Irak - L'OTAN au bord de la crise
L'axe Paris-Berlin-Bruxelles bloque la requête américaine au sujet de la Turquie
10 février 2003
Actualités internationales
Photo : Agence Reuters
Un bus londonien traversait hier hier la ville d’Istanbul, en Turquie, à l’occasion d’une manifestation antiguerre. L’autobus transporte un groupe de militants internationaux qui veulent se rendre à Bagdad pour former un bouclier humain contre
Bruxelles — L'insistance américaine à réclamer un soutien de l'OTAN à un éventuel conflit en Irak et le refus du trio européen France-Allemagne-Belgique de s'y plier menace de plonger l'Alliance dans une crise sans précédent.
Les ambassadeurs des 19 pays membres de l'OTAN doivent tenter aujourd'hui à Bruxelles de sortir de l'impasse, sur fond de psychodrame d'ampleur inédite au terme d'un week-end d'escalade verbale entre responsables des deux côtés de l'Atlantique.
L'annonce hier par le chef de la diplomatie belge Louis Michel que son pays, «avec la France» et sans doute aussi l'Allemagne, opposera aujourd'hui son veto à un feu vert immédiat de l'OTAN aux demandes américaines de soutien en cas de conflit, a provoqué la fureur de Washington.
«C'est inexcusable. J'espère que les Français, les Allemands et les Belges vont revoir les choses différemment dans les 24 prochaines heures», a aussitôt répliqué le secrétaire d'État américain Colin Powell.
Il a appelé l'OTAN à «se regrouper» et soutenir les mesures proposées par Washington, qui visent notamment à ce que l'Alliance, en son nom propre, protège la Turquie en cas de conflit.
Chercheur à l'École royale militaire de Belgique, André Dumoulin se rappelle les tiraillements à l'OTAN, dans les années 80, sur le déploiement des euromissiles face au Pacte de Varsovie ou, plus récemment, sur le «partage du fardeau» du déploiement allié dans les Balkans.
«Mais une crise comme celle-ci, non. Elle est quand même fondamentale et implique une réflexion sur l'avenir de l'Alliance», estime-t-il.
«L'OTAN a traversé une poignée de crises majeures. Celle-ci en fait manifestement partie», reconnaît lui aussi Dana Allin, expert à l'Institut international des études stratégiques (IISS) de Londres. André Dumoulin souligne néanmoins la part d'«hypocrisie dans le langage des politiques. Il y a avant tout de la gesticulation. On est vraiment dans la guerre des mots», relève-t-il à propos des échanges sans retenue du week-end.
Avant la colère de Colin Powell, le secrétaire américain à la Défense Donald Rumsfeld s'était déjà livré samedi à une violente diatribe contre le trio Paris-Berlin-Bruxelles, accusé de «miner la crédibilité» de l'OTAN.
Le numéro un du Pentagone s'était attiré en retour les foudres du ministre français de la Défense Michèle Alliot-Marie, qui avait répliqué qu'«être allié» ne consistait pas à «dire: mon idée est forcément la bonne».
«Aujourd'hui, les Américains pensent que dès que vous n'êtes pas tout à fait d'accord avec eux, vous êtes leur ennemi», a renchéri hier le ministre belge des Affaires étrangères en s'emportant contre «les propos insultants, il n'y a pas d'autres termes, de M. Rumsfeld».
De fait, la guerre des nerfs au sein de l'OTAN entre les États-Unis et leurs trois alliés récalcitrants tient en réalité beaucoup plus à la forme qu'au fond, relèvent des diplomates.
Le secrétaire général de l'OTAN George Robertson, proche de Washington, s'est encore évertué samedi à minimiser le blocage sur les demandes américaines, réduisant la crise à un problème de calendrier sur le moment le plus opportun pour engager les préparatifs réclamés par le Pentagone.
Louis Michel a souligné hier que la querelle ne portait pas sur un soutien à Ankara, qui pourrait être apporté «sur une base bilatérale», mais sur le fait de l'octroyer au nom de l'OTAN sur injonction des Américains, ce qui reviendrait pour Bruxelles à considérer une guerre comme inéluctable.
Les ambassadeurs des 19 pays membres de l'OTAN doivent tenter aujourd'hui à Bruxelles de sortir de l'impasse, sur fond de psychodrame d'ampleur inédite au terme d'un week-end d'escalade verbale entre responsables des deux côtés de l'Atlantique.
L'annonce hier par le chef de la diplomatie belge Louis Michel que son pays, «avec la France» et sans doute aussi l'Allemagne, opposera aujourd'hui son veto à un feu vert immédiat de l'OTAN aux demandes américaines de soutien en cas de conflit, a provoqué la fureur de Washington.
«C'est inexcusable. J'espère que les Français, les Allemands et les Belges vont revoir les choses différemment dans les 24 prochaines heures», a aussitôt répliqué le secrétaire d'État américain Colin Powell.
Il a appelé l'OTAN à «se regrouper» et soutenir les mesures proposées par Washington, qui visent notamment à ce que l'Alliance, en son nom propre, protège la Turquie en cas de conflit.
Chercheur à l'École royale militaire de Belgique, André Dumoulin se rappelle les tiraillements à l'OTAN, dans les années 80, sur le déploiement des euromissiles face au Pacte de Varsovie ou, plus récemment, sur le «partage du fardeau» du déploiement allié dans les Balkans.
«Mais une crise comme celle-ci, non. Elle est quand même fondamentale et implique une réflexion sur l'avenir de l'Alliance», estime-t-il.
«L'OTAN a traversé une poignée de crises majeures. Celle-ci en fait manifestement partie», reconnaît lui aussi Dana Allin, expert à l'Institut international des études stratégiques (IISS) de Londres. André Dumoulin souligne néanmoins la part d'«hypocrisie dans le langage des politiques. Il y a avant tout de la gesticulation. On est vraiment dans la guerre des mots», relève-t-il à propos des échanges sans retenue du week-end.
Avant la colère de Colin Powell, le secrétaire américain à la Défense Donald Rumsfeld s'était déjà livré samedi à une violente diatribe contre le trio Paris-Berlin-Bruxelles, accusé de «miner la crédibilité» de l'OTAN.
Le numéro un du Pentagone s'était attiré en retour les foudres du ministre français de la Défense Michèle Alliot-Marie, qui avait répliqué qu'«être allié» ne consistait pas à «dire: mon idée est forcément la bonne».
«Aujourd'hui, les Américains pensent que dès que vous n'êtes pas tout à fait d'accord avec eux, vous êtes leur ennemi», a renchéri hier le ministre belge des Affaires étrangères en s'emportant contre «les propos insultants, il n'y a pas d'autres termes, de M. Rumsfeld».
De fait, la guerre des nerfs au sein de l'OTAN entre les États-Unis et leurs trois alliés récalcitrants tient en réalité beaucoup plus à la forme qu'au fond, relèvent des diplomates.
Le secrétaire général de l'OTAN George Robertson, proche de Washington, s'est encore évertué samedi à minimiser le blocage sur les demandes américaines, réduisant la crise à un problème de calendrier sur le moment le plus opportun pour engager les préparatifs réclamés par le Pentagone.
Louis Michel a souligné hier que la querelle ne portait pas sur un soutien à Ankara, qui pourrait être apporté «sur une base bilatérale», mais sur le fait de l'octroyer au nom de l'OTAN sur injonction des Américains, ce qui reviendrait pour Bruxelles à considérer une guerre comme inéluctable.
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