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Les FARC n'ont jamais été aussi faibles

Ingrid Betancourt et d'autres otages libérés décrivent une logistique défaillante

4 juillet 2008  Actualités internationales
Paul Reyes, le numéro deux du mouvement rebelle, a été tué en mai au cours d’une opération militaire.
Photo : Agence Reuters
Paul Reyes, le numéro deux du mouvement rebelle, a été tué en mai au cours d’une opération militaire.
Bogotá — Les guérilleros des FARC (marxistes) n'ont jamais été aussi faibles depuis la libération spectaculaire par un commando des forces spéciales colombiennes de 15 otages, dont la Franco-Colombienne Ingrid Betancourt, témoignaient hier les otages qui ont retrouvé la liberté.

«Il est inexact de dire que les Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC-marxiste] sont en déroute, mais elles sont très affaiblies», a déclaré Ingrid lors d'une rencontre mercredi soir avec le président Alvaro Uribe.

«La logistique [de la guérilla] connaît actuellement d'énormes difficultés. Depuis ces derniers mois, nous ne mangions plus de fruits frais et de légumes. Les bottes qu'ils nous donnaient pour les marches étaient usées et éculées, et enfin, nous vivions dans des cabanes dévastées ou dans des tentes reprisées qu'il fallait en permanence recoudre. Les sous-vêtements faisaient défaut», raconte l'otage, considérée par les FARC comme un trésor de guerre.

«Beaucoup de guérilleros parmi nos geôliers nous avouaient qu'ils en avaient marre de cette vie et qu'ils voulaient se démobiliser», raconte l'un des officiers libérés mercredi.

Les chiffres des effectifs des FARC sont sujets à caution. Les organismes de sécurité estiment qu'au début de la décennie, la guérilla mobilisait environ 17 000 recrues.

Mais en janvier dernier, le ministre de la Défense, Juan Manuel Santos, a affirmé qu'elle avait perdu la moitié de ses troupes, ne comptant désormais plus que 6000 à 8000 rebelles, après une vague de captures et de désertions.

Mouvement décapité

Pire, au cours des trois derniers mois, les numéro un et deux des FARC, Manuel Marulanda et Raul Reyes, sont morts, le premier de causes naturelles, le deuxième à la suite d'une opération militaire colombienne controversée en territoire équatorien.

Carlos Eduardo Jaramillo, ancien médiateur de l'ex-président André Pastrana (1998-2002), soutient que les rebelles «doivent réévaluer leur situation à la lumière» des derniers développements, telles la mort de plusieurs de leurs dirigeants et les désertions massives.

«Les FARC ne peuvent plus continuer d'avoir recours aux prises d'otages comme arme politique», dit-il. Selon différentes sources, les FARC détiendraient encore 24 otages dits «politiques» et 350 à 700 autres otages.

Carlos Lozano, le directeur de l'hebdomadaire communiste Voz, affirme que «ce dernier coup dur illustre la démoralisation de la guérilla, mais qu'il ne s'agit pas de la fin» du mouvement rebelle. «Pourvu, ajoute M. Lozano, que cela leur serve à comprendre que la confrontation armée n'est pas une solution, et qu'ils relâchent les autres otages et recherchent une sortie politique.»

Des experts militaires européens qui ont requis l'anonymat estiment que les différents fronts des FARC, jusqu'à présent organisés avec une structure très centralisée, sont actuellement totalement isolés.

Depuis l'élimination de Raul Reyes, les guérilleros n'utilisent pratiquement plus leur dispositif de communication interne de crainte d'être repérés.

Le harcèlement de l'aviation, omniprésente, selon les mêmes sources, contribue aussi à créer un climat d'insécurité parmi les guérilleros, qui vivent dans des conditions éprouvantes au milieu de

la jungle.

Enfin, les récentes désertions massives et l'infiltration réussie d'agents de renseignement de l'armée au sein des groupes de rebelles contribuent à la démoralisation des troupes. Depuis des mois, l'armée fait état de dizaines de désertions quotidiennes.

Dans son éditorial, le quotidien national El Tiempo considère aujourd'hui que cette opération de libération «impeccable» sans un seul mort est «une défaite encore plus sévère» pour la guérilla que l'élimination de ses dirigeants.
 
 
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