L'urgence afghane
Barack Obama promet à Hamid Karzaï de renforcer la lutte contre le terrorisme
Photo : Agence France-Presse
Hamid Karzaï et Barack Obama, hier, à Kaboul
«Renforcer la lutte contre le terrorisme.» Voilà l'essentiel du message qu'a livré hier Barack Obama, le candidat démocrate aux élections présidentielles américaines, lors de sa visite surprise en Afghanistan, après avoir affirmé qu'il était favorable à l'envoi de près de 7000 soldats supplémentaires dans ce pays déchiré par la guerre.
Au deuxième jour de cette première visite à l'étranger, du jamais vu pour un prétendant à la Maison-Blanche avant même son investiture officielle, l'Afghanistan était en proie à de sérieuses bavures: neuf policiers ont été tués par erreur lors d'un bombardement des forces internationales, tandis que l'ISAF, la force de l'OTAN en Afghanistan, a fauché, toujours par accident, la vie de quatre civils dans la province de Paktika, à l'est.
«Nous devons comprendre que la situation est précaire, urgente, et je crois qu'il est nécessaire de concentrer tous les efforts sur la lutte contre le terrorisme», a déclaré le candidat démocrate, à l'issue d'une rencontre avec le chef de l'État afghan, Hamid Karzaï, où les thèmes de la sécurité dans la région, de la lutte contre la corruption et de la production de drogue ont été évoqués. «Je pense que la situation est devenue suffisamment urgente pour que nous commencions à faire quelque chose dès maintenant», a-t-il ajouté, en entrevue sur les ondes de la chaîne de télévision américaine CBS.
M. Obama, qui fait de l'Afghanistan une de ses priorités de campagne en matière de politique étrangère, a rappelé qu'il avait plaidé «depuis au moins un an» pour l'envoi de «deux brigades supplémentaires, voire trois». «Si nous attendons le nouveau gouvernement, il pourrait se passer une année avant que ces troupes supplémentaires soient sur le terrain.» L'Afghanistan doit être «l'objectif principal» des États-Unis, «le front central de notre bataille contre le terrorisme», a-t-il répété.
Avant ce déplacement surprise en Afghanistan, où sont déployés 36 000 soldats américains, Barack Obama avait déclaré au New York Times: «Le front central de la guerre contre le terrorisme n'est pas l'Irak, et ça ne l'a jamais été.»
Karzaï critiqué
Le candidat démocrate, qui s'est joint à une délégation du Congrès américain, avait pourtant violemment critiqué Hamid Karzaï dans des entrevues accordées la semaine dernière aux États-Unis. Il estimait, à l'instar de nombreuses autres personnalités occidentales, que l'action du président afghan était limitée par rapport aux défis posés aujourd'hui à son pays.
«Je pense que le gouvernement Karzaï n'est pas sorti de son bunker et n'a pas contribué à remettre sur pied l'Afghanistan — son gouvernement, l'appareil judiciaire et les forces de police — d'une façon qui redonne confiance à la population. Aussi reste-t-il beaucoup de problèmes», avait notamment déclaré M. Obama à la chaîne de télévision CNN.
Naguère «chouchou» de l'Occident, Karzaï se voit aujourd'hui de plus en plus reprocher, dans son pays comme à l'étranger, de ne pas avoir assez sévi contre la corruption rampante, de ne pas avoir éradiqué la production de drogue et de ne pas avoir mis au pas les anciens seigneurs de la guerre.
Dans la matinée, Barack Obama avait pris un petit-déjeuner en compagnie de soldats américains, soucieux d'écouter les témoignages de ces hommes afin d'affiner ses intentions en matière de politique étrangère.
Arrivé samedi en Afghanistan, le candidat démocrate y a donc passé une partie de la journée d'hier, avant d'atterrir au Koweït, a confirmé l'agence officielle Kuna. Dans ce micropays où sont stationnés 15 000 militaires américains, il a eu un entretien avec l'émir du Koweït, cheikh Sabah al-Ahmed al-Jaber al-Sabah, et il a partagé un repas avec lui. On sait qu'il devait se rendre en Jordanie, en Israël et en Europe, même si les collaborateurs de M. Obama ont refusé de détailler l'itinéraire du sénateur américain pour des raisons de sécurité. Le vainqueur de la course à l'investiture démocrate, qui voyage avec un dispositif de protection comparable à celui du président américain, a également indiqué qu'il se rendrait en Irak dans le cadre de cette tournée internationale visant à renforcer sa crédibilité sur la scène internationale.
Pour plusieurs, ces déplacements visent d'ailleurs essentiellement à conforter sa stature d'homme d'État international et à faire taire les critiques de ceux qui jugent son expérience trop succincte en matière de politique étrangère.
Encore des morts
Lancés à la suite d'une confusion hier, des bombardements venant des forces internationales et des soldats afghans ont tués neuf policiers par erreur. Des combats avaient éclaté à l'aube dans la province de Farah, dans l'ouest du pays, lorsque les soldats afghans et étrangers, d'une part, et les policiers, d'autre part, se sont pris réciproquement pour des talibans. Les forces internationales n'auraient pas informé la police qu'elles allaient effectuer une patrouille dans le secteur.
Par ailleurs, la Force internationale d'assistance à la sécurité (ISAF) de l'OTAN a tué par accident quatre civils dans la province de Paktika, dans l'est du pays, quand deux obus de mortier ont atterri à près d'un kilomètre de leur cible. Quatre civils ont été tués «accidentellement» par ce tir, a indiqué l'ISAF dans un communiqué, précisant que quatre civils avaient été blessés.
Ce n'est pas la première fois que les forces internationales tuent des civils par méprise. La semaine dernière, la coalition menée par les États-Unis a annoncé avoir tué huit civils dans une frappe aérienne qui visait des talibans dans la province de Farah. Selon les autorités afghanes, neuf femmes et un garçon y ont trouvé la mort.
Au début du mois, selon les autorités de Kaboul, 64 civils avaient été tués par deux frappes aériennes dans le nord-est. L'une de ces frappes avait touché les participants à un mariage, fauchant la vie de 47 personnes, dont la mariée.
Ces bavures nourrissent la colère de la population, alors que les talibans, défaits militairement fin 2001, n'ont jamais paru aussi sûrs d'eux. La semaine dernière, ils avaient attaqué un poste avancé de l'armée américaine, tuant neuf GI, dans la province de Kunar, près de la frontière pakistanaise.
***
Avec Reuters, l'Agence France-Presse et Associated Press
Au deuxième jour de cette première visite à l'étranger, du jamais vu pour un prétendant à la Maison-Blanche avant même son investiture officielle, l'Afghanistan était en proie à de sérieuses bavures: neuf policiers ont été tués par erreur lors d'un bombardement des forces internationales, tandis que l'ISAF, la force de l'OTAN en Afghanistan, a fauché, toujours par accident, la vie de quatre civils dans la province de Paktika, à l'est.
«Nous devons comprendre que la situation est précaire, urgente, et je crois qu'il est nécessaire de concentrer tous les efforts sur la lutte contre le terrorisme», a déclaré le candidat démocrate, à l'issue d'une rencontre avec le chef de l'État afghan, Hamid Karzaï, où les thèmes de la sécurité dans la région, de la lutte contre la corruption et de la production de drogue ont été évoqués. «Je pense que la situation est devenue suffisamment urgente pour que nous commencions à faire quelque chose dès maintenant», a-t-il ajouté, en entrevue sur les ondes de la chaîne de télévision américaine CBS.
M. Obama, qui fait de l'Afghanistan une de ses priorités de campagne en matière de politique étrangère, a rappelé qu'il avait plaidé «depuis au moins un an» pour l'envoi de «deux brigades supplémentaires, voire trois». «Si nous attendons le nouveau gouvernement, il pourrait se passer une année avant que ces troupes supplémentaires soient sur le terrain.» L'Afghanistan doit être «l'objectif principal» des États-Unis, «le front central de notre bataille contre le terrorisme», a-t-il répété.
Avant ce déplacement surprise en Afghanistan, où sont déployés 36 000 soldats américains, Barack Obama avait déclaré au New York Times: «Le front central de la guerre contre le terrorisme n'est pas l'Irak, et ça ne l'a jamais été.»
Karzaï critiqué
Le candidat démocrate, qui s'est joint à une délégation du Congrès américain, avait pourtant violemment critiqué Hamid Karzaï dans des entrevues accordées la semaine dernière aux États-Unis. Il estimait, à l'instar de nombreuses autres personnalités occidentales, que l'action du président afghan était limitée par rapport aux défis posés aujourd'hui à son pays.
«Je pense que le gouvernement Karzaï n'est pas sorti de son bunker et n'a pas contribué à remettre sur pied l'Afghanistan — son gouvernement, l'appareil judiciaire et les forces de police — d'une façon qui redonne confiance à la population. Aussi reste-t-il beaucoup de problèmes», avait notamment déclaré M. Obama à la chaîne de télévision CNN.
Naguère «chouchou» de l'Occident, Karzaï se voit aujourd'hui de plus en plus reprocher, dans son pays comme à l'étranger, de ne pas avoir assez sévi contre la corruption rampante, de ne pas avoir éradiqué la production de drogue et de ne pas avoir mis au pas les anciens seigneurs de la guerre.
Dans la matinée, Barack Obama avait pris un petit-déjeuner en compagnie de soldats américains, soucieux d'écouter les témoignages de ces hommes afin d'affiner ses intentions en matière de politique étrangère.
Arrivé samedi en Afghanistan, le candidat démocrate y a donc passé une partie de la journée d'hier, avant d'atterrir au Koweït, a confirmé l'agence officielle Kuna. Dans ce micropays où sont stationnés 15 000 militaires américains, il a eu un entretien avec l'émir du Koweït, cheikh Sabah al-Ahmed al-Jaber al-Sabah, et il a partagé un repas avec lui. On sait qu'il devait se rendre en Jordanie, en Israël et en Europe, même si les collaborateurs de M. Obama ont refusé de détailler l'itinéraire du sénateur américain pour des raisons de sécurité. Le vainqueur de la course à l'investiture démocrate, qui voyage avec un dispositif de protection comparable à celui du président américain, a également indiqué qu'il se rendrait en Irak dans le cadre de cette tournée internationale visant à renforcer sa crédibilité sur la scène internationale.
Pour plusieurs, ces déplacements visent d'ailleurs essentiellement à conforter sa stature d'homme d'État international et à faire taire les critiques de ceux qui jugent son expérience trop succincte en matière de politique étrangère.
Encore des morts
Lancés à la suite d'une confusion hier, des bombardements venant des forces internationales et des soldats afghans ont tués neuf policiers par erreur. Des combats avaient éclaté à l'aube dans la province de Farah, dans l'ouest du pays, lorsque les soldats afghans et étrangers, d'une part, et les policiers, d'autre part, se sont pris réciproquement pour des talibans. Les forces internationales n'auraient pas informé la police qu'elles allaient effectuer une patrouille dans le secteur.
Par ailleurs, la Force internationale d'assistance à la sécurité (ISAF) de l'OTAN a tué par accident quatre civils dans la province de Paktika, dans l'est du pays, quand deux obus de mortier ont atterri à près d'un kilomètre de leur cible. Quatre civils ont été tués «accidentellement» par ce tir, a indiqué l'ISAF dans un communiqué, précisant que quatre civils avaient été blessés.
Ce n'est pas la première fois que les forces internationales tuent des civils par méprise. La semaine dernière, la coalition menée par les États-Unis a annoncé avoir tué huit civils dans une frappe aérienne qui visait des talibans dans la province de Farah. Selon les autorités afghanes, neuf femmes et un garçon y ont trouvé la mort.
Au début du mois, selon les autorités de Kaboul, 64 civils avaient été tués par deux frappes aériennes dans le nord-est. L'une de ces frappes avait touché les participants à un mariage, fauchant la vie de 47 personnes, dont la mariée.
Ces bavures nourrissent la colère de la population, alors que les talibans, défaits militairement fin 2001, n'ont jamais paru aussi sûrs d'eux. La semaine dernière, ils avaient attaqué un poste avancé de l'armée américaine, tuant neuf GI, dans la province de Kunar, près de la frontière pakistanaise.
***
Avec Reuters, l'Agence France-Presse et Associated Press
|
Édition abonné
La version longue de certains articles (environ 1 article sur 5) est réservée aux abonnés du Devoir. Ils sont signalés par le symbole suivant :
|
Envoyer Fermer
Haut de la page

