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La fin d'un long calvaire pour Ingrid Betancourt

L’ex-otage en février 2001
Photo : Agence Reuters
L’ex-otage en février 2001
Paris — Ingrid Betancourt, dont l'armée colombienne a annoncé la libération hier, après six années et demie de détention, était devenue le symbole des otages des FARC en Colombie, et son sort avait ému la communauté internationale et la France, où vit sa famille.

Les dernières preuves de vie de la sénatrice, les premières depuis août 2003, étaient apparues le 30 novembre 2007, avec la diffusion d'une vidéo où elle apparaissait amaigrie et fatiguée, et surtout d'une lettre poignante adressée à sa famille.

«Ici, nous vivons comme des morts», écrivait-elle dans cette longue missive.

Ingrid Betancourt avait été capturée par des membres de la rébellion colombienne le 23 février 2002, à Florencia, alors qu'elle menait campagne pour l'élection présidentielle en compagnie de sa directrice de campagne, Clara Rojas.

La candidate se trouvait alors dans la province reculée de Caqueta, truffée de guérilleros. Après avoir ignoré les mises en garde de l'armée colombienne concernant sa sécurité, Ingrid Betancourt et son équipe de campagne étaient arrêtées par une dizaine de rebelles colombiens.

«Elle avait à coeur de montrer qu'elle ne ferait pas marche arrière malgré les recommandations des militaires colombiens», témoignait à l'époque Alain Keler, journaliste français capturé en même temps qu'elle mais rapidement relâché par les FARC.

Les Forces armées révolutionnaires de Colombie détiendraient plusieurs milliers de personnes dans la forêt amazonienne, selon des estimations, et ont pour habitude d'utiliser leurs otages comme source de financement de leur rébellion, outre l'extorsion et la participation au trafic de drogue.

Mais Betancourt était considérée comme une otage à part, ses ravisseurs souhaitant l'utiliser comme monnaie d'échange contre des guérilléros incarcérés.

En août 2003, une chaîne de télévision colombienne avait diffusé une vidéo de l'ancienne candidate réclamant une intervention militaire afin de la délivrer. «Il est capital que le président colombien évalue les risques d'une telle intervention et ses chances de succès. Je lui accorde toute ma confiance», avait-elle déclaré, un chapelet à la main.

Elle excluait d'être échangée contre des rebelles emprisonnés: «Nous ne pouvons accepter que des civils deviennent des boucliers dans cette guerre.»



Échec de l'opération «14-juillet»

Au début de juillet 2003, Dominique de Villepin, ministre français des Affaires étrangères en exercice, ami et ancien professeur d'Ingrid Betancourt à l'Institut d'études politiques de Paris, avait tenté en vain de délivrer la Franco-Colombienne en montant une opération secrète au Brésil, baptisée «14-juillet».

À la demande de la famille d'Ingrid Betancourt, qui pensait détenir une information fiable quant à une éventuelle libération, Villepin avait dépêché un avion militaire français en Amazonie. Le locataire du Quai d'Orsay avait agi seul, sans aviser au préalable le président de la République, Jacques Chirac, ni le premier ministre de l'époque, Jean-Pierre Raffarin. Après l'échec de ce coup diplomatique, il avait dû s'excuser publiquement, un mois plus tard, à Brasilia.

Dès son élection à la présidence de la République, le 6 mai 2007, Nicolas Sarkozy avait fait une priorité de la libération de l'ex-sénatrice franco-colombienne.

Ingrid Betancourt s'était fait connaître en France par la sortie, un mois avant son enlèvement, d'un livre écrit en français et intitulé La rage au coeur. Il s'agissait de l'histoire d'une femme de 40 ans, sénatrice franco-colombienne à Bogota, et de son combat contre le trafic de drogue et la corruption dans son pays.

Née le 25 décembre 1961, de parents colombiens, la jeune étudiante diplômée de Sciences Po avait obtenu à Paris la nationalité française après son mariage avec Fabrice Delloye, duquel sont nés deux enfants élevés en France.

Divorcée, Ingrid Betancourt avait rejoint Bogota en 1990 pour intégrer le ministère des Finances colombien, devenir député puis sénatrice, sous l'étiquette de son propre parti, Oxigeno Verde.

À la veille de l'élection présidentielle de 2002, la candidate était créditée d'environ 1 % d'intentions de vote. Le sort d'Ingrid Betancourt avait ému la population française en raison des interventions régulières dans les médias français de ses enfants, et notamment de

Mélanie Betancourt.

De nombreux comités de soutien avaient également vu le jour dans l'Hexagone et avaient organisé de nombreuses manifestations durant les six années et plus de détention de l'ancienne candidate.

Le 6 mai dernier (2007), au soir des résultats de l'élection présidentielle française, Nicolas Sarkozy, tout juste désigné vainqueur de Ségolène Royal, avait déclaré: «La France n'abandonnera pas Ingrid Betancourt.»
 
 
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