À la suite du coup d'État de mercredi - Les Mauritaniens sont partagés
9 août 2008
Actualités internationales
Protégée par un important service d'ordre, une petite foule de manifestants défile au centre de la capitale mauritanienne, brandissant des portraits en couleur du général Abdel Aziz, le nouveau président du «Haut Conseil d'État des forces armées et de sécurité», qui a pris le pouvoir mercredi par un coup d'État.
«Le président Sidi devait partir! En un an, il n'a rien fait pour les citoyens, on n'a pas d'eau, pas d'électricité, pas de santé! Les militaires ne pouvaient laisser passer cela! Maintenant, on espère un vote légal et démocratique pour que la Mauritanie aille vraiment de l'avant!», explique Omar.
Vêtu d'un boubou bleu nuit, El Meimoune se félicite lui aussi de la tournure des événements. «La démocratie est un moyen et non une fin en soi! À quoi sert la démocratie si le peuple a faim? Les militaires vont redresser le pays et après ils vont partir, c'est tout!»
Ils saluent le retour des militaires dans la sphère politique, puisque, pour eux, ces derniers sont justement les garants de la Constitution et de l'ordre public, et ils veulent croire aux engagements de la junte, qui a promis de maintenir les institutions démocratiques et d'organiser un nouveau scrutin présidentiel dans les plus brefs délais.
Sur le trottoir d'en face, certains arborent des mines fermées, à l'image de Salem, petit homme trapu: «Je suis très déçu! Pour avoir une démocratie saine, les militaires doivent laisser le pouvoir aux civils et retourner dans leurs casernes!»
Le coup d'État divise l'opinion publique. Il y a ceux qui s'inquiètent pour les libertés démocratiques et l'avenir de la Mauritanie sur la scène internationale et ceux qui estiment que le président renversé mercredi matin mettait le pays en danger. Les détracteurs de Sidi Mohamed ould Cheikh Abdallahi dressent ainsi la liste des «erreurs politiques» commises par le premier président mauritanien démocratiquement élu tout au long de cette première année d'exercice du pouvoir.
Il a sous-estimé la menace terroriste, après les attentats d'Aleg et de Nouakchott, qui ont tué et blessé des ressortissants français cet hiver. «Lorsque notre pays a été frappé par ces attaques, le président a été mou, il n'a pas su réagir avec fermeté pour rassurer les Mauritaniens et les expatriés», estime Salem, un guide touristique qui a souffert de la subite psychose sécuritaire qui s'est emparée des étrangers après ces deux attaques.
Autre reproche fréquemment adressé au président déchu par les élites et la classe politique mauritanienne: sa main tendue aux islamistes. «En autorisant le parti Tawassoul [islamiste], en construisant une mosquée dans l'enceinte de la présidence ou encore en changeant les jours du week-end au vendredi et samedi, l'ex-président ne s'est pas fait que des amis, admet un journaliste local. Les militaires n'ont pas du tout apprécié ce repli de Sidi ould Cheikh Abdallahi sur la sphère religieuse.»
Une crise institutionnelle a contribué à encore durcir les tensions ces derniers mois. Devant le refus du président de convoquer une session extraordinaire du Parlement, la majorité des députés et des sénateurs de son parti, l'ADIL, avaient claqué la porte. «Le Parlement voulait travailler, mais le président l'en a empêché. En s'opposant au fonctionnement normal des institutions, il n'a fait qu'attiser la crise», estime Abderrahmane ould Minni, président du groupe RFD au Parlement, grand parti d'opposition qui a soutenu la fronde des députés de la majorité.
Le putsch est loin toutefois de faire l'unanimité. Quatre partis — la gauche, les islamistes et des sympathisants de l'ADIL restés fidèles au président déchu — ont décidé de former une coalition afin de résister collectivement au coup d'État, qu'ils jugent anticonstitutionnel. Mais ces voix discordantes peinent à se faire entendre, notamment dans la rue. Leur sit-in prévu jeudi midi devant l'Assemblée nationale a été dispersé à coups de matraques par les forces de l'ordre. «On nous empêche de nous exprimer, on nous menace, on nous frappe si on ne pense pas comme eux», s'exclame un manifestant, sympathisant de l'UFP. «Un coup d'État contre un président démocratiquement élu est une mauvaise chose», reconnaît pour sa part Jemil ould Mansour, le leader du parti islamiste. Ces opposants en appellent à l'opinion publique nationale et internationale.
Dia, un de leurs sympathisants, lance: «Toutes les bonnes volontés doivent nous aider à résister à cette confiscation de la démocratie en Mauritanie!»
«Le président Sidi devait partir! En un an, il n'a rien fait pour les citoyens, on n'a pas d'eau, pas d'électricité, pas de santé! Les militaires ne pouvaient laisser passer cela! Maintenant, on espère un vote légal et démocratique pour que la Mauritanie aille vraiment de l'avant!», explique Omar.
Vêtu d'un boubou bleu nuit, El Meimoune se félicite lui aussi de la tournure des événements. «La démocratie est un moyen et non une fin en soi! À quoi sert la démocratie si le peuple a faim? Les militaires vont redresser le pays et après ils vont partir, c'est tout!»
Ils saluent le retour des militaires dans la sphère politique, puisque, pour eux, ces derniers sont justement les garants de la Constitution et de l'ordre public, et ils veulent croire aux engagements de la junte, qui a promis de maintenir les institutions démocratiques et d'organiser un nouveau scrutin présidentiel dans les plus brefs délais.
Sur le trottoir d'en face, certains arborent des mines fermées, à l'image de Salem, petit homme trapu: «Je suis très déçu! Pour avoir une démocratie saine, les militaires doivent laisser le pouvoir aux civils et retourner dans leurs casernes!»
Le coup d'État divise l'opinion publique. Il y a ceux qui s'inquiètent pour les libertés démocratiques et l'avenir de la Mauritanie sur la scène internationale et ceux qui estiment que le président renversé mercredi matin mettait le pays en danger. Les détracteurs de Sidi Mohamed ould Cheikh Abdallahi dressent ainsi la liste des «erreurs politiques» commises par le premier président mauritanien démocratiquement élu tout au long de cette première année d'exercice du pouvoir.
Il a sous-estimé la menace terroriste, après les attentats d'Aleg et de Nouakchott, qui ont tué et blessé des ressortissants français cet hiver. «Lorsque notre pays a été frappé par ces attaques, le président a été mou, il n'a pas su réagir avec fermeté pour rassurer les Mauritaniens et les expatriés», estime Salem, un guide touristique qui a souffert de la subite psychose sécuritaire qui s'est emparée des étrangers après ces deux attaques.
Autre reproche fréquemment adressé au président déchu par les élites et la classe politique mauritanienne: sa main tendue aux islamistes. «En autorisant le parti Tawassoul [islamiste], en construisant une mosquée dans l'enceinte de la présidence ou encore en changeant les jours du week-end au vendredi et samedi, l'ex-président ne s'est pas fait que des amis, admet un journaliste local. Les militaires n'ont pas du tout apprécié ce repli de Sidi ould Cheikh Abdallahi sur la sphère religieuse.»
Une crise institutionnelle a contribué à encore durcir les tensions ces derniers mois. Devant le refus du président de convoquer une session extraordinaire du Parlement, la majorité des députés et des sénateurs de son parti, l'ADIL, avaient claqué la porte. «Le Parlement voulait travailler, mais le président l'en a empêché. En s'opposant au fonctionnement normal des institutions, il n'a fait qu'attiser la crise», estime Abderrahmane ould Minni, président du groupe RFD au Parlement, grand parti d'opposition qui a soutenu la fronde des députés de la majorité.
Le putsch est loin toutefois de faire l'unanimité. Quatre partis — la gauche, les islamistes et des sympathisants de l'ADIL restés fidèles au président déchu — ont décidé de former une coalition afin de résister collectivement au coup d'État, qu'ils jugent anticonstitutionnel. Mais ces voix discordantes peinent à se faire entendre, notamment dans la rue. Leur sit-in prévu jeudi midi devant l'Assemblée nationale a été dispersé à coups de matraques par les forces de l'ordre. «On nous empêche de nous exprimer, on nous menace, on nous frappe si on ne pense pas comme eux», s'exclame un manifestant, sympathisant de l'UFP. «Un coup d'État contre un président démocratiquement élu est une mauvaise chose», reconnaît pour sa part Jemil ould Mansour, le leader du parti islamiste. Ces opposants en appellent à l'opinion publique nationale et internationale.
Dia, un de leurs sympathisants, lance: «Toutes les bonnes volontés doivent nous aider à résister à cette confiscation de la démocratie en Mauritanie!»
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