samedi 26 mai 2012 Dernière mise à jour 00h05
fermer

Connexion au Devoir.com

Mot de passe oublié?


Chercher

Inscrivez-vous (gratuit)
Mot de passe oublié?
Abonné papier? Connexion
S'abonner au Devoir
Publicité

Les jeux polémiques

L'olympisme entretient une absurdité qu'on voudrait bien voir un jour se dégonfler: celle consistant, pour les pays hôtes, à faire semblant, de fois en fois, que les Jeux olympiques devraient être immunisés contre le contexte économique, social, politique dans lequel ils sont tenus. Or, Pékin pousse le déguisement à son paroxysme. L'histoire olympique depuis les Jeux de Berlin, en 1936, n'a pourtant jamais cessé de démonter ce non-sens.

Ce matin, heure de Montréal, se sont ouverts les Jeux extraordinairement polémiques de Pékin. Occasion exceptionnelle, ainsi que l'a souhaité hier le complaisant Jacques Rogge, président du Comité international olympique (CIO), de permettre «au monde de mieux comprendre la Chine et à la Chine de mieux comprendre le monde». L'esprit de compréhension part, malheureusement, perdant. La préparation des jeux a moins été, à ce jour, l'occasion pour Pékin de tenir ses promesses d'ouverture et de transparence qu'un prétexte à la censure et à une répression accrue.

Avec le résultat qu'à vouloir tout contrôler, le gouvernement chinois a maladroitement contribué à mettre en évidence, par effet de loupe, les atteintes aux droits humains qu'on lui reproche. Plus que tout, son attitude se trouve à éclairer avec une acuité qui devrait le gêner la profondeur de sa culture autoritaire. Il montre à quel point, finalement, son esprit olympique laisse à désirer: les Jeux ne seraient pas tant, pour Pékin, une grande fête organisée sous le signe de l'amitié mondiale que l'opportunité d'affirmer sa puissance à la face du monde et de flatter son orgueil patriotique.

Il n'échappe donc à personne que le gouvernement chinois, dénonçant la politisation des jeux pour tout ce qui le vexe et qu'il ne veut pas montrer, ne se privera point de s'en servir, par ailleurs, pour se bomber le torse sur la scène internationale. Il ne se comporte pas différemment de l'ex-URSS qui, organisant les JO de Moscou en 1980 de manière à mettre en vitrine son système politique, avait préalablement muselé toute dissidence. Avant Moscou, le CIO avait fait le choix controversé, en 1936, de Berlin, qu'Adolf Hitler avait ouvertement voulu utiliser à des fins de propagande nazie. Ni l'un ni l'autre de ces Jeux n'a défait les autoritarismes politiques. L'histoire piège, là encore, le mensonge qui prend les Jeux pour un vecteur de changement. Que la règle souffre une importante exception, celle de Séoul, en 1988, ne fait que la confirmer.

Pour autant, le Pékin de 2008 n'est pas le Moscou de 1980. Le monde bipolaire n'est plus. Le respect des droits de la personne a fait d'indéniables progrès, y compris en Chine, bien que ce ne soit qu'à petits pas. Les Jeux de Pékin donnent lieu à une levée de boucliers des ONG et de sociétés civiles partout dans le monde. Voyons-y le signe d'une conscience sociale planétaire qui s'affiche de plus en plus.

Les athlètes aussi se politisent: à l'initiative de l'ONG allemande Sports for Peace, 127 athlètes, dont une quarantaine participent aux Jeux, ont signé une lettre ouverte au président chinois Hu Jintao dans laquelle ils l'appellent à plus de considération pour les droits humains, politiques et religieux. Beau démenti de la sottise qui veut que le sport et l'engagement politique soient incompatibles. L'organisation olympique américaine a de son côté fait un fantastique pied-de-nez aux autorités chinoises en élisant comme porte-drapeau à la cérémonie d'ouverture l'Américain d'origine soudanaise Lopez Lomong, spécialiste du 1500 mètres et militant pro-Darfour...

Le gouvernement peut raisonnablement espérer que la critique cédera vite le pas à la nouvelle sportive — alimentée par 10 624 athlètes, un record, et 22 000 journalistes. D'autres vexations pourraient néanmoins se produire pour les autorités au cours des deux prochaines semaines. Bien fait pour elles — en espérant toutefois que les blâmes faits au régime ne virent pas à la réaction antichinoise. Car la tenue de ces Jeux demeure, quoi qu'on en pense, source d'immense fierté pour le commun des Chinois. Les sondages valant ce qu'ils valent, un récent coup de sonde effectué par le PEW Research Center de Washington a indiqué que l'immense majorité des personnes interrogées (86 %) étaient satisfaites de la direction vers laquelle s'acheminait le pays. Plus grande encore serait sans doute leur satisfaction si, à défaut d'irréalistes bouleversements, ces Jeux leur procuraient un environnement politique moins irrespirable.

***

gtaillefer@ledevoir.com
 
 
Édition abonné
La version longue de certains articles (environ 1 article sur 5) est réservée aux abonnés du Devoir. Ils sont signalés par le symbole suivant :
 
 












CAPTCHA Image Générer un nouveau code

Envoyer
Fermer

Haut de la page
Cet article vous intéresse?

Vos réactions

Triez : afficher les commentaires  Chargement ...
  • Hélène Paulette - Inscrite
    8 août 2008 10 h 21
    Et alors?
    Lors des Jeux de Montréal en 1976, un nuvite a perturbé les cérémonies de clôture. Tous les spectateurs présents au stade en ont été témoins mais personne n'en a parlé dans les médias....Qui vous dit qu'il n'y aura pas de changements en Chine suite aux Jeux?
    À quand un article de fond sur l'hypercommercialisation des Jeux et son effet pervers: le dopage? Et puis cessez donc ces comparaisons avec Hitler à tout propos, ça n'a rien à voir!
  • fermer
    Vous devez être connecté pour rédiger un commentaire.
    ou Créer un profil
  •  
  • Roland Berger - Abonné
    8 août 2008 11 h 17
    Une vaste opération politique
    Il faut se contenter d'une définition dès plus rétrécie de la politique pour ne pas comprendre que les jeux olympiques constituent une vaste opération politique, et ce autant pour les pays hôtes que les pays participants. Pour les amateurs de sports, il s'agit d'un grand spectacle. Tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes !
    Roland Berger
    St-Thomas, Ontario
  • fermer
    Vous devez être connecté pour rédiger un commentaire.
    ou Créer un profil
  •  
  • Yvon Dionne - Inscrit
    8 août 2008 20 h 07
    Ce n'est pas antichinois d'être pour la liberté
    La majorité des Chinois souhaitent sûrement plus de liberté. La propagande fait en sorte qu'il en est autrement. J'ai envoyé il y a quelques heures un courriel au Devoir qui va dans le sens que vous exprimez. Je vous en transmets une copie à votre adresse e-mail. Tout régime peut se servir du nationalisme et quoi de mieux que les JO. En 1936, Hitler a réussi, sauf quelques escarmouches. Les délégués britanniques ont été gonglés à bloc ! Plusieurs étaient d'ailleurs sympathiques à Hitler, malgré les lois de Nuremberg.
  • fermer
    Vous devez être connecté pour rédiger un commentaire.
    ou Créer un profil
  •  
  • Lorraine Dubé - Abonnée
    8 août 2008 20 h 39
    Appuyons le Dalaï Lama par ce geste d'amitié et d'esprit olympique
    Vous dites madame Paulette: Et puis cessez donc ces comparaisons avec Hitler à tout propos, ça n'a rien à voir!Monsieur Taillefer n'a que cité en exemple et fait un bilan des autres jeux olympiques ayant eu lieu dans des régimes totalitaires. Sans comparer le génocide de 6 millions de personnes, ces régimes dénoncent en effet la politisation des jeux, mais les utilisent pour la propagande. C'est l'opération cammouflage et censure.

    Veuillez tous s-v-p prendre connaissance de cette initiative.
    À la veille des Jeux Olympiques de Beijing, les citoyens de la Chine méritent pleinement de vivre cette période
    exaltante -- mais le gouvernement chinois n'a toujours pas entamé de dialogue significatif avec le Dalaï Lama, ou révisé sa position vis-à-vis de la Birmanie, du Darfour et autres enjeux pressants.......
    Que faire? La réponse est venue du Dalaï Lama lui-même, par un geste sans équivoque qui reflète l'amitié et l'esprit olympique: une poignée de main.
    Cliquez ci-dessous pour connaître l'origine de la « poignée de main Un monde »
    SITE PROTÉGÉ
    http://www.avaaz.org/fr/handshake
    Merci de votre appui.
  • fermer
    Vous devez être connecté pour rédiger un commentaire.
    ou Créer un profil
  •  
  • Verdin Philippe - Inscrit
    9 août 2008 13 h 57
    Analogie entre Berlin/1936 et Pékin/2008...
    L'Histoire écrira que malgré le battage médiatique et la propagande du régime chinois,l'opposition aura été très forte pour manifester au delà de tout les valeurs démocratiques de liberté et de respect des cultures ainsi que la volonté de reconnaître au Thibet sa spécificité.
    Philippe Verdin
    "Construire au fil de sa conscience"
    http://filvert.blog.lemonde.fr
  • fermer
    Vous devez être connecté pour rédiger un commentaire.
    ou Créer un profil
  •  
  • fermer
    Vous devez être connecté pour rédiger un commentaire.
    ou Créer un profil
Cet article vous intéresse?
5 réactions
0 vote Voter
 
  • a Taille du texte -- ++
  • Imprimer
  • Envoyer
  • Partager
  • Droits de reproduction
  • Voter
Mots-clés de l'article
Recherche complète sur le même sujet


Publicité

Les blogues du devoir

Vos commentaires

m'inscrire
 
Recherche



Exemples de recherche :
Robert Sansfaçon
"directeur général des élections"

S'abonner au Devoir
Abonnez-vous au journal papier Le Devoir ou à la version Internet.
Publicité
Vous souhaitez annoncer dans Le Devoir, contactez le service de publicité.

En savoir plus
Stratégie Web et référencement par Adviso
Design Web par Egzakt
© Le Devoir 2002-2012