grand que tout ce qui a été manifesté jusqu'ici».
«Une deuxième résolution des Nations unies est moins probable» depuis la prise de position du président français Jacques Chirac, estimait l'Independent dans une tribune, une idée reprise par plusieurs autres titres.
M. Straw se montrait cependant très confiant sur ce point. «Les arguments en faveur d'une deuxième résolution seront écrasants» si le rapport des inspecteurs présenté vendredi «confirme» que l'Irak est toujours en violation patente de ses engagements vis-à-vis de l'ONU, a-t-il déclaré.
Selon un sondage catastrophique publié hier par le Times, les travaillistes au pouvoir recueillent 35 % de popularité contre 34 % aux conservateurs, qui gagnent deux points par rapport au mois dernier. Il s'agit du plus bas niveau de popularité du Labour depuis plus de dix ans.
Bruxelles — Au lendemain du veto retentissant de la France, de l'Allemagne et de la Belgique aux demandes américaines sur l'Irak, l'OTAN s'est enfoncée dans la crise hier en échouant à trouver un compromis sur la défense de la Turquie en cas de conflit.
La France, l'Allemagne et la Belgique ont maintenu leur refus de s'engager à ce stade dans une «logique de guerre» malgré les pressions répétées des États-Unis.
Les ambassadeurs des 19 pays membres de l'Alliance ne sont pas parvenus à des «conclusions» hier soir à l'issue d'une réunion qui n'a duré que 20 minutes, a reconnu le porte-parole de l'OTAN, Yves Brodeur.
Il a précisé que «les consultations dans les capitales allaient se poursuivre dans la soirée et dans la nuit» avant une nouvelle réunion extraordinaire des ambassadeurs ce matin à 9h45 locales.
Des «consultations intensives», qui avaient entraîné à deux reprises le report de la réunion initialement prévue en fin de matinée, n'ont pas permis d'infléchir le trio d'alliés européens récalcitrants.
La France, l'Allemagne et la Belgique avaient mis leur veto lundi à une série de demandes américaines portant notamment sur la protection de la Turquie en cas de conflit en Irak.
Selon des diplomates, ces trois pays «n'ont pas changé leur position», en dépit du fait que la Turquie ait repris à son compte les requêtes de Washington en invoquant, fait exceptionnel, l'article 4 du traité fondateur de l'OTAN.
L'article 4 du traité de l'OTAN prévoit des consultations entre les alliés dès lors que l'un d'eux estime sa «sécurité» ou son «intégrité territoriale» menacées.
«On imagine difficilement qu'il y ait du mouvement avant le 14 février», a estimé un diplomate en se référant à la remise vendredi d'un nouveau rapport des chefs des inspecteurs du désarmement de l'Irak, Hans Blix et Mohammed el-Baradeï, au Conseil de sécurité des Nations unies.
«Le rapport d'Hans Blix sera un élément nouveau dont il faudra tenir compte, dans un sens ou dans l'autre», a réaffirmé hier le ministre belge des Affaires étrangères, Louis Michel.
Les États-Unis, qui veulent au contraire débloquer la situation à l'OTAN d'ici vendredi, ont réitéré leur agacement et menacé de contourner le veto franco-germano-belge.
Le secrétaire d'État américain Colin Powell a appelé l'OTAN à «faire ce qu'il faut pour la Turquie dans les prochaines 24 heures». Si la situation «regrettable» de blocage devait se poursuivre, «nous irions de l'avant avec les pays qui le voudront» pour répondre aux besoins turcs, a-t-il averti.
Le chef de la diplomatie britannique, Jack Straw, est lui aussi monté au créneau en se disant «très préoccupé» par le risque que la crise à l'OTAN, «une affaire grave», n'en vienne à «saper les relations transatlantiques en matière de défense».
Lord Robertson avait jugé l'invocation lundi par Ankara de l'article 4 susceptible de faciliter un compromis en concentrant le débat non plus sur les demandes américaines mais sur la seule protection de la Turquie.
Propositions de sortie de crise
Plusieurs propositions de sortie de crise ont circulé hier. «Certains pays, dont l'Espagne, ont suggéré que l'on se concentre sur les mesures qui concernent directement la Turquie», a expliqué un responsable de l'OTAN.
Cela reviendrait à retirer d'une liste américaine qui avait déjà été révisée deux mesures relatives à la protection des bases américaines en Europe et au remplacement de soldats américains stationnés notamment dans les Balkans et qui seraient appelés sur d'autres théâtres d'opérations.
L'assistance à la Turquie porte sur le déploiement de batteries de missiles antimissiles Patriot, l'utilisation des avions radar AWACS et l'envoi d'unités spécialisées dans la lutte contre les armes bactériologiques et chimiques.
Londres a fermement rejeté hier les propositions franco-germano-russes prônant un renforcement des inspections en Irak, mais la probabilité d'une deuxième résolution de l'ONU semblait reculer, tout comme la popularité de Tony Blair.
Onze des quinze membres du Conseil de sécurité de l'ONU sont en faveur d'une prolongation des inspections en Irak, ont affirmé hier des sources proches du gouvernement allemand en désignant les réfractaires (États-Unis, Grande-Bretagne, Espagne et Bulgarie).
L'Allemagne, la France et la Russie espèrent rassembler les autres membres du Conseil de sécurité des Nations unies autour de leur «alternative à la guerre» annoncée officiellement lundi, qui passe par le renforcement des inspections en Irak, a-t-on appris de sources diplomatiques à l'ONU.
L'initiative, soutenue hier par la Chine, a été vivement critiquée par le ministre britannique des Affaires étrangères, Jack Straw, devant l'Institut international d'études stratégiques (IISS), à Londres.
Les travaillistes en perte de vitesse
Il a estimé que le renforcement des inspections en Irak constituait «une recette pour des atermoiements et des délais» supplémentaires de la part du président Saddam Hussein.
Ces propositions «ne marcheront pas», a détaillé M. Straw. «Une zone d'exclusion aérienne totale exigerait l'immobilisation complète et permanente de l'armée de l'air irakienne», a-t-il expliqué.
Selon M. Straw, le déploiement de Casques bleus de l'ONU en Irak «supposerait que l'armée irakienne reste dans ses casernes et, à nouveau, cela demande un degré de coopération active infiniment plus grand que tout ce qui a été manifesté jusqu'ici».
«Une deuxième résolution des Nations unies est moins probable» depuis la prise de position du président français Jacques Chirac, estimait l'Independent dans une tribune, une idée reprise par plusieurs autres titres.
M. Straw se montrait cependant très confiant sur ce point. «Les arguments en faveur d'une deuxième résolution seront écrasants» si le rapport des inspecteurs présenté vendredi «confirme» que l'Irak est toujours en violation patente de ses engagements vis-à-vis de l'ONU, a-t-il déclaré.
Selon un sondage catastrophique publié hier par le Times, les travaillistes au pouvoir recueillent 35 % de popularité contre 34 % aux conservateurs, qui gagnent deux points par rapport au mois dernier. Il s'agit du plus bas niveau de popularité du Labour depuis plus de dix ans.
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