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Le cul-de-sac

La Haye — Dans les couloirs de la Cour pénale internationale, on a un peu souri en prenant connaissance de la déclaration de monseigneur Tutu, Prix Nobel de la paix, qui souhaitait voir accuser Mugabe de crimes contre l'humanité et ainsi être déféré devant la justice internationale. Ce n'est pas demain la veille, même si ce devrait être aujourd'hui et que Mugabe est un plus grand criminel que tous ceux que la cour s'apprête à juger.
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  • Serge Charbonneau - Abonné
    28 juin 2008 06 h 35
    Mugabe... le pire criminel? Pourquoi?
    Mugabe un héros devenu criminel.

    Pour l'occident, le plus grand criminel.
    Pour l'Afrique, pas évident. Pas évident du tout.

    « On attendait avec impatience la voix sacrée de Mandela. Ce fut en vain. Le vainqueur de l'apartheid s'est limité à dire qu'il déplorait «une cruelle faillite de leadership» sans même prendre la peine de mentionner par leur nom Mugabe et le Zimbabwe.»

    Suite à son discours, la voix sacrée de Mandela a perdu, pour l'occident, beaucoup de son lustre. Mandela n'a pas dit ce que le colonisateur blanc voulait.

    "Roi-nègre"
    Vous savez cette expression utilisée par VLB et qui a soulevé cris et passions.
    Il est évidemment plus adéquat de parler de "Roi-nègre" en Afrique.

    Chose sûre, Mugabe n'est pas un "Roi-nègre", c'est d'ailleurs pour cela qu'il est devenu un héros pour l'Afrique et c'est probablement en bonne partie pour cela que son pays vit la pire crise économique du monde.
    Quel que soit le pays, l'économie locale n'est pas uniquement fonction des politiques "locales". On oublie bien souvent que nous vivons dans un monde où les économies sont en grande partie influencées par l'économie mondiale. La mondialisation existe et les politiques pour étouffer les pays où l'installation d'un "Roi-nègre" a été impossible, existent aussi.
    Mugabe a fait bien des mauvais coups, mais en est-il le seul responsable?

    Pourquoi donc l'Afrique est-elle si réticente à le condamner?
    Est-ce juste à cause qu'il est devenu intouchable à cause de ses actions héroïques?

    « Mugabe est un combattant de la liberté. Il a défait les Anglais. En Afrique, cela le rend divin, en quelque sorte, aux yeux de ses pairs. Avoir été libérateur d'un peuple en Afrique semble vous accorder tous les droits sur le peuple que vous avez libéré. »


    L'Afrique a-t-elle raison d'encore parler de colonisateurs?
    Tsvangirai serait-il un "Roi-nègre" que l'occident voudrait bien mettre en place pour servir ses intérêts?

    Chose sûre, Tsvangirai est supporté à bout de bras par les régimes occidentaux.
    Bush y va de sa déclaration, et tous emboîtent le pas. Ici, l'ingérence politique est grossière et sans aucune retenue.

    Je trouve bien étrange cette dénonciation intense et émotive des médias en ce qui concerne la violence au Zimbabwe. À la suite du premier tour, on avait une dizaine de morts qu'on souhaitait transformer en centaine et aujourd'hui une centaine, que l'on souhaiterait être un millier!
    Au Kenya, à peine une semaine après les élections, il y avait 300 morts.
    Deux mois plus tard, on dénombrait 1500 morts et 300,000 personnes déplacées.
    http://www.lemonde.fr/web/recherche_breve/1,13-0,37-1026231,0.html

    Pourtant, les gros titres ont été utilisés pour nous alarmer de la violence au Zimbabwe.
    Une violence nettement moindre, mais un président nettement plus diabolisé.
    Au Kenya, on a tout fait pour que Raila Odinga ne passe pas. Odinga est le Chávez africain. Pour les intérêts occidentaux, il est préférable de conserver Kibaki, une sorte de "Roi-nègre" au pouvoir.

    La violence, l'inflation, la famine, tous des éléments qui servent la vision occidentale et très utile pour condamner.
    Il est hors de question de dire que l'opposition à Mugabe favorise la violence en sachant pertinemment que plus la violence s'installe plus leur côte occidentale monte en flèche.
    Il est aussi évident qu'il est plus facile et plus rentable politiquement parlant pour Tsvangirai de se retirer dans une ambassade et de refuser de participer au scrutin que d'affronter réellement Mugabe.
    Il est évident pour nous que Mugabe, le méchant du conte zimbabwéen, "arrange" les élections à sa façon et que jamais Tsvangirai n'oserait modifier, ne serait-ce qu'un seul vote.
    On a Tsvangirai, le blanc comme neige, et Mugabe, le noir criminel.

    Tout n'est peut-être pas si blanc et pas si noir.


    Le traumatisme africain est-il justifié?
    Le traumatisme de voir du colonisateur blanc partout.
    L'Apartheid, je ne l'ai pas vécu, je n'aurais pas voulu la vivre, surtout si j'étais noir.
    L'Apartheid est bien récent et a été bien réel. Des criminels, il y en a eu et sûrement des pires que Mugabe. Il est facile à comprendre le traumatisme africain.

    L'occident, l'Europe, a-t-il déjà vraiment aidé l'Afrique?
    Bonne question.
    L'Afrique s'est faite exploiter, ça c'est un fait clair net et précis. On peut dresser la liste des richesses volées à l'Afrique.

    Les "Roi-nègre" ont-ils existés?
    Oui, et ils ont été souvent installés et toujours supportés par l'Europe et l'Amérique à 100%.

    Bien des despotes africains ont été soutenus sans réserve.
    Pensons
    au Togo du clan Gnassingbé, Faure Gnassingbé "élu" avec irrégularité et 800 morts dans les rangs de l'opposition (béni par l'occident)

    au Tchad d'Idriss Déby, au pouvoir depuis 1990 suite à un coup d'État soutenu par la France (béni par l'occident)

    au Congo de Denis Sassou-Nguesso, octobre 1997, l'armée angolaise, les mercenaires et les milices (cobra) de Sassou-Nguesso prennent le contrôle du pays et ce dernier s'autoproclame président. Il y a eu 100,000 morts. Après des magouilles à la constitution, il est "élu" avec irrégularité en 2002 avec 89.54% des votes. (béni par l'occident)

    au Gabon d'Omar Bongo, au pouvoir depuis 1967 (béni par l'occident)

    au Cameroun de Paul Biya, au pouvoir depuis 1982 (béni par l'occident)

    au Djibouti de Ismail Omar Guelleh, élu en 1999 avec irrégularité, il accueille des bases militaires françaises (4000 hommes) US (1800 hommes), on l'accuse d'avoir commandité l'assassinat du juge français, Bernard Borrel le 18 octobre 1995. Malgré tout, (béni par l'occident).

    à la Guinée Équatoriale de Obiang Nguema Mbasogo, au pouvoir depuis 1979
    La richesse du président Obiang semble provenir du trafic international de drogue. En février 1997, l'International Narcotics Board, plaça la Guinée équatoriale parmi les neuf narco-états africains.
    Sa démocratie: arrestations de leaders et de militants, incarcérés et torturés, réunions politiques interrompues par l'armée, locaux perquisitionnés, barrages routiers pour gêner les déplacements des candidats... et finalement une fraude massive dans tout le pays qui permet au dictateur d'être réélu à 99,7% des suffrages en 1996, puis à 97,1% en décembre 2002... (béni par l'occident)

    au Burkina Faso de Blaise Compaoré, l'assassin d'un des plus grands Africains, Thomas Sankara. (béni par l'occident)

    La liste est longue et fastidieuse, tellement le continent africain regorge de ces personnages étranges, qui y font la pluie et le beau temps, qui ont un droit de vie ou de mort sur des millions de citoyens.
    Tous ces illustres et tristes personnages qui ont commis des atrocités, n'ont pas été, outre mesure trop incommodés.

    Par contre Mugabe... le pire criminel? Pourquoi?


    Serge Charbonneau
    Québec
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  • Serge Charbonneau - Abonné
    28 juin 2008 09 h 44
    Nelson Mandela, cet autre terroriste!
    Le samedi 28 juin 2008
    « Le Sénat américain retire Nelson Mandela de la liste noire du terrorisme »

    « Le Sénat américain a adopté une loi visant à retirer l'ancien président sud-africain Nelson Mandela et son parti, le Congrès national africain (ANC) au pouvoir, de la liste noire américaine du terrorisme, ont annoncé vendredi des parlementaires. »

    http://www.cyberpresse.ca/article/20080628/CPMONDE

    La législation instaurée dans les années 80, sous Ronald Reagan, empêchait les membres de l'ANC de se rendre à Washington ou dans le reste des États-Unis.
    Seul le siège des Nations unies à New York leur était permis.

    L'ANC qui luttait contre l'Apartheid: des terroristes, des ennemis, des déchus (BANNI de l'occident).

    Cette nouvelle peut nous aider à comprendre le traumatisme africain.
    En Afrique, (comme partout) il y a les Bénis
    et il y a les Bannis.


    Nous ne pouvons pas défendre Mugabe, il a fait des erreurs (on l'a aussi bien aidé à les commettre), mais même si Mugabe est indéfendable, on peut, tout de même comprendre ses agissements et ses discours.

    Il faut cesser de faire les hypocrites (voir ma liste des "rois-nègres ") et de jouer les saints qui respectent les droits humains. L'occident a déjà supporté activement l'apartheid.



    Serge Charbonneau
    Québec
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  • Dominic Pageau - Abonné
    28 juin 2008 10 h 33
    Sans l'excuser, Mugabe est celui qui a sorti les colonisateurs de son pays.
    Avant Mugabe, 1% des habitants du Zimbabwe possédait plus de 90% des terres agricoles et bien certainement, ce 1% était anglais et blanc. Avec sa réforme agraire, Mugabe a dépossédé les colons de leur terre, ce qui est tout à fait normal pour un pays souverain, par contre, son énorme erreur, c'est de ne pas avoir prévu que les terres que le partage et la remise à l'exploitation des terres par les habitants du Zimbabwe.... Une famine s'en suivi. Et comme Mugabe a vécu une période où le colonisateur était roi, il a sans cesse peur de les revoir revenir, c'est en partie pourquoi il est si paranoaique.

    Oui, le pays va mal, en bonne partie à cause de Mugabe et de ses erreurs, mais non, les pays occidentaux, l'ONU en tête ne sont pas une solution, ils sont le problèmes d'origine. Mbeki à tout à fait raison....

    Mais bon, nos médias passent leur temps à faire de lui un démon tout en évitant de dire pourquoi il en est rendu là.
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  • Sylvain Auclair - Abonné
    28 juin 2008 19 h 31
    Attention aux chiffres
    Mille milliards, c'est un billion.
    One thousand billion is a trillion.
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  • Jean-Pierre Audet - Abonné
    29 juin 2008 04 h 10
    La paille et la poutre
    Voici une petite anecdote qui en dit long sur la complexité des relations entre les Africains et les Occidentaux : j'étudiais à Lyon, France, en Sciences sociales dans un département dirigé par un économiste du développement du Tiers-Monde, Gilbert Blardone. La moitié des 75 étudiants de ce petit département venaient d'Afrique, le quart venaient d'Amérique latine, enfin le dernier quart étaient de France ou du Québec. Ce fut pour moi un bain de culture exceptionnel.

    Or un jour que le professeur, Blanc évidemment, dénonçait l'influence de l'Église catholique et de la pensée unique thomiste imposée aux Africains jusqu'au milieu du vingtième siècle, un étudiant africain d'un certaine âge se leva en colère et apostropha vertement l'enseignant, ce que l'on ne voyait jamais encore en France avant Mai 68 : «C'est vous autres, les missionnaires Blancs, qui êtes venus nous dire ce qu'il fallait penser. Vous nous avez cassé les oreilles avec votre pensée occidentale thomiste. Et maintenant, c'est encore vous autres qui venez nous dire qu'il faut penser le contraire ! Allez vous faire foutre ! Nous ne vous faisons plus confiance. Apportez-nous des techniques et des capitaux, mais foutez-nous la paix avec votre nouvelle pensée unique. Nous penserons dorénavant comme nous voudrons, et nous n'accepterons plus vos remontrances.»

    Cette colère noire anti colonialiste se répandait alors en Afrique comme traînée de poudre du temps où Mugabe libéra le Zimbabwe du joug colonialiste. Et elle n'est pas encore éteinte. Alors soyons prudents dans nos déclarations à l'emporte pièce contre un Mugabe qui, tout comme Mandela, représente un symbole, presque une icône, pour ce continent noir. Mandela vient de voir la fin de sa condamnation par les USA. Mugabe n'a certes jamais eu la sagesse et la patience d'un Mandela. Mais je comprends que ni Mandela ni son remplaçant en Afrique du Sud ne se précipitent aux barricades pour condamner, de concert avec l'Occident, celui que nous jugeons partout ailleurs comme un dictateur sanguinaire. Pour reprendre un texte bien connu de tous ceux qui ont plus de cinquante ans : ne voyons-nous pas plus facilement la paille qui est dans l'oeil de l'autre que la poutre qui est dans le nôtre ?
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