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Perspectives - Calme trompeur au Chiapas

Sur une route près d'Ocosingo, au Chiapas, la paix bucolique qui enveloppe le paysage est rompue sur quelques centaines de mètres par une réalité qui n'a pas tout à fait le même charme. D'un côté de la route, une importante base militaire mexicaine entretenue comme un sou neuf. De l'autre, un hameau zapatiste devant lequel a été plantée une affiche bancale: «Ici, peut-on y lire, le peuple n'est pas au service de l'armée, c'est l'armée qui est au service du peuple.»
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  • Serge Charbonneau - Abonné
    21 juin 2008 08 h 31
    Parler d'une région latino-américaine isolément, comporte des lacunes
    Un excellent résumé de la situation et de l'Histoire récente au Chiapas.

    On ne peut que constater une militarisation accrue de cet endroit depuis l'élection de Calderón

    «...une importante base militaire mexicaine entretenue comme un sou neuf. »

    On constate que les ressources déployées pour le contrôle de la région sont considérables.

    «Felipe Calderón semble avoir décidé au cours des derniers mois, sans qu'on sache très bien pourquoi, de remilitariser»


    « sans qu'on sache très bien pourquoi »

    Là est toute la question!


    L'Ejercito zapatista de liberación national (EZLN), c'est en quelque sorte, les FARC du Mexique.
    Tout comme les FARC de Colombie, leur existence est due à l'injustice et l'exploitation du peuple. Marulanda voulait corriger l'injustice faite aux paysans colombiens, Marcos, lui voulait corriger l'injustice faite aux paysans indigènes du Chiapas.

    Deux mouvements sociaux qui ont opté pour la lutte armée.
    Bien sûr, Marulanda était peut-être un révolutionnaire plus drastique que Marcos, l'intellectuel.
    Il n'en demeure pas moins que le fondement de ces guérillas demeure l'injustice, l'inégalité et l'exclusion.

    Le néolibéralisme, le libre-échange, tous ces concepts où l'économie règne en maître.
    Il n'y a plus de place pour les petits, pour les pauvres, pour les humbles paysans.
    La culture des lopins de terre pour quelques épis de maïs devient un anachronisme. Le mode de vie des paysans indigènes devient un anachronisme. Les traités de "libre-échange" ferment les portes et étouffent l'économie locale. Par le "dumping", on fait mourir le petit et on l'entraîne vers une sorte d'esclavage au service du puissant.

    Terre immense, mécanisation incompatible avec le mode de vie et invasion de la monoculture et des semences transgéniques (Monsanto http://www.dailymotion.com/video/x4pi0d_le-monde-s ).


    Libre-échange, mondialisation, globalisation, économie globale, tous ces principes mondiaux qui servent à nous "expliquer" les changements de nos conditions de vie, nos contraintes économiques, toute cette notion de "mondialisation" devient souvent absente lorsqu'on parle de conflits régionaux.
    Comme si les conflits étaient uniquement causés par Pierre-Jean-Jacques de la maison situé en plein centre de la zone problématique.

    On risque rarement une explication plus globale mettant en cause l'ingérence de pays ou d'organismes économiques puissants.

    Les problèmes de l'Afghanistan sont dus aux Talibans, ceux d'Irak, à la gang à Saddam, ceux du Chiapas, à Marcos et son armée EZLN, ceux de la Colombie, aux FARC.
    Il n'y a, semble-t-il, aucun dénominateur commun à ces conflits, aucune globalisation.

    Pourtant, si dans une région on peut trouver un dénominateur commun, c'est bien en Amérique latine, du Mexique jusqu'à la Terre de feu.
    Exactement toutes les Histoires de ces riches pays de misère ont été marquées par l'ingérence nord-américaine. Ce fait est connu, répertorié, documenté plus qu'il n'en faut pour ne pas émerger à travers toutes analyses sérieuses.
    L'ingérence nord-américaine n'est pas de l'Histoire ancienne. Cette ingérence est toujours trrrès d'actualité, alors, comment ne pas en tenir compte.

    On ne peut parler de l'Amérique latine en se limitant à une seule région.
    L'Amérique latine est de plus en plus unie. La prise en main de la démocratie (pratiquement inexistante il y a une décennie) par la population, a été une révélation pour tous les pays latino-américains.

    La locomotive a été, bien entendu le Venezuela, avec le diabolisé Chávez.
    Depuis, pratiquement la totalité des pays ont basculé vers le socialisme et des politiques de développement humain, rendant la dignité à tous ces exclus.
    Cuba a cessé d'être isolé et son image s'est revalorisée.
    Non seulement, Chávez rend visite à Castro, mais Lula du Brésil, Morales de Bolivie, Correa d'Équateur, Ortega du Nicaragua, cette semaine, Tabare Vasquez de l'Uruguay et probablement bientôt ce sera Fernando Lugo du Paraguay, Cristina Fernandez d'Argentine.
    L'Amérique latine démontre une solidarité exemplaire. La politique latino-américaine s'est prise en main et s'est résolument orientée vers l'Être Humain au détriment des intérêts économiques historiques qui ont toujours mené ces pays.

    Il est normal que les anciens maîtres des lieux, ceux qui voient à leurs intérêts "mondiaux", réagissent.
    On peut expliquer la remilitarisation récente au Chiapas et dans toute la péninsule du Yucatan, par cette volonté très apparente de reprendre ou du moins de cesser de perdre le contrôle de toutes ces magnifiques ressources qui ont fait les beaux jours des compagnies nord-américaines.

    Les intérêts nord-américains ne contrôlent plus que quelques pays: En premier, la Colombe avec leur laquais, Alvaro Uribe, le Pérou d'Alan Garcia, le Mexique de Felipe Calderón, le Salvador de Antonio (Tony) Saca.

    Les ÉU tentent de reprendre le contrôle en militarisant au maximum les zones dont ils ont encore le contrôle, tel le Mexique avec le plan Mérida.

    On ne peut parler du Chiapas sans parler de ce plan Mérida. Utilisant le prétexte du narcotrafic, la commission des affaires étrangères de la Chambre des Représentants (Députés) des États-unis a approuvé à la mi-mai, un projet de loi de 1,6 milliard de dollars destiné au financement, sur une période de trois ans, de l'Initiative Mérida, un plan de lutte régionale contre le narcotrafic qui inclue Haïti.

    L'Initiative Mérida, tout comme le plan Colombie ou le plan Partiote (toujours en Colombie) ne sont en fait que d'immense budget servant à contrôler militairement ces régions. À certains endroits on utilise le "terrorisme" pour justifier le contrôle militaire, à d'autres, on utilise le narcotrafic.
    Des thèmes puissants qui rallient l'opinion publique (on est tous pour la vertu!)

    http://haitirectoverso.blogspot.com/2008/05/la-cha

    Un des artisans de la militarisation du territoire latino-américain est le célèbre John Negroponte, celui-là même, qui, à temps perdu, va dicter la conduite du dictateur-ami, Pervez Musharaff.

    http://socio13.wordpress.com/2008/06/07/linitiativ

    Le rétablissement de la IVe Flotte, restée près de soixante ans en sommeil, est un autre indicateur de la militarisation de la région sud-américaine.

    http://alternatives-international.net/article2137.

    Militarisation au Mexique
    Militarisation en Colombie
    Ingérence en Bolivie pour faire tomber Evo Morales (même l'assassiner)
    Dénigrement continuel de l'image de Hugo Chávez, récemment avec les présumées preuves sorties des ordinateurs miraculeux de Raoul Reyes.
    Troubles en Argentine visant à faire tomber le gouvernement de Cristina Fernandez.

    On peut ajouter les troubles à venir pour renverser Alvaro Colom au Guatemala et les problèmes qui vont surgir au Paraguay pour faire tomber Fernando Lugo. Le Paraguay, un pays exploité dont on ne parlait pas avant, vous verrez bientôt des reportages vous informant de la terrible pauvreté des Paraguayens.

    Non, on ne peut définitivement pas parler d'une région de l'Amérique latine en l'isolant.
    L'Histoire ancienne et actuelle de tous ces pays a un énorme dénominateur commun qui est l'ingérence nord-américaine.


    Serge Charbonneau
    Québec
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