Poids démographique des francophones - L'Afrique est au coeur des enjeux
«Le Québec a une expertise qui n'a pas de commune mesure ailleurs dans le monde dans le domaine de la démolinguistique»
Photo : Agence France-Presse
Lundi prochain s'ouvre au Musée de la civilisation à Québec le 15e colloque de l'Association internationale des démographes de langue française. Si pour les observateurs présents surprise il y aura, ce sera dans le fait que l'Afrique sera décrite comme étant l'«avenir» offert aux défenseurs de la langue française. Pour 2050, on prévoit donc un demi-milliard de personnes parlant français sur la planète!
Au Québec, la situation des francophones est toujours fragile en raison de leur très faible taux de fécondité. Mais qu'en est-il du reste du monde? En fait, d'un point de vue international, le poids démographique des francophones se porte plutôt bien: une grande croissance de leur nombre est même à prévoir. Toutefois, ce n'est pas vers les pays européens comme la France, la Belgique ou la Suisse qu'il faut se tourner pour observer la croissance, mais vers l'Afrique.
C'est du moins ce qui ressort des études de Richard Marcoux, démographe et professeur au département de sociologie de l'Université Laval.
«Dans le monde, le nombre de locuteurs francophones, estimé à 175 millions en 2000, pourrait atteindre près de 700 millions en 2050. Ainsi, les francophones, qui représentaient en 2000 moins de 3 % de la population mondiale, pourraient passer à 7 % en 2050», indique-t-il.
Pour être témoin du boom, c'est vers le continent noir qu'il faut se tourner, d'après M. Marcoux, également directeur des Cahiers québécois de démographie et ancien coordonnateur du Réseau de chercheurs en démographie à l'Agence universitaire de la Francophonie.
«Il existe 32 États dont le français est la langue officielle et les deux tiers sont situés en Afrique, affirme-t-il. Aussi, il faut savoir que l'Afrique prendra de plus en plus d'importance dans la francophonie au cours des années à venir. Alors que moins de la moitié des francophones du monde y vivaient en 2000, on peut s'attendre à y trouver près de 85 % d'entre eux en 2050, soit plus d'un demi-milliard des francophones de la planète.»
Décroissance au Nord, croissance au Sud
Cette situation s'explique par des facteurs qui proviennent à la fois du Nord et du Sud. D'abord, parlons de ce vieillissement de la population.
«Dans les pays du Nord, le vieillissement de la population est une tendance lourde. Et ce n'est pas notre mini-baby-boom québécois qui y changera quelque chose. Ici comme en Europe, le vieillissement de la population est réel et est lié à un bas taux de fécondité qui conduit à une décroissance démographique», explique le chercheur.
En Afrique, la situation est complètement différente.
«Si quelques pays africains vivent une baisse de leur fécondité depuis quelques décennies, comme l'Afrique du Sud, plusieurs autres, notamment en Afrique subsaharienne, continuent et continueront d'avoir un taux de fécondité très élevé, surtout dans les régions rurales. Cela est dû notamment au fait que, dans ces régions, l'économie de type familial est toujours dominante, ce qui signifie que les familles ont besoin de bras! C'est le cas de plusieurs pays membres de la Francophonie, ce qui nous permet de croire que leur fécondité demeurera élevée», explique Richard Marcoux.
Ces facteurs ne sont toutefois pas les seuls qui expliquent ce grand bouleversement à prévoir en ce qui a trait au poids démographique des francophones. Il faut aussi regarder le grand potentiel des pays africains d'aller chercher davantage de francophones à l'intérieur même de leurs frontières, par l'éducation.
Des investissements importants sont faits dans plusieurs pays africains pour se rapprocher de l'objectif du millénaire qui vise à assurer l'éducation primaire pour tous d'ici 2015.
«Si de nombreux Africains parlent une langue locale dans leur vie quotidienne, lorsque le pays a le français comme langue officielle, l'éducation se fait en français. Ainsi, une augmentation du niveau de scolarité signifie une augmentation de personnes qui parlent le français en Afrique. Par exemple, au Mali, en région rurale, seulement un enfant sur quatre âgé de 8 à 12 ans fréquente l'école. Avec les efforts qui sont faits actuellement, on peut espérer qu'en 2050, 90 % d'entre eux iront à l'école et nous serons tout de même toujours en deçà de l'objectif», remarque le démographe.
Ce potentiel n'est évidemment pas le même dans les pays du Nord. «Au Québec, par exemple, avec l'obligation qu'ont les immigrants d'envoyer leurs enfants à l'école française, on peut dire que le plein de transfert linguistique a déjà été réalisé. C'est la même chose en France», ajoute-t-il.
Quelques conditions
Pour que des prédictions se concrétisent, certains éléments doivent toutefois être au rendez-vous. Lorsqu'il est question de l'Afrique, continent le plus pauvre et le plus vulnérable de la planète, il ne faut pas oublier que son développement est grandement dépendant des pays du Nord.
«L'aide internationale doit être importante, récurrente et cibler le domaine de l'éducation, puisque c'est à partir de là que les pays d'Afrique se développeront. De plus, les gouvernements africains doivent continuer à démontrer une forte volonté de relever substantiellement le niveau d'éducation dans leur population», croit M. Marcoux.
Les pays africains membres de la Francophonie doivent aussi continuer d'assurer une éducation en français. «Dans les pays africains multilingues, il sera important que le français continue de s'imposer par rapport aux autres langues en usage dans ces pays, mais aussi par rapport aux autres langues qui s'imposent dans le monde, soit l'anglais, l'arabe et l'espagnol», affirme le démographe.
Enfin, le Québec pourrait donner un coup de main à ces pays africains membres de la Francophonie pour qu'ils suivent de plus près l'évolution du français dans leurs territoires.
«Le portrait statistique mondial des locuteurs francophones n'est pas facile à réaliser actuellement, indique le chercheur. En Afrique, plusieurs données sont incomplètes et difficiles d'accès. Or le Québec a une expertise qui n'a pas de commune mesure ailleurs dans le monde dans le domaine de la démolinguistique. C'est lors du recensement de 1901 qu'on a posé la première question à propos de la langue maternelle des résidants. Actuellement, on travaille à développer des mécanismes pour que cette expertise québécoise puisse être transférée vers l'Afrique et qu'ainsi l'évolution du poids démographique des francophones puisse être mieux suivie.»
***
Collaboratrice du Devoiru
Au Québec, la situation des francophones est toujours fragile en raison de leur très faible taux de fécondité. Mais qu'en est-il du reste du monde? En fait, d'un point de vue international, le poids démographique des francophones se porte plutôt bien: une grande croissance de leur nombre est même à prévoir. Toutefois, ce n'est pas vers les pays européens comme la France, la Belgique ou la Suisse qu'il faut se tourner pour observer la croissance, mais vers l'Afrique.
C'est du moins ce qui ressort des études de Richard Marcoux, démographe et professeur au département de sociologie de l'Université Laval.
«Dans le monde, le nombre de locuteurs francophones, estimé à 175 millions en 2000, pourrait atteindre près de 700 millions en 2050. Ainsi, les francophones, qui représentaient en 2000 moins de 3 % de la population mondiale, pourraient passer à 7 % en 2050», indique-t-il.
Pour être témoin du boom, c'est vers le continent noir qu'il faut se tourner, d'après M. Marcoux, également directeur des Cahiers québécois de démographie et ancien coordonnateur du Réseau de chercheurs en démographie à l'Agence universitaire de la Francophonie.
«Il existe 32 États dont le français est la langue officielle et les deux tiers sont situés en Afrique, affirme-t-il. Aussi, il faut savoir que l'Afrique prendra de plus en plus d'importance dans la francophonie au cours des années à venir. Alors que moins de la moitié des francophones du monde y vivaient en 2000, on peut s'attendre à y trouver près de 85 % d'entre eux en 2050, soit plus d'un demi-milliard des francophones de la planète.»
Décroissance au Nord, croissance au Sud
Cette situation s'explique par des facteurs qui proviennent à la fois du Nord et du Sud. D'abord, parlons de ce vieillissement de la population.
«Dans les pays du Nord, le vieillissement de la population est une tendance lourde. Et ce n'est pas notre mini-baby-boom québécois qui y changera quelque chose. Ici comme en Europe, le vieillissement de la population est réel et est lié à un bas taux de fécondité qui conduit à une décroissance démographique», explique le chercheur.
En Afrique, la situation est complètement différente.
«Si quelques pays africains vivent une baisse de leur fécondité depuis quelques décennies, comme l'Afrique du Sud, plusieurs autres, notamment en Afrique subsaharienne, continuent et continueront d'avoir un taux de fécondité très élevé, surtout dans les régions rurales. Cela est dû notamment au fait que, dans ces régions, l'économie de type familial est toujours dominante, ce qui signifie que les familles ont besoin de bras! C'est le cas de plusieurs pays membres de la Francophonie, ce qui nous permet de croire que leur fécondité demeurera élevée», explique Richard Marcoux.
Ces facteurs ne sont toutefois pas les seuls qui expliquent ce grand bouleversement à prévoir en ce qui a trait au poids démographique des francophones. Il faut aussi regarder le grand potentiel des pays africains d'aller chercher davantage de francophones à l'intérieur même de leurs frontières, par l'éducation.
Des investissements importants sont faits dans plusieurs pays africains pour se rapprocher de l'objectif du millénaire qui vise à assurer l'éducation primaire pour tous d'ici 2015.
«Si de nombreux Africains parlent une langue locale dans leur vie quotidienne, lorsque le pays a le français comme langue officielle, l'éducation se fait en français. Ainsi, une augmentation du niveau de scolarité signifie une augmentation de personnes qui parlent le français en Afrique. Par exemple, au Mali, en région rurale, seulement un enfant sur quatre âgé de 8 à 12 ans fréquente l'école. Avec les efforts qui sont faits actuellement, on peut espérer qu'en 2050, 90 % d'entre eux iront à l'école et nous serons tout de même toujours en deçà de l'objectif», remarque le démographe.
Ce potentiel n'est évidemment pas le même dans les pays du Nord. «Au Québec, par exemple, avec l'obligation qu'ont les immigrants d'envoyer leurs enfants à l'école française, on peut dire que le plein de transfert linguistique a déjà été réalisé. C'est la même chose en France», ajoute-t-il.
Quelques conditions
Pour que des prédictions se concrétisent, certains éléments doivent toutefois être au rendez-vous. Lorsqu'il est question de l'Afrique, continent le plus pauvre et le plus vulnérable de la planète, il ne faut pas oublier que son développement est grandement dépendant des pays du Nord.
«L'aide internationale doit être importante, récurrente et cibler le domaine de l'éducation, puisque c'est à partir de là que les pays d'Afrique se développeront. De plus, les gouvernements africains doivent continuer à démontrer une forte volonté de relever substantiellement le niveau d'éducation dans leur population», croit M. Marcoux.
Les pays africains membres de la Francophonie doivent aussi continuer d'assurer une éducation en français. «Dans les pays africains multilingues, il sera important que le français continue de s'imposer par rapport aux autres langues en usage dans ces pays, mais aussi par rapport aux autres langues qui s'imposent dans le monde, soit l'anglais, l'arabe et l'espagnol», affirme le démographe.
Enfin, le Québec pourrait donner un coup de main à ces pays africains membres de la Francophonie pour qu'ils suivent de plus près l'évolution du français dans leurs territoires.
«Le portrait statistique mondial des locuteurs francophones n'est pas facile à réaliser actuellement, indique le chercheur. En Afrique, plusieurs données sont incomplètes et difficiles d'accès. Or le Québec a une expertise qui n'a pas de commune mesure ailleurs dans le monde dans le domaine de la démolinguistique. C'est lors du recensement de 1901 qu'on a posé la première question à propos de la langue maternelle des résidants. Actuellement, on travaille à développer des mécanismes pour que cette expertise québécoise puisse être transférée vers l'Afrique et qu'ainsi l'évolution du poids démographique des francophones puisse être mieux suivie.»
***
Collaboratrice du Devoiru
|
Édition abonné
La version longue de certains articles (environ 1 article sur 5) est réservée aux abonnés du Devoir. Ils sont signalés par le symbole suivant :
|
Envoyer Fermer
Haut de la page

