Pakistan : la coalition au pouvoir veut destituer Moucharraf
Le président a annulé son voyage à Pékin
8 août 2008
Actualités internationales
Islamabad — Le Pakistan a été plongé hier en pleine crise politique au sommet de l'État, après l'annonce par la coalition gouvernementale d'une procédure de destitution contre le président, Pervez Moucharraf, allié des États-Unis dans leur guerre contre le terrorisme.
Signe de ces tensions extrêmes, M. Moucharraf a décidé de ne pas se rendre à Pékin pour la cérémonie d'ouverture des Jeux olympiques, où il sera représenté par le premier ministre, Yousuf Raza Gilani, lequel est parti dans la soirée. C'est le deuxième revirement en deux jours à propos de ce voyage en Chine, partenaire militaire du Pakistan.
Si cette décision spectaculaire et inédite de destitution aboutit (jamais un président du Pakistan n'a été destitué), elle consacrera cinq mois de cohabitation houleuse entre le gouvernement formé en mars et l'ex-général Moucharraf au pouvoir depuis un coup d'État militaire en 1999.
«Nous avons de bonnes nouvelles pour la démocratie», a déclaré le veuf de Benazir Bhutto, Asif Ali Zardari, artisan de cette coalition gouvernementale avec l'ex-premier ministre Nawaz Sharif. «La coalition pense qu'il est impératif de lancer une [procédure de] destitution contre le général Moucharraf», a-t-il affirmé aux côtés de M. Sharif. Ce dernier, renversé par M. Moucharraf il y a huit ans, a assuré son soutien entier à la procédure.
MM. Zardari et Sharif n'étaient pas d'accord sur le sort à réserver au chef de l'État et ont mené des tractations ces trois derniers jours. Leur ennemi politique a été réélu de manière controversée en octobre et avait imposé l'état d'urgence en novembre pour le lever un mois plus tard.
Mais le camp présidentiel a perdu les législatives du 18 février et M. Moucharraf cohabite dans une atmosphère conflictuelle avec un gouvernement rassemblant l'ex-opposition composée de la Ligue musulmane du Pakistan-Nawaz (PML-N), de M. Sharif et du Parti du peuple pakistanais (PPP) du veuf Bhutto.
Pour destituer M. Moucharraf, qui n'est plus chef des armées depuis fin 2007, il faut la majorité des deux-tiers des deux chambres du Parlement. M. Zardari est «sûr d'obtenir [une majorité de] 90 % au Parlement».
En pratique, un acte d'accusation contre M. Moucharraf devrait être émis puis soumis au vote du Parlement. Le président de l'Assemblée nationale, la Chambre basse, devra ensuite en informer le chef de l'État et lui demander de se défendre. Cette assemblée ne siège pas actuellement, mais le gouvernement pourrait la convoquer en session extraordinaire dès lundi.
Constitutionnellement, M. Moucharraf a le droit de dissoudre l'Assemblée nationale, voire de déclarer un nouvel état d'urgence, a indiqué à l'AFP une source de la présidence. Une perspective à laquelle M. Zardari a dit ne pas croire. Mais «s'il le fait, ce sera son dernier verdict contre la démocratie, contre le mandat du peuple et contre le Pakistan», a-t-il assuré.
«Le Pakistan ne peut pas se permettre de voir la démocratie dérailler. Ce n'est plus le Pakistan des années 1980 et 1990. Le peuple ne l'acceptera pas dorénavant», a renchéri M. Sharif.
C'est le sort des juges de la Cour suprême, surtout celui de son ex-président Iftikhar Muhammad Chaudhry, qui est au coeur du conflit entre le gouvernement et le président. La coalition a d'ailleurs décidé de rétablir dans leurs fonctions ces juges destitués par M. Moucharraf sous l'état d'urgence, mais des détails doivent encore être réglés. Le chef de l'État redoute que ces magistrats ne se prononcent sur la légitimité de son quinquennat.
Le président de cette puissance nucléaire militaire stratégique d'Asie du Sud jouit du soutien de Washington, son principal pourvoyeur d'aide.
Signe de ces tensions extrêmes, M. Moucharraf a décidé de ne pas se rendre à Pékin pour la cérémonie d'ouverture des Jeux olympiques, où il sera représenté par le premier ministre, Yousuf Raza Gilani, lequel est parti dans la soirée. C'est le deuxième revirement en deux jours à propos de ce voyage en Chine, partenaire militaire du Pakistan.
Si cette décision spectaculaire et inédite de destitution aboutit (jamais un président du Pakistan n'a été destitué), elle consacrera cinq mois de cohabitation houleuse entre le gouvernement formé en mars et l'ex-général Moucharraf au pouvoir depuis un coup d'État militaire en 1999.
«Nous avons de bonnes nouvelles pour la démocratie», a déclaré le veuf de Benazir Bhutto, Asif Ali Zardari, artisan de cette coalition gouvernementale avec l'ex-premier ministre Nawaz Sharif. «La coalition pense qu'il est impératif de lancer une [procédure de] destitution contre le général Moucharraf», a-t-il affirmé aux côtés de M. Sharif. Ce dernier, renversé par M. Moucharraf il y a huit ans, a assuré son soutien entier à la procédure.
MM. Zardari et Sharif n'étaient pas d'accord sur le sort à réserver au chef de l'État et ont mené des tractations ces trois derniers jours. Leur ennemi politique a été réélu de manière controversée en octobre et avait imposé l'état d'urgence en novembre pour le lever un mois plus tard.
Mais le camp présidentiel a perdu les législatives du 18 février et M. Moucharraf cohabite dans une atmosphère conflictuelle avec un gouvernement rassemblant l'ex-opposition composée de la Ligue musulmane du Pakistan-Nawaz (PML-N), de M. Sharif et du Parti du peuple pakistanais (PPP) du veuf Bhutto.
Pour destituer M. Moucharraf, qui n'est plus chef des armées depuis fin 2007, il faut la majorité des deux-tiers des deux chambres du Parlement. M. Zardari est «sûr d'obtenir [une majorité de] 90 % au Parlement».
En pratique, un acte d'accusation contre M. Moucharraf devrait être émis puis soumis au vote du Parlement. Le président de l'Assemblée nationale, la Chambre basse, devra ensuite en informer le chef de l'État et lui demander de se défendre. Cette assemblée ne siège pas actuellement, mais le gouvernement pourrait la convoquer en session extraordinaire dès lundi.
Constitutionnellement, M. Moucharraf a le droit de dissoudre l'Assemblée nationale, voire de déclarer un nouvel état d'urgence, a indiqué à l'AFP une source de la présidence. Une perspective à laquelle M. Zardari a dit ne pas croire. Mais «s'il le fait, ce sera son dernier verdict contre la démocratie, contre le mandat du peuple et contre le Pakistan», a-t-il assuré.
«Le Pakistan ne peut pas se permettre de voir la démocratie dérailler. Ce n'est plus le Pakistan des années 1980 et 1990. Le peuple ne l'acceptera pas dorénavant», a renchéri M. Sharif.
C'est le sort des juges de la Cour suprême, surtout celui de son ex-président Iftikhar Muhammad Chaudhry, qui est au coeur du conflit entre le gouvernement et le président. La coalition a d'ailleurs décidé de rétablir dans leurs fonctions ces juges destitués par M. Moucharraf sous l'état d'urgence, mais des détails doivent encore être réglés. Le chef de l'État redoute que ces magistrats ne se prononcent sur la légitimité de son quinquennat.
Le président de cette puissance nucléaire militaire stratégique d'Asie du Sud jouit du soutien de Washington, son principal pourvoyeur d'aide.
|
Édition abonné
La version longue de certains articles (environ 1 article sur 5) est réservée aux abonnés du Devoir. Ils sont signalés par le symbole suivant :
|
Envoyer Fermer
Haut de la page

