Boîte de Pandore
Régime opaque, autoritaire, chatouilleux... L'arnaque qui a consisté à faire croire que la tenue des jeux Olympiques à Pékin allait magiquement donner lieu à une libéralisation politique en Chine vole en éclats. Le régime ne s'ouvre pas, il se crispe. N'empêche que ces Jeux qui commencent dans une semaine sont pour Pékin une boîte de Pandore et l'occasion, encore que ponctuelle, de pousser le régime à plus de transparence.
Tollé au centre de presse olympique de Pékin autour du verrouillage par les autorités de toute une série de sites Web «sensibles», qui étalent les atteintes aux droits de la personne commises en Chine. Il y a deux semaines, le président du CIO, Jacques Rogge, affirmait pourtant que «pour la première fois, les médias étrangers pourront faire des reportages et les transmettre librement en Chine» et qu'il «n'y aura pas de censure sur Internet» pendant les JO. C'est lui encore qui se déclarait, en 2002, «convaincu» que l'octroi des Jeux à Pékin allait faire progresser, ainsi que s'y engageait le gouvernement chinois, le respect des droits humains dans le pays. Voici au contraire que le Comité international olympique se fait le complice résigné du contrôle de l'information imposé aux médias étrangers par une dictature qui poussait récemment le sophisme jusqu'à faire valoir que la charte olympique interdit de mêler sport et politique.
Voulant protéger l'image de la Chine afin que rien ne vienne nuire à ce qu'il perçoit comme son grand rendez-vous avec l'Histoire, le régime, pourtant, ne pourrait plus mal s'y prendre. Sa nature méfiante le dessert. Ne se rend-il pas compte que la meilleure façon de ternir l'image du pays à l'échelle internationale consistera justement à tenter de réduire à la stricte couverture des Jeux le va-et-vient des quelque 25 000 journalistes étrangers qui se trouveront là-bas pendant deux semaines?
Encore que l'on peut également concevoir, l'un n'empêchant pas l'autre, que l'attitude du gouvernement traduit la fragilité de son leadership. Le Parti communiste a beaucoup de difficulté à maintenir la paix sociale, nous disait récemment le sinologue André Laliberté, de l'Université d'Ottawa. «Les troubles au Tibet, affirmait-il, ça n'est rien à côté des problèmes sociaux que Pékin a sur les bras pour cause de fulgurante croissance économique.»
On peut compter, de toute façon, que les incidents et les escarmouches se multiplieront d'ici la fin du mois d'août. Les médias, profitant de l'effet de loupe, ne demandent pas mieux. D'autant que ce nouvel incident n'est que la pointe de l'iceberg de la répression accrue constatée dans le pays par des organisations comme Amnistie Internationale (AI) et Reporters sans frontières (RSF) à l'approche des Jeux.
Mises en résidence, arrestations et détentions de défenseurs des droits humains, de cyber-dissidents, d'activistes et de journalistes se sont multipliées au cours des derniers mois. Ils sont des dizaines à avoir été «invités» à quitter Pékin, le temps des JO. Dernier exemple en date, celui de l'activiste et avocate Ni Yulan, qui doit être jugée lundi prochain pour avoir défendu des Pékinois expulsés de leur maison dans le cadre de la modernisation de vieux quartiers de la capitale. Phénomène non moins inquiétant, rapportait la semaine dernière le correspondant du Globe and Mail, le pouvoir a mobilisé 400 000 civils pour surveiller les quartiers de Pékin, ressuscitant le vieux système maoïste de comités de quartier, qui avait pour ainsi dire disparu.
2008, c'est aussi le 30e anniversaire de la politique d'ouverture lancée par Deng Xiaoping en 1978. Indéniablement, la liberté de parole a gagné du terrain au cours des dernières décennies en Chine. L'amnésie officielle entourant le massacre de la place Tiananmen, le 4 juin 1989, pour ne nommer que celle-là, atteste toutefois qu'il reste certains progrès à faire.
Pékin peut, pour l'heure, continuer de s'appuyer en bonne partie sur la bienveillance du monde occidental, qui demeure, d'une certaine manière, son plus solide rempart. Envolée aussi vite qu'apparue la menace de boycottage de la cérémonie d'ouverture des Jeux pour protester contre la répression du soulèvement tibétain, en mars dernier. Non moins contenue fut l'indignation occidentale devant la complaisance de la Chine à l'égard de la sordide dictature birmane, l'année dernière, quand cette dernière a décidé d'écraser le soulèvement des moines bouddhistes. Après tout, la Chine ne devient pas ce qu'elle est politiquement, économiquement et environnementalement sans la collaboration du Nord — de ses gouvernements, de ses entreprises et de ses consommateurs.
***
gtaillefer@ledevoir.com
Tollé au centre de presse olympique de Pékin autour du verrouillage par les autorités de toute une série de sites Web «sensibles», qui étalent les atteintes aux droits de la personne commises en Chine. Il y a deux semaines, le président du CIO, Jacques Rogge, affirmait pourtant que «pour la première fois, les médias étrangers pourront faire des reportages et les transmettre librement en Chine» et qu'il «n'y aura pas de censure sur Internet» pendant les JO. C'est lui encore qui se déclarait, en 2002, «convaincu» que l'octroi des Jeux à Pékin allait faire progresser, ainsi que s'y engageait le gouvernement chinois, le respect des droits humains dans le pays. Voici au contraire que le Comité international olympique se fait le complice résigné du contrôle de l'information imposé aux médias étrangers par une dictature qui poussait récemment le sophisme jusqu'à faire valoir que la charte olympique interdit de mêler sport et politique.
Voulant protéger l'image de la Chine afin que rien ne vienne nuire à ce qu'il perçoit comme son grand rendez-vous avec l'Histoire, le régime, pourtant, ne pourrait plus mal s'y prendre. Sa nature méfiante le dessert. Ne se rend-il pas compte que la meilleure façon de ternir l'image du pays à l'échelle internationale consistera justement à tenter de réduire à la stricte couverture des Jeux le va-et-vient des quelque 25 000 journalistes étrangers qui se trouveront là-bas pendant deux semaines?
Encore que l'on peut également concevoir, l'un n'empêchant pas l'autre, que l'attitude du gouvernement traduit la fragilité de son leadership. Le Parti communiste a beaucoup de difficulté à maintenir la paix sociale, nous disait récemment le sinologue André Laliberté, de l'Université d'Ottawa. «Les troubles au Tibet, affirmait-il, ça n'est rien à côté des problèmes sociaux que Pékin a sur les bras pour cause de fulgurante croissance économique.»
On peut compter, de toute façon, que les incidents et les escarmouches se multiplieront d'ici la fin du mois d'août. Les médias, profitant de l'effet de loupe, ne demandent pas mieux. D'autant que ce nouvel incident n'est que la pointe de l'iceberg de la répression accrue constatée dans le pays par des organisations comme Amnistie Internationale (AI) et Reporters sans frontières (RSF) à l'approche des Jeux.
Mises en résidence, arrestations et détentions de défenseurs des droits humains, de cyber-dissidents, d'activistes et de journalistes se sont multipliées au cours des derniers mois. Ils sont des dizaines à avoir été «invités» à quitter Pékin, le temps des JO. Dernier exemple en date, celui de l'activiste et avocate Ni Yulan, qui doit être jugée lundi prochain pour avoir défendu des Pékinois expulsés de leur maison dans le cadre de la modernisation de vieux quartiers de la capitale. Phénomène non moins inquiétant, rapportait la semaine dernière le correspondant du Globe and Mail, le pouvoir a mobilisé 400 000 civils pour surveiller les quartiers de Pékin, ressuscitant le vieux système maoïste de comités de quartier, qui avait pour ainsi dire disparu.
2008, c'est aussi le 30e anniversaire de la politique d'ouverture lancée par Deng Xiaoping en 1978. Indéniablement, la liberté de parole a gagné du terrain au cours des dernières décennies en Chine. L'amnésie officielle entourant le massacre de la place Tiananmen, le 4 juin 1989, pour ne nommer que celle-là, atteste toutefois qu'il reste certains progrès à faire.
Pékin peut, pour l'heure, continuer de s'appuyer en bonne partie sur la bienveillance du monde occidental, qui demeure, d'une certaine manière, son plus solide rempart. Envolée aussi vite qu'apparue la menace de boycottage de la cérémonie d'ouverture des Jeux pour protester contre la répression du soulèvement tibétain, en mars dernier. Non moins contenue fut l'indignation occidentale devant la complaisance de la Chine à l'égard de la sordide dictature birmane, l'année dernière, quand cette dernière a décidé d'écraser le soulèvement des moines bouddhistes. Après tout, la Chine ne devient pas ce qu'elle est politiquement, économiquement et environnementalement sans la collaboration du Nord — de ses gouvernements, de ses entreprises et de ses consommateurs.
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